Le point de vue de l'association

 

Critique : « Les Apparences » de Marc Fitoussi

13 octobre 2020

Un film d’une élégance rare.

Expatriés à Vienne, Henri et Eve Monlibert sont des membres phares de la communauté française installée dans la capitale autrichienne. D’autant plus que Monsieur Monlibert, chef d’orchestre de renom, prépare un concert qui s’annonce comme un événement. Mais depuis quelques temps, ce dernier est distant avec son épouse. Que cache-t-il ? Et comment Eve réagirait face à une éventuelle infidélité de son mari ?

Délicieuse plongée dans le monde feutré et bourgeois des « expat », voici un véritable film d’ambiance qui emporte son spectateur au son d’une petite musique implacable signée Bertrand Burgalat. La construction scénaristique est admirable et fait s’imbriquer deux histoires liées mais aux enjeux différents avec, en point d’orgue, la scène du concert. Au milieu, une formidable Karin Viard qui joue toutes les partitions de l’élégance du corps et de la noirceur de l’âme. Sans jamais porter aucun jugement, elle incarne une femme prête à tout pour garder son mari mais surtout le train de vie et la réputation qui vont avec. Entourée de seconds rôles savoureux, elle confirme avec ce 68ème long-métrage, qu’elle est la reine des actrices françaises de sa génération.

Hitchcok mais surtout Chabrol : Marc Fitoussi réussit à s’inspirer de grands maîtres pour signer ce thriller qui vous mènera bien plus loin que ce que vous auriez imaginé.

Par Simon Chevalier

Biographie : Christian Petzold

29 septembre 2020

A 60 ans, le réalisateur allemand signe un 9ème long-métrage et offre à Paula Beer, sa nouvelle muse, un Ours d’Argent au Festival de Berlin.

Le cinéma a toujours compté dans la vie de Christian Petzold. Il a effectué son service civil dans un ciné-club avant de sortir diplômé de l’Académie Allemande du Film et de la Télévision de Berlin. C’est pendant ses études qu’il signe ses premières œuvres, des courts-métrages réalisés entre 1988 et 1994. Le cinéaste sera assistant mise en scène au début de sa carrière.

Son premier long-métrage sort en 2000. « Contrôle d’identité » marque très vite les cinéphiles allemands et fait de son réalisateur – et scénariste – le chef de file de la « Nouvelle Vague » Outre-Rhin. Nouveau film en 2003 : Avec « L’Ombre de l’enfant », il travaille pour la première fois avec son actrice fétiche, Nina Hoss, qu’il a dirigée dans 5 de ses films jusqu’à présent. Christian Petzold est sélectionné pour la Berlinale en 2005 avec « Fantômes » puis en 2007 avec « Yella ». Cette histoire se déroulant en RDA résonne particulièrement dans la carrière de celui dont les parents sont nés dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Pour cette nouvelle collaboration avec son fidèle metteur en scène, Nina Hoss reçoit l’Ours d’Argent de la Meilleure Actrice. L’année suivante, c’est à la Mostra de Venise qu’est présenté « Jerichow ».

12 ans après son premier long-métrage, Christian Petzold franchit un nouveau cap dans sa carrière en étant le Meilleur Réalisateur de la Berlinale avec « Barbara ». De nouveau un prénom féminin, de nouveau Nina Hoss dans le rôle-titre et de nouveau une histoire au temps de la RDA. Suggérant la complexité des mirages de l’Ouest, ce film dresse le magnifique portrait d’une femme déchirée, à l’image de l’Allemagne des années 80. En 2014, le cinéaste puise ses influences dans « Sueurs Froides » d’Alfred Hitchcock et « Les Yeux sans visage » de Georges Franju pour réaliser « Phoenix ». A la clé, un nouveau Prix d’Interprétation pour Nina Hoss, au Festival de Seattle cette fois. 4 ans plus tard, retour à la Berlinale avec « Transit », une adaptation du roman éponyme d’Anna Seghers. Au casting, la jeune Paula Beer qui est également l’héroïne d’ « Ondine », un rôle-titre qui lui a offert l’Ours d’Argent de la Meilleure Actrice à la Berlinale 2020. De là à la considérer comme la nouvelle muse de Christian Petzold, il n’y a qu’un pas.

9 longs-métrages, 3 qui portent un prénom féminin comme titre et 3 Prix d’interprétation en tout pour ses actrices… Christian Petzold est sans doute l’un des meilleurs cinéastes allemands pour créer des personnages féminins qui restent dans les mémoires.

Par Simon Chevalier

Critique : « Énorme » de Sophie Letourneur

22 septembre 2020

Entre absurde et réalisme, Sophie Letourneur nous propose plusieurs films en un.

Pianiste à la renommée mondiale, Claire Girard ne fait rien sans son mari, Frédéric. Se laissant complètement gérer par son compagnon, elle paraît disparaître totalement derrière lui. Jusqu’à ce que Fred prenne la décision de trop : faire un enfant à sa femme sans la prévenir…

Pour son quatrième long-métrage, Sophie Letourneur nous surprend avec un film osé qui ne s’interdit rien sur l’intimité d’un couple mais surtout, elle pousse jusqu’à l’absurde le rapport des parents à la grossesse. Jouant sur l’inversion des rôles avec un papa qui se comporte comme s’il allait accoucher et une maman qui semble spectatrice de ce qui lui arrive, elle crée un décalage avec de vrais professionnels médicaux qui jouent leur propre rôle. Cette vision documentaire l’emporte à la fin du film avec une magnifique et ultra-réaliste scène d’accouchement qui ne laissera personne indifférent. Comment résister à ce spectacle qui nous renvoie tous à notre propre naissance ?

Si Jonathan Cohen porte le film de par l’omniprésence de son personnage, Marina Fois nous éblouit une fois de plus : hilarante quand son personnage apprend sa grossesse ou fume et boit pour se détendre, elle est également intense en future maman qui ne supporte plus sa grossesse. Toute une palette d’actrice impressionnante.

Par Simon Chevalier

Critique : « Effacer l'historique » de Gustave Kervern et Benoît Delépine

15 septembre 2020

Quand le duo de réalisateurs le plus déjanté s’attaque aux nouvelles technologies…

Amis depuis qu’ils sont devenus des « gilets jaunes », Marie, Bertrand et Christine se débattent dans le monde moderne et ce n’est pas Internet qui les y aide. Chantage à la sex-tape, harcèlement et arnaques sont au menu du 21ème siècle de ces précaires. Jusqu’au jour où ils se révoltent…

2 ans après « I feel good » avec Jean Dujardin et Yolande Moreau, Gustave Kervern et Benoît Delépine s’entourent de nouveau d’un casting hilarant avec Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero. On s’amusera également des apparitions de leurs fidèles comme Benoît Poelvoorde ou Michel Houellebecq. Tous donnent naissance à des personnages cabossés par la société actuelle et sa modernité. Poussant les situations jusqu’à l’extrême, le scénario tombe dans l’absurde pour dénoncer « l’uberisation » des êtres, ce monde où tout s’achète, où les escrocs disposent de moyens colossaux pour commettre leurs méfaits et où la solidarité pèse peu face à la loi de la jungle numérique.

Si les fans des cinéastes se délecteront de leur patte inchangée, les autres pourront regretter un manque d’unité dans les différentes histoires. Mais voici un film qui se regarde comme une nécessité pour prendre du recul sur notre propre relation au numérique et qui, pour cela, a reçu un prix spécial à la dernière Berlinale.

Par Simon Chevalier

Critique : « Voir le jour » de Marion Laine

1er septembre 2020

Histoire d’une (re)naissance

Qui est Jeanne ? Auxiliaire dans une maternité, elle est particulièrement à l’écoute des patientes. Maman d’une jeune fille de 18 ans, elle s’apprête à la voir partir du domicile familial. Mais sa vie actuelle bascule quand quelqu’un l’appelle Norma…

Ce troisième long-métrage de Marion Laine alterne douceur et intensité. Riche de très belles scènes – notamment les sous-marines et surtout celle au son des « Moulins de mon cœur » - mais également d’autres plus surréalistes, ce film surprend par son mélange des genres. Brassant un nombre important de thèmes comme le passé de Jeanne, le départ de sa fille, les difficultés du corps hospitalier et la mortalité infantile, il est dommage que cette œuvre pâtisse d’un manque d’unité. Quant à la fin, si elle est pleine d’optimisme, elle frôle le simplisme.

Au cœur d’un casting impeccable, empli d’acteurs – et surtout d’actrices – qui disparaissent parfaitement derrière leur rôle, Sandrine Bonnaire est fidèle à son talent sans fard et brille pour la seconde fois devant la caméra de Marion Laine, 12 ans après « Un cœur Simple », premier film de la cinéaste.

Par Simon Chevalier

Biographie : Michel Piccoli

25 août 2020

À l'occasion d'une rétrospective sur Michel Piccoli dans le cadre de notre Cycle Patrimoine "L'Œil Dans le Rétro", nous vous proposons une biographie succincte de cet acteur qui nous a quitté il y a peu...

Jacques Daniel Michel Piccoli, fils d’un violoniste et d’une pianiste, né le 27 décembre 1925 à Paris. Après une enfance difficile, il décide de devenir comédien et entame une formation, d’abord chez Andrée Bauer-Thérond puis au cours Simon.

 

Il se consacre d’abord à la scène, au sein des compagnies Renaud-Barrault et Grenier-Hussenot ou encore au Théâtre de Babylone, bien que sa première apparition – en tant que figurant – à l’écran date de 1945, dans Sortilèges de Christian-Jacque, puis en 1948, dans Le Point du Jour de Louis Daquin.

 

Durant les années 50, il obtient de nombreux seconds rôles et joue notamment pour Jean Renoir, Pierre Chenal, Jean Delannoy ou encore Luis Buñuel. Mais c’est en 1963 qu’il accède au succès en jouant le rôle du mari éconduit pour Jean-Luc Godard dans Le Mépris, donnant la réplique à Brigitte Bardot.

 

À partir de cette date, les grands noms du cinéma se disputent Michel Piccoli : Jacques Demy dans Les Demoiselles de Rochefort (1966) ou Une Chambre en Ville (1982) ; Agnès Varda dans Salut les Cubains (1963) ou Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma (1995) ; à nouveau Luis Buñuel dans, entre autre, Belle de Jour (1966) ; Alain Resnais dans La Guerre est finie (1965) et Vous n’avez encore rien vu (2012) ; Nanni Moretti avec Habemus Papam (2011) ; ou encore Alfred Hitchcock dans l’Etau (1969). Il devient l’acteur fétiche du réalisateur Claude Sautet, avec qui il tourne cinq films, ainsi que celui de Marco Ferreri, pour lequel il joue à huit reprises. En outre, il ne quittera jamais vraiment les planches puisqu’on le voyait encore, en 2006-2007, jouer Le Roi Lear mise en scène par André Engel ou encore, en 2014-2015, dans Gainsbourg poète majeur de Philippe Lerichomme aux côtés de Jane Birkin et Hervé Pierre.

 

Il passe également à plusieurs reprises derrière la caméra : en 1997 avec Alors voilà, en 2001 avec La Plage Noire, et en 2005 avec C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé.

 

Au cours de sa carrière, Michel Piccoli remportera également de nombreux prix, dont le prix d’interprétation masculine pour Thermoc de Claude Faraldo au festival international du film fantastique d’Avoriaz, en 1973 ; le prix d’interprétation masculine du festival de Cannes 1980 pour Le Saut dans le Vide de Marco Bellocchio et l’Ours d’argent du meilleur acteur en 1982 pour Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre.

 

Michel Piccoli nous quitte le 12 mai 2020 à l’âge de 94 ans, mais laisse derrière lui une carrière bien remplie et de nombreux chefs-d’œuvre que l’on n’oubliera pas de sitôt !

Biographie : Haifaa Al-Mansour

25 août 2020

Alors que sort « The Perfect Candidate », focus sur la carrière de la première réalisatrice d’Arabie Saoudite.

Née dans une famille libérale, fille d’un poète, Haifaa Al-Mansour a la chance de pouvoir étudier la littérature à l’Université Américaine du Caire. De retour dans son pays en 2000, elle devient, à l’âge de 26 ans, professeur d’arabe et d’anglais au sein d’une compagnie pétrolière. C’est au service communication de cette entreprise que la jeune femme découvre la production audiovisuelle et réalise 3 courts-métrages.

En 2005, elle tourne un documentaire clandestinement avec l’aide de sa sœur. « Women without shadows » (Femmes sans ombre) sera sélectionné au Festival d’Abou Dabi, créera la polémique et fera le tour du monde. Lors d’une projection de son film, la cinéaste rencontre son mari, diplomate américain et le suit à Sydney. En Australie, elle fait une pause dans sa carrière, le temps d’obtenir un Master en direction cinématographique. Forte de ce diplôme, Haifaa Al-Mansour retourne dans ce pays pour y réaliser « Wadjda ». Obligée de se cacher dans un van et de diriger son équipe à distance, elle rentre dans l’histoire de l’Arabie Saoudite car c’est le premier film entièrement tourné dans le royaume. Sorti en 2013, ce premier long-métrage de fiction lui offre une visibilité internationale et elle participe, dans les années suivantes, aux jurys des Festivals de Venise et de Cannes.

Haifaa Al-Mansour est choisi en 2017 pour réaliser un biopic sur Mary Shelley, la célèbre romancière britannique, avec Elle Fanning. L’occasion d’un nouveau portrait de femme et le signe d’une vraie reconnaissance.

Aujourd’hui, la cinéaste saoudienne continue l’exploration de son pays et donne une visibilité nécessaire à ces femmes qui se battent pour obtenir des droits civiques. « The Perfect Candidate » est, en cela, un film à voir pour des raisons cinéphiles tout autant que militantes.

Par Simon Chevalier

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