Le point de vue de l'association

Articles 2017-2018

« Le Monde est à toi » de Romain Gavras

28 août 2018

Cette fable sur la réussite fut le meilleur film du 71ème Festival de Cannes.

François est un petit délinquant sans envergure mais il a une ambition : lancer la marque « Mister Freeze » au Maghreb. Entouré d’une bande de pieds nickelés plus barrés les uns que les autres – dont ses parents -, il conçoit un incroyable plan pour aboutir à ses fins…

 

Le nouveau film de Romain Vargas est purement jouissif! On en ressort gonflé d’énergie et la banane aux lèvres. En premier lieu grâce au scénario brillant qui mêle suspense et humour sans jamais négliger l’un pour favoriser l’autre. Ensuite, les personnages « Bigger than life » – plus grands que nature – qui entourent ce héros si normal apportent chacun un grain de folie bien particulier. Comme en chimie, l’association de ces « fous » au sein d’un même projet promet des scènes détonantes et provoque force éclats de rire. Si tous les interprètes mériteraient d’être cités, arrêtons-nous sur 3 d’entre eux : Karim Leklou, excellent en jeune homme complètement dépassé par les événements et surtout les stars Isabelle Adjani et Vincent Cassel irrésistibles dans leurs contre-emplois, respectivement en mère déjantée et irresponsable et en père benêt. Enfin, la photographie et la bande originale sont des plus enthousiasmantes : la vue aérienne de la côte espagnole au son du tube « Africa » de Toto vous fera décoller; frissons garantis!

 

Après un premier long-métrage confidentiel, Romain Gavras  impressionne avec cette oeuvre 100% fun qui a électrisé la Quinzaine des Réalisateurs cannoise et marquera l’année 2018

 

Par Simon Chevalier

« Joueurs » de Marie Monge

24 juillet 2018

Un thriller d’amour et de dépendance

Jeune serveuse appliquée dans le restaurant familial, Ella rencontre Abel, venu postuler dans son établissement. Aussi provocateur qu’elle est sage, il l’entraîne dans son monde fait de nuits entières passées dans les cercles de jeux clandestins et des risques associés…

Voici un TGV, un Thriller à Grande Vitesse, qui emporte son spectateur au rythme de personnages pris dans la spirale de l’urgence de vivre, courant après une adrénaline passagère. Dopée au danger, une histoire d’amour naît sous nos yeux et consume ses protagonistes, ivres de sensations fortes. Et quels protagonistes : on s’identifie facilement au personnage d’Ella, jeune fille sans histoires charmée par un beau parleur au sourire ravageur. Et qui ne craquerait pas face à Tahar Rahim avec l’intensité d’une Stacy Martin qui se métamorphose devant la caméra nerveuse de Marie Monge ?

 

Sélection parallèle mais néanmoins prestigieuse du Festival de Cannes, la Quinzaine des Réalisateurs a accueilli cette année ce premier film dont la mise en scène impressionne mais frôle l’excès de vitesse laissant peut-être certains spectateurs sur le bord de la route.

 

Par Simon Chevalier

« Un Couteau dans le cœur » de Yann Gonzalez

17 juillet 2018

Vanessa Paradis ose le cinéma underground de Yann Gonzalez et électrise le Festival de Cannes 2018.

 

Nous sommes dans les années 70 et Anne est productrice de films pornographiques gays. Alors que Loïs, sa compagne et monteuse, la quitte, elle doit également faire face à un mystérieux tueur en série qui décime son équipe…

 

Deuxième long-métrage du sulfureux Yann Gonzalez après « Les Rencontres d’après minuit » sorti en 2013, « Un couteau dans le cœur » est porté par une Vanessa Paradis étonnante dans un rôle plus trash que sensible. En effet, si on sent une volonté de mettre en valeur des sentiments purs au milieu d’un univers sale, on retient plus la crudité des dialogues et l’érotisme masculin que l’histoire d’amour entre 2 femmes. Mention spéciale pour les seconds rôles Jonathan Genet en tueur masqué et Félix Maritaud dont on reparlera très prochainement à l’occasion de la sortie d’un film très… Sauvage !

 

L’univers très particulier du réalisateur avec ses lumières saturées et le jeu outré de ses comédiens est à réserver à un public averti ou curieux de découvrir une œuvre que certains pourront juger ridicule et qui risque de lasser au bout de 102 minutes.

 

Par Simon Chevalier

« Une prière avant l’aube » de Jean-Stéphane Sauvaire

10 juillet 2018

C’est au 70ème Festival de Cannes en 2017 qu’est présenté « Une prière avant l’aube », le deuxième long-métrage de fiction de Jean-Stéphane Sauvaire. L’histoire d’un boxeur anglais emprisonné en Thaïlande pour trafic de drogue. C’est alors un Voyage au bout de l’enfer qui commence pour le jeune occidental qui devra s’imposer dans cette jungle où règne la loi du plus fort et où le danger est partout.

Impossible de ne pas penser à « Midnight Express », le film choc d’Alan Parker sorti en 1978. Que ça soit la réalisation nerveuse du réalisateur français ou l’implication incroyable de l’acteur britannique Joe Cole qui, jusqu’à présent, n’avait brillé que sur le petit écran, tous les talents sont réunis pour vous faire trembler devant le destin tragique d’un jeune homme dont la force morale autant que physique est mise à l’épreuve autant que les nerfs du spectateur.

 

Ultra réaliste autant qu’hyper violent, c’est peut-être pour cette raison qu’ « Une prière avant l’aube » aura mis plus d’un an à arriver sur nos écrans mais, quoi qu’il en soit, son efficacité réserve la force d’un uppercut dont on a du mal à se relever.

 

Par Simon Chevalier

« 3 Visages » de Jafar Panahi

26 juin 2018

Le nouveau film du cinéaste iranien Jafar Panahi est une plongée dans l’Iran des traditions.

 

Jouant son propre rôle, le réalisateur accompagne la célèbre actrice Behnaz Jafari dans sa recherche d’une jeune fille qui a envoyé un appel au secours à celle qui est sa comédienne préférée et son modèle. Qu’est devenue cette adolescente ? Le spectateur est emporté dans ce sauvetage et part à la découverte de la ruralité iranienne dont les problèmes sont abordés sans fard mais sans aucune moralisation. Les hommes, pleins de préjugés archaïques sur la place des femmes, ne sont pas jugés mais la démonstration est faite subtilement que le raisonnement ne tient pas et que les choses doivent changer.

 

Le personnage de Madame Jafari est agréablement complexe, entre culpabilisation de ne pas pouvoir aider et énervement face à la situation qui la place en porte-à-faux. Enfin, la situation atypique de Jafar Panahi, metteur en scène subissant une interdiction de faire des films, est utilisée via un quasi huis clos à bord d’un véhicule – on retrouve la métaphore déjà présente dans « Taxi Téhéran ».

 

Simple passeur permettant de réunir ces « 3 Visages », Jafar Panahi nous impressionne de toute sa modestie et d’une lucidité qui transparaît jusqu’à la dernière scène, sans illusions.

 

Par Simon Chevalier

« Gueule d’ange » de Vanessa Filho

12 juin 2018

La bouleversante histoire d’une petite fille interprétée brillamment par Ayline Aksoy-Etaix.

Elli a 8 ans et vit avec sa mère Marlène. Celle-ci, instable et même irresponsable, va jusqu’à abandonner sa fille après une rencontre en boîte de nuit. Se retrouvant seule, sur qui « Gueule d’ange » va-t-elle pouvoir compter pour l’aider à grandir ?

 

Ce premier film est un véritable écrin contenant deux joyaux d’actrices : Marion Cotillard en antihéroïne solaire, une étoile lumineuse mais toxique à laquelle se brûle la révélation de ce long-métrage, le petit diamant brut Ayline Aksoy-Etaix. D’une profondeur étonnante, la jeune comédienne emporte le spectateur dans ses émotions et confère une grande sensibilité à l’œuvre, renforcée par une mise en scène qui se met à sa hauteur d’enfant. Le duo qu’elle forme avec le rassurant Alban Lenoir nous fait battre le cœur par tant de sentiments pudiquement exprimés. Mais c’est le regard qu’Elli porte sur sa mère qui nous captive tant il est complexe, mélange d’admiration et de déception. Une telle maîtrise est exceptionnelle à cet âge et augure le meilleur pour la suite.

 

On peut penser que Vanessa Filho a eu la chance de séduire Marion Cotillard pour sa première œuvre. Mais le résultat est à la hauteur de la filmographie impressionnante de l’actrice qui a une nouvelle fois brillé au Festival de Cannes avec une future star et une réalisatrice d’avenir à ses côtés.

 

Par Simon Chevalier

« En Guerre » de Stéphane Brizé

5 juin 2018

Le film social par excellence

 

Alors que leur entreprise est menacée de fermeture, des employés se mobilisent dans un combat vital.

Derrière une trame simple et l’emploi de codes du petit écran – de nombreuses images paraissent extraites de journaux télévisés -, c’est une véritable œuvre de cinéma que Stéphane Brizé réalise. A la manière d’un documentaire, il nous montre tous les mécanismes qui régissent un conflit social entre blocages, réunions, négociations… Un seul grand absent est le vote : étonnant qu’à aucun moment, les salariés ne se prononcent sur les actions syndicales.

La mise en scène propose une intéressante alternance entre des moments bruyants et revendicatifs et d’autres plus calmes et introspectifs. Enfin, Vincent Lindon porte l’œuvre avec son énergie et son talent. Sa colère laisse poindre des failles au fur et à mesure que la situation s’enlise. La fin de ce long-métrage ne manquera pas de vous surprendre et de marquer votre esprit.

Deux ans après « La loi du marché » qui avait valu à son acteur fétiche Vincent Lindon le Prix d’Interprétation, Stéphane Brizé est revenu au Festival de Cannes avec cette œuvre puissante qui y avait toute sa place de par sa cinématographie et son humanisme.

Par Simon Chevalier

Biographie : Seijun Suzuki

29 mai 2018

Ce réalisateur marquant du cinéma japonais connut un parcours atypique avec une traversée du désert et une reconnaissance des plus tardives.

 

Né il y a 95 ans, Seijun Suzuki fut enrôlé dans l’armée japonaise dès ses 20 ans pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il en gardera une image de la violence qui marquera son œuvre. Il débute des études de cinéma presque par dépit avant de devenir un metteur en scène prolifique de films mineurs. Car dans les salles de cinéma nippones du milieu du siècle dernier, on projetait 2 films par séance et le premier se devait d’être suffisamment insignifiant pour ne pas faire de l’ombre au long-métrage principal tout en étant de qualité pour contenter les spectateurs.

 

Mais le réalisateur sort très vite du cadre étriqué des studios en faisant des films de plus en plus personnels – dont le style ressemble à celui de Jean-Pierre Melville – et extravagants. Abusant d’ironie et magnifiant la sensualité de son acteur fétiche Jo Shishido, il finit par se faire licencier en 1968.

 

Eloigné des plateaux pendant 10 ans, il se contentera de la publicité et de l’écriture de livres pour maintenir sa flamme créatrice. Il revient sur la pointe des pieds avec une trilogie qu’il mettra près de 15 ans à terminer. Nous sommes alors au début des années 90 et une rétrospective organisée à Rotterdam le remet dans la lumière. Il reçoit des hommages d’homologues tels que Jim Jarmusch, Wong Kar-Wai ou Quentin Tarantino.

 

Seijun Suzuki peut alors terminer sa carrière avec 3 ultimes films avant de nous quitter en 2017 au terme d’un parcours qui reste unique dans l’histoire du 7ème art japonais.

 

Par Simon Chevalier

« Mobile Homes » de Vladimir de Fontenay

24 avril 2018

En Septembre dernier, le réalisateur Vladimir de Fontenay venait en personne ouvrir la Saison Culturelle avec son premier film « Mobile Homes ».

 

L’errance d’une jeune femme et de son petit garçon ainsi que du compagnon de la première à travers les grands espaces américains a ému tous ceux qui l’ont découvert lors de cette soirée exceptionnelle pendant laquelle Atisso Médessou a entamé un dialogue avec le cinéaste.

 

Celui-ci a pu revenir sur son inspiration initiale – l’immensité des espaces dévolus aux mobile-homes outre-Atlantique – mais également sur les petits secrets de la cascade qui constitue la scène la plus spectaculaire du long-métrage et sur le dilemme de la fin particulièrement poignante.

 

Cette semaine, découvrez ou redécouvrez ce film qui vous marquera à coup sûr par le talent de ses interprètes – dont la lumineuse Imogen Poots – et par la beauté de ses plans au cœur de l’Amérique profonde.

 

Par Simon Chevalier

« Une femme dans la tourmente » de Mikio Naruse

17 avril 2018