Le point de vue de l'association

Articles 2017-2018

« Le Monde est à toi » de Romain Gavras

28 août 2018

Cette fable sur la réussite fut le meilleur film du 71ème Festival de Cannes.

François est un petit délinquant sans envergure mais il a une ambition : lancer la marque « Mister Freeze » au Maghreb. Entouré d’une bande de pieds nickelés plus barrés les uns que les autres – dont ses parents -, il conçoit un incroyable plan pour aboutir à ses fins…

 

Le nouveau film de Romain Vargas est purement jouissif! On en ressort gonflé d’énergie et la banane aux lèvres. En premier lieu grâce au scénario brillant qui mêle suspense et humour sans jamais négliger l’un pour favoriser l’autre. Ensuite, les personnages « Bigger than life » – plus grands que nature – qui entourent ce héros si normal apportent chacun un grain de folie bien particulier. Comme en chimie, l’association de ces « fous » au sein d’un même projet promet des scènes détonantes et provoque force éclats de rire. Si tous les interprètes mériteraient d’être cités, arrêtons-nous sur 3 d’entre eux : Karim Leklou, excellent en jeune homme complètement dépassé par les événements et surtout les stars Isabelle Adjani et Vincent Cassel irrésistibles dans leurs contre-emplois, respectivement en mère déjantée et irresponsable et en père benêt. Enfin, la photographie et la bande originale sont des plus enthousiasmantes : la vue aérienne de la côte espagnole au son du tube « Africa » de Toto vous fera décoller; frissons garantis!

 

Après un premier long-métrage confidentiel, Romain Gavras  impressionne avec cette oeuvre 100% fun qui a électrisé la Quinzaine des Réalisateurs cannoise et marquera l’année 2018

 

Par Simon Chevalier

« Joueurs » de Marie Monge

24 juillet 2018

Un thriller d’amour et de dépendance

Jeune serveuse appliquée dans le restaurant familial, Ella rencontre Abel, venu postuler dans son établissement. Aussi provocateur qu’elle est sage, il l’entraîne dans son monde fait de nuits entières passées dans les cercles de jeux clandestins et des risques associés…

Voici un TGV, un Thriller à Grande Vitesse, qui emporte son spectateur au rythme de personnages pris dans la spirale de l’urgence de vivre, courant après une adrénaline passagère. Dopée au danger, une histoire d’amour naît sous nos yeux et consume ses protagonistes, ivres de sensations fortes. Et quels protagonistes : on s’identifie facilement au personnage d’Ella, jeune fille sans histoires charmée par un beau parleur au sourire ravageur. Et qui ne craquerait pas face à Tahar Rahim avec l’intensité d’une Stacy Martin qui se métamorphose devant la caméra nerveuse de Marie Monge ?

 

Sélection parallèle mais néanmoins prestigieuse du Festival de Cannes, la Quinzaine des Réalisateurs a accueilli cette année ce premier film dont la mise en scène impressionne mais frôle l’excès de vitesse laissant peut-être certains spectateurs sur le bord de la route.

 

Par Simon Chevalier

« Un Couteau dans le cœur » de Yann Gonzalez

17 juillet 2018

Vanessa Paradis ose le cinéma underground de Yann Gonzalez et électrise le Festival de Cannes 2018.

 

Nous sommes dans les années 70 et Anne est productrice de films pornographiques gays. Alors que Loïs, sa compagne et monteuse, la quitte, elle doit également faire face à un mystérieux tueur en série qui décime son équipe…

 

Deuxième long-métrage du sulfureux Yann Gonzalez après « Les Rencontres d’après minuit » sorti en 2013, « Un couteau dans le cœur » est porté par une Vanessa Paradis étonnante dans un rôle plus trash que sensible. En effet, si on sent une volonté de mettre en valeur des sentiments purs au milieu d’un univers sale, on retient plus la crudité des dialogues et l’érotisme masculin que l’histoire d’amour entre 2 femmes. Mention spéciale pour les seconds rôles Jonathan Genet en tueur masqué et Félix Maritaud dont on reparlera très prochainement à l’occasion de la sortie d’un film très… Sauvage !

 

L’univers très particulier du réalisateur avec ses lumières saturées et le jeu outré de ses comédiens est à réserver à un public averti ou curieux de découvrir une œuvre que certains pourront juger ridicule et qui risque de lasser au bout de 102 minutes.

 

Par Simon Chevalier

« Une prière avant l’aube » de Jean-Stéphane Sauvaire

10 juillet 2018

C’est au 70ème Festival de Cannes en 2017 qu’est présenté « Une prière avant l’aube », le deuxième long-métrage de fiction de Jean-Stéphane Sauvaire. L’histoire d’un boxeur anglais emprisonné en Thaïlande pour trafic de drogue. C’est alors un Voyage au bout de l’enfer qui commence pour le jeune occidental qui devra s’imposer dans cette jungle où règne la loi du plus fort et où le danger est partout.

Impossible de ne pas penser à « Midnight Express », le film choc d’Alan Parker sorti en 1978. Que ça soit la réalisation nerveuse du réalisateur français ou l’implication incroyable de l’acteur britannique Joe Cole qui, jusqu’à présent, n’avait brillé que sur le petit écran, tous les talents sont réunis pour vous faire trembler devant le destin tragique d’un jeune homme dont la force morale autant que physique est mise à l’épreuve autant que les nerfs du spectateur.

 

Ultra réaliste autant qu’hyper violent, c’est peut-être pour cette raison qu’ « Une prière avant l’aube » aura mis plus d’un an à arriver sur nos écrans mais, quoi qu’il en soit, son efficacité réserve la force d’un uppercut dont on a du mal à se relever.

 

Par Simon Chevalier

« 3 Visages » de Jafar Panahi

26 juin 2018

Le nouveau film du cinéaste iranien Jafar Panahi est une plongée dans l’Iran des traditions.

 

Jouant son propre rôle, le réalisateur accompagne la célèbre actrice Behnaz Jafari dans sa recherche d’une jeune fille qui a envoyé un appel au secours à celle qui est sa comédienne préférée et son modèle. Qu’est devenue cette adolescente ? Le spectateur est emporté dans ce sauvetage et part à la découverte de la ruralité iranienne dont les problèmes sont abordés sans fard mais sans aucune moralisation. Les hommes, pleins de préjugés archaïques sur la place des femmes, ne sont pas jugés mais la démonstration est faite subtilement que le raisonnement ne tient pas et que les choses doivent changer.

 

Le personnage de Madame Jafari est agréablement complexe, entre culpabilisation de ne pas pouvoir aider et énervement face à la situation qui la place en porte-à-faux. Enfin, la situation atypique de Jafar Panahi, metteur en scène subissant une interdiction de faire des films, est utilisée via un quasi huis clos à bord d’un véhicule – on retrouve la métaphore déjà présente dans « Taxi Téhéran ».

 

Simple passeur permettant de réunir ces « 3 Visages », Jafar Panahi nous impressionne de toute sa modestie et d’une lucidité qui transparaît jusqu’à la dernière scène, sans illusions.

 

Par Simon Chevalier

« Gueule d’ange » de Vanessa Filho

12 juin 2018

La bouleversante histoire d’une petite fille interprétée brillamment par Ayline Aksoy-Etaix.

Elli a 8 ans et vit avec sa mère Marlène. Celle-ci, instable et même irresponsable, va jusqu’à abandonner sa fille après une rencontre en boîte de nuit. Se retrouvant seule, sur qui « Gueule d’ange » va-t-elle pouvoir compter pour l’aider à grandir ?

 

Ce premier film est un véritable écrin contenant deux joyaux d’actrices : Marion Cotillard en antihéroïne solaire, une étoile lumineuse mais toxique à laquelle se brûle la révélation de ce long-métrage, le petit diamant brut Ayline Aksoy-Etaix. D’une profondeur étonnante, la jeune comédienne emporte le spectateur dans ses émotions et confère une grande sensibilité à l’œuvre, renforcée par une mise en scène qui se met à sa hauteur d’enfant. Le duo qu’elle forme avec le rassurant Alban Lenoir nous fait battre le cœur par tant de sentiments pudiquement exprimés. Mais c’est le regard qu’Elli porte sur sa mère qui nous captive tant il est complexe, mélange d’admiration et de déception. Une telle maîtrise est exceptionnelle à cet âge et augure le meilleur pour la suite.

 

On peut penser que Vanessa Filho a eu la chance de séduire Marion Cotillard pour sa première œuvre. Mais le résultat est à la hauteur de la filmographie impressionnante de l’actrice qui a une nouvelle fois brillé au Festival de Cannes avec une future star et une réalisatrice d’avenir à ses côtés.

 

Par Simon Chevalier

« En Guerre » de Stéphane Brizé

5 juin 2018

Le film social par excellence

 

Alors que leur entreprise est menacée de fermeture, des employés se mobilisent dans un combat vital.

Derrière une trame simple et l’emploi de codes du petit écran – de nombreuses images paraissent extraites de journaux télévisés -, c’est une véritable œuvre de cinéma que Stéphane Brizé réalise. A la manière d’un documentaire, il nous montre tous les mécanismes qui régissent un conflit social entre blocages, réunions, négociations… Un seul grand absent est le vote : étonnant qu’à aucun moment, les salariés ne se prononcent sur les actions syndicales.

La mise en scène propose une intéressante alternance entre des moments bruyants et revendicatifs et d’autres plus calmes et introspectifs. Enfin, Vincent Lindon porte l’œuvre avec son énergie et son talent. Sa colère laisse poindre des failles au fur et à mesure que la situation s’enlise. La fin de ce long-métrage ne manquera pas de vous surprendre et de marquer votre esprit.

Deux ans après « La loi du marché » qui avait valu à son acteur fétiche Vincent Lindon le Prix d’Interprétation, Stéphane Brizé est revenu au Festival de Cannes avec cette œuvre puissante qui y avait toute sa place de par sa cinématographie et son humanisme.

Par Simon Chevalier

Biographie : Seijun Suzuki

29 mai 2018

Ce réalisateur marquant du cinéma japonais connut un parcours atypique avec une traversée du désert et une reconnaissance des plus tardives.

 

Né il y a 95 ans, Seijun Suzuki fut enrôlé dans l’armée japonaise dès ses 20 ans pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il en gardera une image de la violence qui marquera son œuvre. Il débute des études de cinéma presque par dépit avant de devenir un metteur en scène prolifique de films mineurs. Car dans les salles de cinéma nippones du milieu du siècle dernier, on projetait 2 films par séance et le premier se devait d’être suffisamment insignifiant pour ne pas faire de l’ombre au long-métrage principal tout en étant de qualité pour contenter les spectateurs.

 

Mais le réalisateur sort très vite du cadre étriqué des studios en faisant des films de plus en plus personnels – dont le style ressemble à celui de Jean-Pierre Melville – et extravagants. Abusant d’ironie et magnifiant la sensualité de son acteur fétiche Jo Shishido, il finit par se faire licencier en 1968.

 

Eloigné des plateaux pendant 10 ans, il se contentera de la publicité et de l’écriture de livres pour maintenir sa flamme créatrice. Il revient sur la pointe des pieds avec une trilogie qu’il mettra près de 15 ans à terminer. Nous sommes alors au début des années 90 et une rétrospective organisée à Rotterdam le remet dans la lumière. Il reçoit des hommages d’homologues tels que Jim Jarmusch, Wong Kar-Wai ou Quentin Tarantino.

 

Seijun Suzuki peut alors terminer sa carrière avec 3 ultimes films avant de nous quitter en 2017 au terme d’un parcours qui reste unique dans l’histoire du 7ème art japonais.

 

Par Simon Chevalier

« Mobile Homes » de Vladimir de Fontenay

24 avril 2018

En Septembre dernier, le réalisateur Vladimir de Fontenay venait en personne ouvrir la Saison Culturelle avec son premier film « Mobile Homes ».

 

L’errance d’une jeune femme et de son petit garçon ainsi que du compagnon de la première à travers les grands espaces américains a ému tous ceux qui l’ont découvert lors de cette soirée exceptionnelle pendant laquelle Atisso Médessou a entamé un dialogue avec le cinéaste.

 

Celui-ci a pu revenir sur son inspiration initiale – l’immensité des espaces dévolus aux mobile-homes outre-Atlantique – mais également sur les petits secrets de la cascade qui constitue la scène la plus spectaculaire du long-métrage et sur le dilemme de la fin particulièrement poignante.

 

Cette semaine, découvrez ou redécouvrez ce film qui vous marquera à coup sûr par le talent de ses interprètes – dont la lumineuse Imogen Poots – et par la beauté de ses plans au cœur de l’Amérique profonde.

 

Par Simon Chevalier

« Une femme dans la tourmente » de Mikio Naruse

17 avril 2018

Le réalisateur japonais est de retour au Cinéma François Truffaut un an après la projection du « Grondement dans la montagne ».

 

Le 86ème film de Mikio Naruse ne diffère pas de l’ensemble de son œuvre marquée par un certain pessimisme. L’histoire de Reiko, jeune veuve qui sacrifie son bonheur au nom du devoir familial est un portrait de femme plein de compassion pour son héroïne confrontée à des hommes pleutres.

 

Hideko Takamine y fait preuve d’une admirable capacité à contrôler ses émotions. L’actrice et le metteur en scène  travailleront ensemble à 17 reprises et l’ancienne enfant star - elle était comparée à Shirley Temple - deviendra une comédienne adulée par le peuple japonais. Son époux Zenzo Matsuyama est un scénariste ayant participé à l’écriture de ce film.

 

Arrivé en France en 2015, 50 ans après sa sortie au Japon, « Une femme dans la tourmente » vous marquera par sa fin bouleversante tout autant que par son univers aussi élégant que troublant.

 

Par Simon Chevalier

Critique : Petit Paysan

10 avril 2018

Pierre est un éleveur comme les campagnes françaises en comptent des centaines – mais malheureusement de moins en moins. Passionné par son métier et amoureux de ses vaches, il les bichonne en craignant que la moindre épidémie ne les mette en danger. Et pour éviter cela, il peut compter sur sa sœur vétérinaire même si celle-ci en a marre des fausses alertes. Jusqu’au jour où le pire arrive…

 

Hubert CHARUEL est issu d’une famille de paysans et signe un premier film en hommage à ces hommes indispensables à la société mais tellement vulnérables et qui peuvent tout perdre selon le principe de précaution. Pour ce rôle, Swann ARLAUD a passé de longs mois dans la ferme des cousins de son réalisateur et impressionne par son investissement total devant la caméra. Avec sa soeur de fiction, Sara GIRAUDEAU, il forme un duo complice et partage un même mélange de force et de fragilité. Si l’intrigue est poignante – d’où le titre international : Bloody Milk -, l’humour n’est pas absent, notamment dans les savoureuses confrontations entre le héros et ses parents qui ont du mal à le laisser voler de ses propres ailes. Voici donc un Petit paysan auquel vous ne pourrez que vous attacher, touché par son authenticité.

 

Présenté à la Semaine de la Critique cannoise, ce long-métrage était notre favori pour la Caméra d’Or récompensant le meilleur premier film. Reparti bredouille de la Croisette, il s’est rattrapé en raflant 3 prix au Festival d’Angoulême dont ceux du Meilleur Film et du Meilleur Acteur. Il est aussi l’un des grands gagnants de la 43ème Cérémonie des Césars avec trois trophées importants : Meilleur acteur pour Swann ARLAUD, Meilleure actrice de second rôle pour Sara GIRAUDEAU et Meilleur Premier Film.

 

Autant de récompenses que de raisons de voir ou revoir cette œuvre qui a marqué l’année 2017.

 

Par Simon Chevalier

Rendez-vous : La Nuit a dévoré le monde

27 mars 2018

Dominique Rocher est le cinéaste invité à dialoguer ce mois-ci par Atisso Médessou avec « La Nuit a dévoré le monde », son premier long-métrage.

 

Faire un film de zombies français n’est pas chose aisée. Dominique Rocher relève ce défi en adaptant l’œuvre de Pit Agarmen, l’histoire d’un Parisien qui, se réveillant après une nuit de fête, se retrouve dans une ville remplie uniquement de morts-vivants.

 

Pour incarner ce héros, Anders Danielsen Lie, acteur norvégien installé en France et ayant travaillé avec Olivier Assayas (« Personnal Shopper ») et Jacques Doillon (« Rodin »). Il est entouré par Golshifteh Farahani, l’actrice d’origine iranienne parvenue à s’imposer en Occident en donnant la réplique à Leonardo DiCaprio dans « Mensonges d’Etat » de Ridley Scott, et l’inclassable Denis Lavant.

 

Cette rencontre est à ne pas rater pour en savoir plus sur ce projet ambitieux.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Lupita Nyong’o

13 mars 2018

A 35 ans et en seulement 5 ans, Lupita Nyong’o s’est imposée comme l’une des actrices hollywoodiennes les plus en vue.

 

Née à Mexico, la future actrice grandit au Kenya et découvre à l’adolescence un goût pour l’art dramatique. Pendant ses études secondaires, elle travaille comme technicienne sur différents plateaux. Se partageant entre les Etats-Unis et le Kenya, elle commence sa carrière de comédienne par de petits rôles avant de porter le projet d’un documentaire qu’elle écrit, produit et réalise. « In My Genes » sort en 2009 et raconte la vie compliquée d’albinos en Afrique.

 

En 2013, elle incarne l’esclave Patsey dans « Twelve Years a Slave » de Steve McQueen. Ce film la révèle et elle obtient 19 récompenses dont l’Oscar de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle. Elle devient instantanément une star célébrée pour sa beauté et courtisée par les marques de cosmétique.

 

Deux ans plus tard, elle intègre le casting de la mythique saga Star Wars dans la nouvelle trilogie, actuellement en cours.

Aujourd’hui, c’est de nouveau dans un blockbuster que la jeune femme excelle : « Black Panther » de Ryan Coogler qui bat des records aux Etats-Unis avec plus de 100 Millions de dollars de recettes après 15 jours d’exploitation. Un chiffre seulement atteint par 4 longs-métrages dont… Le chapitre VII de Star Wars dans le casting duquel on retrouve… Lupita Nyong’o.

 

 

Par Simon Chevalier

Hommage : Simone Signoret

6 mars 2018

En cette période de récompenses cinématographiques, souvenons-nous qu’il y a 40 ans, Simone Signoret recevait le César de la meilleure actrice lors de la 3ème édition de cette cérémonie. Et ce, pour «La vie devant soi » de Moshé Mizrahi dans lequel elle incarne une ancienne prostituée qui devient malade et dépendante.

18 ans plus tôt, c’est en Italie qu’elle tourne « Adua et ses compagnes » sous la direction d’Antonio Pietrangeli. Un autre rôle de péripatéticienne, leader d’un petit groupe qui tente de se reconvertir après la fermeture de sa maison close. Cette année 1960 est importante pour la femme d’Yves Montand qui devient la première française à recevoir l’Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation dans « Les chemins de la haute ville » de Jack Clayton. La prestigieuse récompense vient clore une ribambelle de prix dont un BAFTA et un Prix d’interprétation cannois.

Un sommet dans l’immense carrière de celle qui n’a jamais eu peur des rôles politiques ou osés comme vous pourrez le voir ce Dimanche dans le long-métrage d’Antonio Pietrangeli.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Mélanie Laurent

27 février 2018

Alors qu’elle vient de fêter ses 35 ans, Mélanie Laurent n’arrête pas : sa sixième réalisation « Plonger » est sortie il y a quelques mois, elle est actuellement à l’affiche du « Retour du héros » de Laurent Tirard et 2018 verra naître ses débuts de metteur en scène aux Etats-Unis.

Cette fille d’un comédien doubleur a débuté par hasard à 15 ans en croisant Gérard Depardieu sur un tournage où elle accompagnait une amie. Celui-ci l’engage alors sur son film « Un pont entre deux rives ». Elle enchaîne les projets très rapidement sous la direction de Michel Blanc ou de Jacques Audiard entre autres. En 2003, elle fait ses débuts à l’international dans un film hongkongais.

Le grand public la découvre dans le bouleversant « Je vais bien, ne t’en fais pas » de Philippe Lioret. Elle reçoit le César du Meilleur Espoir Féminin en 2007 pour ce rôle de jeune fille à la recherche de son jumeau disparu. Se lançant dans la réalisation avec un court-métrage, celui-ci est sélectionné pour le Festival de Cannes 2008. Entretenant une histoire particulière avec ce Festival, elle montera les marches en dansant avec Quentin Tarantino l’année suivante pour la projection d’ " Inglorious Basterds " avant d’être la maitresse de cérémonie de l’édition 2011.

 

Son premier long-métrage sort la même année et se nomme « Les Adoptés ». Elle en signera 3 autres dont le Césarisé « Demain » en collaboration avec Cyril Dion, un documentaire témoignant de son engagement pour la défense de l’environnement.

 

Elle franchira bientôt une nouvelle étape en mettant en scène un film américain « Galveston ».

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Alberto Sordi

20 février 2018

Ce Dimanche, « L’œil dans le rétro » continue son exploration du cinéma italien de la grande époque avec « Un héros de notre temps » de Mario Monicelli dans lequel brille Alberto Sordi. Cette projection aura lieu 15 ans et 1 jour après le décès de ce grand acteur dont nous retraçons ici le parcours.

Fils d’un professeur de musique, le petit Alberto commence son expérience artistique en étant soprano dans le chœur d’enfants de la Chapelle Sixtine. Après une incursion malheureuse en province, il revient à Rome, sa ville, où il se fait engager comme figurant à l’âge de 17 ans avant de gagner le concours pour être la doublure d’Oliver Hardy du célèbre duo Laurel et Hardy. Il fera du doublage jusqu’en 1951 alternant avec des contrats au music-hall et à la radio où ses émissions connaissent un grand succès après Guerre.

Il explose au cinéma en 1952 sous la direction de Federico Fellini dans « Le Cheik Blanc » et « Les Inutiles ». Dans les plus de 150 films dans lesquels il a joué – dont les 19 qu’il a réalisés à partir de 1966 -, il crée un personnage d’Italien moyen peu reluisant mais réaliste. Croulant sous les récompenses nationales, il décroche aussi un Ours d’Or à Berlin en 1972 et un Lion d’Or à Venise en 1995, celui-ci récompensant son immense carrière à laquelle il mettra fin peu après. Ce qui ne l’empêchera pas de régaler régulièrement les téléspectateurs transalpins par son sens de l’humour dont raffolent les nombreuses émissions auxquelles il participe.

Pour son 80ème anniversaire, il reçoit l’écharpe de Rome dont il a si tendrement dénoncé les travers. 2 ans plus tard, Mario Monicelli, l’un de ses réalisateurs fétiches et celui du film de ce Dimanche, lui rend hommage avec ces mots : « Il a été un comique capable de contrevenir à toutes les règles du comique ».

 

 

Par Simon Chevalier

Alien : Covenant

13 février 2018

Le Samedi 17 Décembre, les extraterrestres débarqueront au Cinéma François Truffaut pour une Nuit exceptionnelle qui se terminera avec la projection du film de Ridley Scott « Alien : Covenant ».

 

Dernier volet de la saga « Alien » et suite de « Prometheus » qui avait fait polémique chez les fans en explorant les origines de la terrifiante créature, ce film sorti le 10 Mai dernier n’a pas non plus fait l’unanimité, beaucoup de spectateurs ne retrouvant pas ce qui avait fait le succès des premiers longs-métrages, à savoir la terreur qu’inspirait l’Alien.

 

Une déception qui se traduit par le plus petit nombre d’entrées de la saga en France à savoir 1 251 241 billets vendus alors que le premier long-métrage sorti en 1979 « Alien, le huitième passager » avait été un immense succès avec plus de 2 800 000 entrées.

 

A vous de vous faire votre propre avis à partir de 3H45 ce samedi.

Par Simon Chevalier

Biographie : Gérard Darmon

6 février 2018

A l’aube de ses 70 ans, retour sur la carrière du « Brillantissime » Gérard Darmon, à l’affiche du premier film réalisé par Michèle Laroque.

 

Il doit son prénom à l’acteur phare de l’époque de sa naissance, Gérard Philipe et grandit Rue des Artistes dans le 14ème arrondissement parisien : De quoi faire naître une vocation…

 

Après l’abandon de ses études et un séjour de 4 mois en Israël, il prend des cours d’art dramatique mais échoue au concours d’entrée du Conservatoire en 1972. La future star doit alors se contenter de jouer dans des cafés-théâtres où il rencontre Jean-Pierre Bacri. En 1973, il apparaît dans «Les Aventures de Rabbi Jacob » de Gérard Oury.

 

Mais ses premiers vrais rôles lui sont offerts en 1982 avec « Le Grand Pardon » d’Alexandre Arcady et 1983 avec « Les Princes » de Tony Gatlif, 2 de ses réalisateurs fétiches avec Claude Lelouch – Le record étant détenu par Alexandre Arcady avec 5 films tournés ensemble. 1983 est aussi l’année de son Prix Jean Gabin qui récompense un espoir du cinéma français.

 

Il sera nommé 2 fois aux Césars en tant que Second Rôle : en 1987 pour « 37°2 le matin » de Jean-Jacques Beineix et en 2003 pour « Astérix : Mission Cléopâtre » d’Alain Chabat, son inoubliable partenaire de Carioca dans « La Cité de la Peur » d’Alain Berbérian.

 

Il marque aussi le public dans la série du « Cœur des hommes » de Marc Esposito et en s’essayant au doublage dans la saga de Luc Besson « Arthur et les Minimoys ».

 

Après « Brillantissime », son prochain long-métrage sera également un premier film : celui de Franck Dubosc.

Par Simon Chevalier

Cézanne et moi

30 janvier 2018

Pour sa carte blanche annuelle, l’association des Amis des Arts a choisi le film de Danièle Thompson sorti en 2016 « Cézanne et moi ». Ce long-métrage – qui aurait pu être une pièce de théâtre si la réalisatrice avait suivi sa première idée - retrace l’amitié parfois mouvementée entre Emile Zola et Paul Cézanne et fut tout d’abord intitulé « Les Inséparables ». Choix logique pour ce rendez vous d’autant que la lumière et les décors – la région d’Aix-en-Provence évidemment mais aussi le département de l’Allier -  sont particulièrement mis en valeur.

 

Alors que le duo d’acteurs Guillaume Canet – Guillaume Gallienne promettait beaucoup, c’est Alice Pol qui se démarque avec une grande richesse de jeu et un registre différent que celui des comédies qui l’ont fait connaître.

 

Au final, une œuvre assez classique et un brin artificielle mais qui saura plaire aux amoureux de la grande peinture de l’illustre ami d’Emile Zola qui rejoindront les plus de 500000 spectateurs à avoir vu le film en salles il y a un an et demi.

Par Simon Chevalier

Biographie : Edna Purviance

23 janvier 2018

Sa carrière n’a duré qu’une dizaine d’années et elle est décédée il y a 60 ans mais Edna Purviance est cette semaine à l’honneur au Cinéma François Truffaut au travers de 3 courts métrages de Charles Chaplin, son mentor.

 

Elle est née en 1895… comme le cinéma. Après une adolescence où elle s’exerce au piano, Edna débute des études d’économie à San Francisco. En 1915, elle est remarquée dans un café par un associé de Charles Chaplin,  jeune réalisateur qui commence à se faire un nom avec ses comédies et son personnage de Charlot. Celui-ci lui propose un second rôle dans « Charlot fait la noce », premier d’une série de 35 films qu’ils tournent ensemble dont « The Kid », le premier long-métrage du metteur en scène. Durant les premières années de leur collaboration, ils ont également une relation sentimentale qui prend fin avec le mariage de Charles Chaplin avec la jeune actrice Mildred Harris qui lui avait menti en se disant enceinte.

 

En 1923, elle est pour la première fois au centre d’un film : « L’Opinion Publique ». Cela sera son dernier avec le réalisateur Chaplin avant de tourner avec Josef von Sternberg avec le producteur Chaplin. Mais le film ne sortira jamais. Trois ans plus tard, elle vient en France pour « Education de prince » d’Henri Diamant-Berger puis prend sa retraite d’actrice à l’âge de 31 ans.

 

Elle restera très proche de Charles Chaplin toute sa vie, celui-ci prenant soin d’elle financièrement jusqu’à son décès d’un cancer de la gorge en 1958.

Par Simon Chevalier

La Fiancée du désert

16 janvier 2018

Ce premier film argentin a eu les honneurs de la sélection « Un Certain Regard » lors du 70ème Festival de Cannes.

 

Teresa est une femme d’une cinquantaine d’années contrainte de faire un long voyage pour rejoindre son nouvel emploi. Lors de ce périple, elle rencontre « El Gringo » qui lui ouvre les yeux sur la possibilité d’une nouvelle vie.

 

Réalisé par un duo de réalisatrices Cecilia Atan et Valeria Pivato, ce long-métrage est assez classique. Seuls atouts : les paysages magnifiques de la région argentine de San Juan – les personnages sont filmés en plans larges dans l’immensité du désert, ce qui symbolise bien qu’ils sont perdus – et une belle utilisation des flash-backs. Quant à la fin, elle n’est pas d’une grande originalité.

 

Un film pour se réchauffer au cœur de l’hiver avec la chaleur du désert et des sentiments latinos.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Antonio Pietrangeli

9 janvier 2018

Il aurait eu 99 ans cette année mais est mort il y a 50 ans : focus sur le scénariste et réalisateur italien Antonio Pietrangeli à l’occasion de la projection de son premier film « Du soleil dans les yeux » dans le cadre de « L’œil dans le rétro ».

 

Après une première carrière de critique, Antonio Pietrangeli coécrit en 1943 son premier scénario « Les amants diaboliques » qui se trouve être le premier film d’un génie du cinéma Luchino Visconti. Dans les années suivantes, il devient un scénariste prolifique – de nouveau avec Luchino Visconti mais également 2 fois avec Roberto Rossellini, entre autres - avant de se lancer dans la réalisation dix ans plus tard. 

 

« Du soleil dans les yeux » se penche sur la condition féminine à une époque où l’Italie ne se préoccupait pas de ces questions. Son héroïne est interprétée par Irène Galter, une jeune actrice découverte dans un magasin l’année précédente et qui connut une brève carrière car elle arrêta son métier 5 ans plus tard au moment de son mariage.

 

Ce réalisateur signera 13 films en 13 ans, travaillant avec nombre d’acteurs français comme Simone Signoret, Emmanuelle Riva, François Périer et Jean-Claude Brialy mais également Claudia Cardinale ou Raquel Welsh, avant de mourir noyé durant son dernier tournage à l’âge de 49 ans.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Richard Anconina

2 janvier 2018

En ce mois de Janvier 2018 et quelques semaines avant son 65ème anniversaire, Richard Anconina est à l’affiche de « Stars 80, la suite » de Thomas Langmann. Retour sur une carrière où se côtoient grands réalisateurs et succès populaires.

Richard Anconina vit de petits boulots quand il débute au cinéma dans un film de son cousin Philippe Clair en 1977. L’année suivante, il fait partie du casting du spectacle musical « Notre Dame de Paris » de Robert Hossein puis donne la réplique à Coluche dans « Inspecteur La Bavure » de Claude Zidi. Et c’est face au même partenaire qu’il explose dans « Tchao Pantin » de Claude Berri – il cumulera les Césars du Meilleur Espoir et du Meilleur Second Rôle pour ce film, fait inédit - lors d’une année 1983 qui le voit à l’affiche de 5 films dont la deuxième réalisation d’Alain Delon « Le Battant ». Les années suivantes le voient tourner sous la direction de Claude Lelouch, Alain Corneau, Maurice Pialat, Robert Enrico ou encore Jacques Doillon.

 

Il vit une traversée du désert au début des années 1990 avant de revenir en force avec le triomphe de « La Vérité si je mens » de Thomas Gilou : près de 5 millions d’entrées !

 

Aujourd’hui, il est le rôle principal d’une autre franchise à succès : « Stars 80 » de Thomas Langmann – le fils de Claude Berri qui l’avait révélé – dont le second opus est à découvrir au Cinéma François Truffaut.

 

Par Simon Chevalier

Interview d'Isabelle Giraud, assistante réalisateur

18 décembre 2017

A l’occasion de la programmation de « Simon et Théodore » de Mikael Buch, nous avons rencontré Isabelle Giraud qui a travaillé comme assistante réalisateur sur ce projet. Elle nous parle de son parcours et de ce métier aussi méconnu qu’essentiel.

- Comment es tu devenu Assistante réalisateur ? 

J'ai commencé mes études de cinéma sans vraiment connaître ce métier. Je pensais plus au départ à faire scripte. Et puis sur les petits tournages d'école j'ai découvert ce rôle que j'ai apprécié tenir. A la fin, je ne me voyais pas faire autre chose !

Je suis ensuite montée sur Paris pour trouver du travail et j'ai commencé à construire mon réseau sur des courts métrages et des clips. Je travaille maintenant majoritairement en tant que première assistante sur des petits et moyens projets ou en seconde sur des plus gros. 

- Quels sont tes pires et meilleurs souvenirs dans ce métier ? 

Mon pire souvenir était sur un court métrage bénévole où une partie de l'équipe était très hautaine et irrespectueuse envers le reste des techniciens. Cela n'a duré que quelques jours, mais cela a été très éprouvant et j'ai vraiment remis en question mon désir de continuer à travailler sur des tournages. Heureusement que nous étions plusieurs à se serrer les coudes et à se soutenir  mutuellement !

Et puis juste après ça, j'ai participé à un de mes meilleurs tournages. C'était un court métrage dans le nord de la France, les journées étaient difficiles mais il y avait une ambiance extrêmement bonne, à la fois professionnelle et très agréable. Il n'y a pas un jour où nous n'avons pas rigolé. A la fin du tournage, nous étions tous tellement tristes de se quitter qu'on est partis 3 jours en vacances ensemble ! 

- Peux-tu nous parler de ton expérience sur le tournage de "Simon et Théodore" de Mikael Buch ?

 

C'était une expérience très enrichissante, c'était le deuxième long métrage sur lequel j'ai travaillé de A à Z en tant que seconde assistante et ça a été un réel plaisir de travailler avec les deux autres assistants réalisateurs, aussi bien en prépa que sur le tournage. J'ai pu retrouver des techniciens que j'apprécie et faire de très belles rencontres dans l'équipe, créant une ambiance qui a adoucit les nuits hivernales passées en extérieur ! 

Nous avons tourné à Orléans, Bourges et enfin Paris pendant 6 semaines. C'est toujours sympa de découvrir de nouveaux endroits, il n'y a pas de routine dans nos métiers. 

Je suis contente du résultat, je trouve que c'est un film touchant qui sort de l'ordinaire. Je ne suis jamais très objective à propos des films sur lesquels j'ai travaillé, parce que j'ai du mal à oublier les souvenirs liés aux scènes. Il n'empêche que j'ai été agréablement surprise ! Les personnages de « Simon et Théodore » sont interprétés avec beaucoup d'énergie et de subtilité.

Par Simon Chevalier

Marvin ou la belle éducation

18 décembre 2017

Marvin ou la belle éducation est un film largement inspiré du roman d’Edouard Louis, « En finir avec Eddy Bellegueule », même s’il s’en éloigne aussi en le dépassant. Magistralement interprété par Finegan Oldfield, qui a su allier une fragilité et une intensité bouleversante, ce film est le parcours initiatique d’un jeune homme qui semble être né au mauvais endroit.

 

L’interprétation de cet anti-héros est complétée impeccablement par Isabelle Huppert, Charles Berling, Vincent Macaigne, Gregory Gadebois et Catherine Mouchet. On pourrait reprocher à Anne Fontaine que certains de ces personnages soient caricaturaux, mais l’on pourrait aussi penser que ce sont tout simplement des partis pris de personnages peut-être caricaturaux mais réalistes, ce qui n’est pas incompatible. Pour couronner le tout, le casting de Marvin enfant, Jules Perrier est tout simplement magnétique.

 

Dans cette sorte d’ode au dépassement de soi, qui exprime tant comment échapper à tout prix à son milieu,  qu’une dénonciation des dangers de l’homophobie liés, au-delà de la peur, à l’ignorance, on se demande perpétuellement si Marvin ira jusqu’au bout. On le sent fragile, régulièrement près à chuter, à faire demi-tour, à prendre des chemins de traverse…

 

C’est par une plongée au cœur d’un homme qu’Anne Fontaine, en tenant l’empathie à bonne distance pour éviter la démagogie larmoyante, nous procure des moments de grâce et d’émotions pures. En outre, les scènes familiales sont admirablement bien réussies. Pour peu qu’on ait vécu à la campagne, on s’y croirait presque, aussi grossier que cela puisse paraître, ces moments sont finalement  sans condescendance ni mépris de classe.

 

Par Anne-Charlotte BÉNICHOU

Le Musée des Merveilles

12 décembre 2017

Todd Haynes est revenu cette année à Cannes avec « Le Musée des Merveilles » (« Wonderstruck » en VO), 2 ans après « Carol » qui avait valu à Rooney Mara le prix d’interprétation féminine.

 

Adapté d’un roman de Brian Selznick, le film raconte l’histoire de 2 enfants qui vont suivre le même chemin à plusieurs décennies d’intervalle. S’adressant plus qu’à l’accoutumée à un jeune public, le réalisateur s’est entouré de comédiens juniors mais également de Julianne Moore pour une quatrième collaboration et de Michelle Williams pour la seconde fois : autant dire que ce cinéaste est des plus fidèles.

 

Fidèle également au genre du mélo : ce long-métrage ravira les amateurs de jolies histoires un peu trop emphatiques, les autres pouvant être agacés par un début particulièrement lent et une fin qui s’éternise bien après que le spectateur ait compris le twist final.

 

Reste des personnages attachants et une jolie lumière pour rêver juste avant les fêtes.

 

Par Simon CHEVALIER

Flash-Back : "If" de Lindsay Anderson

6 décembre 2017

Scandalisant la puritaine Angleterre, s’attaquant aussi bien au système éducatif, à l’armée et à la religion, « If » est une plongée dans une « public school » haut de gamme dans laquelle les étudiants finissent par se rebeller contre une discipline de fer.

Malmené au moment de sa sortie et détesté même par les studios Paramount qui l’ont produit, il ne voit le jour que pour effacer l’échec de « Barbarella » de Roger Vadim, sorti l’année précédente.

Il s’agit du troisième long-métrage de fiction de Lindsay Anderson, un ancien critique et de la première apparition à l’écran de Malcolm McDowell (qui avait tourné pour Ken Loach mais dont la scène avait été coupée au montage). Stanley Kubrick le remarque alors et lui propose le sulfureux « Orange Mécanique » qui fera de lui une star. Autre débutant dans le générique, le futur cinéaste Stephen Frears qui n’est qu’un simple assistant à l’époque.

Palme d’Or au Festival de Cannes 1969, il domine une édition contestataire aux côtés de « Z » de Costa-Gavras et « Easy Rider » de Dennis Hopper, autres grands gagnants cette année-là.

 

Par Simon CHEVALIER

D'après une histoire vraie

28 novembre 2017

Un thriller psychologique dans lequel on retient surtout l’interprétation d’Eva Green.

Découvert au dernier Festival de Cannes et adapté du roman de Delphine de Vigan, ce 22ème long-métrage de Roman Polanski reprend ses thèmes fétiches de l’oppression et de la perversité.

 L’histoire est celle de Delphine, auteur qui vient de connaître un succès fou avec sa précédente œuvre et qui a du mal à gérer la gloire et la pression qui y est attachée. Elle rencontre alors une mystérieuse jeune femme qui la comprend et s’immisce de plus en plus dans sa vie.

Et c’est là ce qui fait tout l’intérêt du film : une Eva Green séduisante et vénéneuse à souhait. Tout le reste n’est pas mauvais mais simplement classique avec une tension bien rendue et la surprise de voir plusieurs guests (Josée Dayan, Damien Bonnard, Elisabeth Quin…) dans des rôles surprenants.

Un Polanski mineur et qui n’éclipse donc pas « The Ghost Writer » avec qui il partage un univers commun : celui de la littérature.

 

Par Simon CHEVALIER

Jeune femme

20 novembre 2017

La Caméra d’Or 2017 est un bon résumé de ce qu’est un premier film réussi : des imperfections mais un talent qui ne demande qu’à éclore.

Paula est de retour à Paris après une déception  sentimentale. Elle va alors multiplier les rencontres plus ou moins heureuses et tenter de se trouver une place dans cette société où son impulsivité et son caractère détonnent…

 

Léonor Serraille porte à l’écran son scénario de fin d’études à la Femis. Si son film démarre sur une belle énergie, il finit par s’essouffler mais on retient l’exceptionnelle actrice Laetitia Dosch qui porte l’œuvre sur ses épaules. Son personnage de jeune femme paumée qui se cherche à l’occasion d’un retour à la case départ nous emporte et nous donne à voir la réalité d’une certaine jeunesse déterminée à s’intégrer sans faire de concessions sur ses valeurs ni sur son tempérament. La réalisation, ultra-réaliste, a été portée par une équipe 100% féminine (ou presque) au service d’une image de femme forte à l’extérieur mais d’une sensibilité extrême à l’intérieur. Un joli portrait qui a séduit le dernier Festival de Cannes.

 

La Caméra d’Or récompense le meilleur premier film présenté sur la Croisette toutes sélections confondues et constitue ainsi un formidable encouragement à poursuivre une carrière. Sachant cela, Léonor Serraille n’a pas volé son prix (qui vaut aussi pour Laetitia Dosch) tant on distingue dans « Jeune femme » une graine de cinéaste talentueuse qui devrait s’améliorer de film en film.

 

Par Simon CHEVALIER

The Square

13 novembre 2017

La Palme d’Or 2017 est légitime et ne vous laissera pas indifférent

 

Christian dirige un musée d’art contemporain et fait partie de cette haute société qui se targue d’être humaniste et soucieuse du monde qui l’entoure. Mais le vol de son portable et surtout la prochaine exposition qu’il prépare autour d’une œuvre centrée sur ses prétendues valeurs va bousculer ses certitudes.

 

Si certaines longueurs sont regrettables (le film dure quand même 2H22), cette réflexion grinçante sur l’altruisme au travers de l’art contemporain alterne scènes hilarantes sur un monde élitiste jusque dans le ridicule et moments chocs qui mettent le spectateur face à sa propre humanité et son rapport à l’autre. Associée à des performances d’acteurs remarquables et à une mise en scène esthétique, c’est toute la folie et le refus du politiquement correct du réalisateur Ruben Ostlund qui explose dans une œuvre qui parle autant au cœur qu’au cerveau. Avec en prime la scène dont est tirée l’affiche : Un grand moment de gêne qui vous rive à votre siège comme si vous aviez traversé l’écran…

 

Qu’est ce qu’une bonne Palme d’Or ? Si c’est un film qui nous offre une vision du monde actuel sans concessions et qui nous bouscule jusque dans nos valeurs, alors « The Square » répond à cette description et mérite bien sa place dans l’histoire du plus grand festival du monde.

 

Par Simon CHEVALIER

« L’Atelier » de Laurent Cantet

6 novembre 2017

Laurent Cantet poursuit son exploration de la jeunesse avec, en prime, la toujours parfaite Marina Foïs.

A La Ciotat, Olivia, écrivain à succès, prend en charge un groupe de jeunes lors d’un atelier d’écriture estival. Au plus près de ces adolescents, elle va découvrir que l’un d’eux est à la dérive et se radicalise dangereusement.

Si on connaît depuis longtemps le talent de Marina Foïs, Laurent Cantet lui offre ici un partenaire de choix en la personne de Matthieu Lucci, jeune acteur découvert lors d’un casting sauvage et qui, comme souvent dans ces cas-là, explose de naturel dans le rôle d’un rebelle qui voit dans l’atelier d’écriture un moyen d’exprimer sa haine du monde qui l’entoure. La relation qu’il entretient alors avec l’écrivain venu diriger cet exercice nous fait penser à « Dans la maison » de François Ozon, mélange de littérature et de perversion. Mais cette dernière atteint vite ses limites et la fin nous déçoit avec une baisse d’intensité : le personnage principal  joue moins « avec ses tripes », de façon plus intellectualisée. Si Matthieu Lucci nous épate par sa performance, le reste des acteurs qui constitue le groupe d’adolescents n’a pas à rougir de sa prestation, on retrouve chez eux la force des débats et l’affrontement des idées, chers au réalisateur. Une fureur apportée aussi par les jeux vidéos et qui s’oppose au calme des séances de natation dans les calanques, les activités préférées du héros.

 

Si Laurent Cantet n’a pas renouvelé l’exploit de remporter un prix (comme La Palme d’Or avec « Entre les murs ») lors de son passage cannois, il doit être fier de son coscénariste : Robin Campilo, Grand Prix du Jury pour « 120 battements par minute ».

 

 

Par Simon CHEVALIER

Numéro une

31 octobre 2017

Monde de pouvoir

 

Sorte de thriller économico-politique, ce film plonge droit dans les arcanes des jeux de pouvoir et de réseaux dans un engrenage malsain de coups bas primaires. On y suit l’épopée du personnage principal, brillamment joué par Emmanuelle Devos, dont elle dit elle-même qu’elle a toujours essayé de faire oublier qu’elle était une femme pour réussir. Le film a le mérite de ne pas tomber dans un féminisme caricaturaI, traite des relations de pouvoir, de guerre des chefs dans les hautes sphères du CAC40. Les combats féministes s’imbriquent dans ce film mais n’en sont pas le point névralgique. Là où le personnage d’Emmanuelle Blanchet est touchant, c’est qu’il n’est pas avide de pouvoir, et échappe au cliché « les femmes qui veulent réussir sont des glaçons, fortes et sans cœur». Elle est  fragile et mélancolique, mais déterminée, tout simplement humaine et c’est cette ambivalence qui en fait tout son intérêt.

 

Mais Tonie Marshall va plus loin, elle mène vaillamment le combat, ayant toujours mis en avant dans ses films une volonté d’émancipation des femmes (« Vénus Beauté », «  France Boutique »), elle met ici en exergue une espèce de misogynie persistante,sous couvert de « masculinisme » comme on le voit dans la très bonne scène de la voiture, où le patron d’Emmanuelle lui glisse gentiment la main sur la cuisse, après lui avoir dit qu’il envisageait une promotion pour elle, dans les deux-trois ans... Différence notable d’avec les femmes qui ne sont pas mysandres, mais essaient simplement de se forger un passage dans un monde qui n’est pas le leur et le découvre plein de magouilles et de complots. Qu’importe, l’héroïne apprend vite,  on le verra au cours de l’enquête qui domine le film.

Enfin, et pas des moins appréciables, le personnage du père, ambivalent lui-même, rythme l’histoire. A chaque évolution, sa fille vient chercher réconfort et assentiment auprès de son père, qu’elle ne trouvera jamais vraiment. Dans ce désaccord, son père ne brandit pas de bouclier antiféministe, mais plutôt un rejet de la domination capitaliste. Lui, professeur de philosophie, tout aussi ambigu dans son rapport aux femmes, qui fait de ses jeunes étudiantes ses « assistantes personnelles » malgré un esprit universitaire, sur la domination masculine, l’évolution de la condition féminine et leurs revendications de droit, l’homme, lui, est en un sens en contradiction dans sa vie personnelle. L’héroïne est donc plus motivée par un but de réussite sociale, une volonté de défendre des projets, que par une lutte personnelle et féministe. Cette cause, au final, n’est qu’un moyen pour accéder à ses fins.

 

Par Anne-Charlotte BENICHOU

Biographie : Denis Villeneuve

24 octobre 2017

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Alors qu’il vient d’avoir 50 ans, revenons sur le parcours de ce réalisateur et scénariste canadien qui s’est fait une place à Hollywood.

 

Denis Villeneuve commence sa carrière en remportant un concours organisé par la télévision de Radio-Canada et gagne ainsi le droit de réaliser un documentaire.

 

Mais c’est avec son premier long-métrage de fiction qu’il se fait remarquer en 1998 car « Un 32 Août sur Terre » est sélectionné dans plus de 35 festivals internationaux dont celui des jeunes réalisateurs qui a lieu à Saint-Jean-de-Luz et qui le couronne des prix du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur.

 

En 2000, « Maelström » remporte plus de 25 prix à travers le monde et en 2009, « Polytechnique » lui ouvre les portes de la Quinzaine des Réalisateurs cannoise.

 

Mais c’est l’année suivante qu’il explose avec « Incendies », adaptation d’une pièce à succès, qui est nommé aux Oscars et qui lui permet d’arriver à Hollywood où il tourne « Prisoners » et « Enemy » avec Jake Gyllenhaal.

 

Retour à Cannes mais cette fois-ci en compétition officielle en 2015 avec « Sicario »qui réunit Emily Blunt et Benicio del Toro et dont la suite est prévue l’année prochaine.

 

Après une trilogie de thrillers, Denis Villeneuve se lance dans la science-fiction avec « Premier Contact » qui est son plus gros succès aux Etats-Unis et pour lequel il est nommé aux Oscars en tant que meilleur réalisateur.

 

Bien intégré dans la Mecque du cinéma, il est choisi pour diriger la suite très attendue de « Blade Runner » avant celle qui s’annonce comme l’événement de 2019, adaptée du roman de science-fiction le plus vendu au monde : « Dune ». Parviendra-t-il à faire oublier la version de David Lynch sortie en 1984 ?

Par Simon CHEVALIER

le Jeune Karl Marx

17 octobre 2017

Ce film réussit plutôt bien à combiner, ce qui est toujours difficile dans un film historique, documentaire de surcroit, la chose suivante : être abordable pour les novices, avec quelques ellipses parfois tout de même,  et être intéressant pour les initiés à la doctrine. On aurait néanmoins apprécié une genèse de ses idées philosophiques. Mais il a l’intérêt de donner une vision plus humaine des penseurs intellectuels des siècles précédents. On y trouve un Marx (magnifiquement interprété par August Dielh) arrogant mais vulnérable, en intégrité parfaite avec son engagement philosophique,  ayant un mode de vie austère et pauvre.

Le jeune Karl Marx retrace sa vie, de la période de 1844 à 1848, marquée par son doctorat de philosophie, ses débuts dans le journalisme, sa rencontre avec sa femme Jenny et celle avec Engels (formidablement joué par Stefan Konarske). Engels,  son ami et complice, seul avec qui il atteint une réelle convergence de vue, se rebellant face à son père, un riche patron d’une filature, a tout autant d’importance dans ce récit. Tous deux sont attachés à la classe, défendant les droits des travailleurs, pourfendant le fétichisme de la marchandisation , démontant les rouages du capitalisme, prônant la lutte des classes et s’impliquant dans l’agitation des mouvements sociaux comme la Ligue des justes.

La réalisation est réussie. Même si Raoul Peck reste dans le classicisme (décors et costumes d’époque, mise ne scène romanesque du quotidien des protagonistes), ce biopic a le charme de nous enchanter lors de quelques scènes fortes, portées par les dialogues cinglantes de Pascal Bonitzer. On se régale notamment de celle où Marx conteste le slogan de Proudhon « la propriété c’est le vol », par une même punchline, ou encore la discussion de Marx et Engels avec un ami de son père, grand patron qui justifie sans culpabilité le travail des enfants par la nécessité de faire face à la concurrence, et que Marx et Engels humilie, est assez jubilatoire. Autre prise de position intéressante dans cette réalisation,  le mélange des langues. On pense bien sur à l’importance des mots, quand on épouse une carrière d’écrivain, que ce soit philosophique ou politique. Mais au-delà de ça, cela met en exergue à la fois l’exil permanent, mais aussi la volonté de réunir les peuples de tous les pays, qui les enclin à maîtriser tant l’allemand et l’anglais que le français.

Autre chose appréciable dans ce film, la place méritée qui est donnée aux femmes. L’une a quitté sa riche famille pour vivre dans la pauvreté avec Marx, et l’autre, ouvrière, soutient son compagnon et l’infiltre dans les milieux ouvriers. Leur intelligence, leur combativité et leur courage sont sans nul dote un appui indispensable à la réussite de leurs compagnons.

En somme, ce film donne envie de lire ou de relire Marx !

Par Anne-Charlotte BENICHOU

Quelle rentrée cinéphilique !

17 octobre 2017

Décidément le cinéma nous surprendra toujours. Au mois de septembre chacun de nous avait bien d’autres choses à faire que d’aller au cinéma, mais sans doute pour compenser une faible fréquentation, l’émotion en salle a été beaucoup plus forte. Une équation réussie pour le mois de septembre 2017 !

 

Notre ouverture de saison avec Mobile Homes avait de quoi nous scotcher double face sur les deux salles Jules et Jim. Le jeune réalisateur Vladimir De Fontenay nous a déballé là tout son talent, avec sa maîtrise d’une thématique intimiste et humaine, d’un scénario et d’une construction puissante sans parler des images à travers lesquelles tous nos sens ont été mobilisés. Du vrai cinéma.

Il y a eu aussi une vie violente de Thierry de Peretti, magistrale fresque sur la jeunesse Corse des années 90, qui montre toute l’énergie dépensée pour lutter contre l’anéantissement culturel, social et politique d’un territoire. Avec subtilité et franchise, il décortique cette guerre avec tous ce qu’elle détruit, des lourdes défaites aux petites victoires. Hélas, mais pas tout à fait vain, ce que le cinéma peut faire de mieux pour nous expliquer le monde.

Puis aussi, Gabriel et la montagne du brésilien Fellipe Barbosa qui suit un jeune « non touriste » plein d’idéaux se perdre en Afrique centrale, et nous aussi dans ces magnifiques paysages au contact de toute ces gens si simples qui font le monde au quotidien. Quelle aventure.

Plus proche de nous, et quoi que, Petit Paysan de Hubert Charuel qui compte l’angoisse au quotidien d’un jeune éleveur de vaches laitières. Une angoisse commune que nous pouvons aisément partager devant ce monde qui nous isole et qui nous broie à petit feu. Comment lutter et pourquoi se résigner ? Un troupeau de vaches particulièrement « Actors Studio » dont Lee Strasberg n’aurait pas à rougir, à partager.

Enfin, pour les incrédules et les mécréants, le sommet de ce que le cinéma peut faire, présenté avec empathie et humour par la documentariste Sonia Kronlund, Nothingwood. Un pays de rien entre Hollywood et Bolliwood, l’Afghanistan où même au cœur d’une guerre sans fin, un cinéma populaire, humain et de proximité, peur offrir de l’énergie positive à un large public fervent et enthousiaste. De quoi nous faire douter de notre soi-disante cinéphilie, devant des comportements si frileux à sortir tous ces mois de septembre.

Et il nous reste encore à voir … Faute d’Amour, Visages Villages, Nos années folles, Good Time, Demain et tous les autres jours, Le Jeune Karl Marx, Un beau soleil intérieur, L’atelier...

Par Didier BERNARD

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