Le point de vue de l'association

Articles 2018-2019

Critique : " C'est quoi cette mamie "

27 août 2019

Une fratrie formidable

Gulliver est le petit dernier d’une fratrie un peu spéciale telle que les familles recomposées d’aujourd’hui en ont le secret. Grands frères, demi-sœur ou cousines, tous forment autour de lui un cocon protecteur quand les adultes, désorganisés, n’assurent plus. Ce qui arrive à l’approche des vacances quand la seule solution de garde pour le petit garçon est sa fantasque grand-mère…

 

3 ans après, l’ensemble du casting de « C’est quoi cette famille ?! » reprend du service pour une suite particulièrement centrée sur l’hilarante Chantal Ladesou qui ravira ses fans à coups de répliques imparables. Autour d’elle, les 7 jeunes acteurs excellent entre solidarité et obsession égoïste pour leurs problèmes d’ados. Si ceux qui n’ont pas vu le premier opus auront un peu de mal à comprendre qui est qui, le scénario est suffisamment bien construit pour dégager une fluidité bienvenue jusqu’au happy end de rigueur.

 

Belle ode à la fraternité, ce film d’été est conseillé aux familles avec ados, une belle occasion de réunir toutes les générations devant le grand écran, même si l’humour échappera aux plus jeunes.

 

Par Simon Chevalier

Critique : " Anna "

30 juillet 2019

Faux-semblants en cascade dans le nouvel opus d’un réalisateur toujours aussi attendu

En 1990, Anna passe de vendeuse moscovite de matriochkas à top-model international en l’espace de quelques mois. Mais que cache cette ascension vertigineuse et qui est vraiment cette jolie blonde ?

 

Difficile de résumer ce film sans spoiler ! En effet, à coups de flash-backs et de flash-forward – « saut en arrière ou en avant » -, le scénario nous raconte une histoire qu’il s’amuse ensuite à nous montrer sous un autre angle qui change tout. Et l’effet est particulièrement réjouissant ! Les cinéphiles fans de Luc Besson ne manqueront pas de remarquer la ressemblance avec « Nikita », notamment un Luke Evans qui fait du Tchéky Karyo et une scène d’exécution dans un restaurant. Des références qui peuvent ravir ou agacer.

 

Un bon blockbuster estival avec sa dose de bagarres – et un nombre de morts incalculable – mais aussi un suspense de film d’espionnage sans oublier une sacrée dose de séduction : de quoi plaire à nombre de spectateurs divers et variés.

 

Par Simon Chevalier

Critique : " Premier de la classe "

23 juillet 2019

Une comédie estivale sympathique

Si Abou est premier de la classe, c’est bien en mensonges. Faisant croire à son père qu’il est l’élève parfait, ce dernier risque de découvrir le pot aux roses lors de la réunion parents-professeurs à laquelle il peut exceptionnellement assister. Le jeune élève va donc devoir rivaliser d’ingéniosité pour conserver son statut de « chouchou » de la famille…

 

L’été est souvent la saison des petites comédies françaises sans prétention et ce premier film en est un exemple parfait. Basé sur une idée comique originale, il réunit un casting hétéroclite entre stars confirmées – Michèle Laroque et Pascal N’Zonzi, le père congolais de « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu » -, humoristes à la mode – Issa Doumbia, Nicole Ferroni, Thomas VDB – et révélations – les enfants, Mutamba Kalonji en tête, étant à la hauteur de leurs aînés. Les personnages peuvent paraître caricaturaux mais le scénario leur donne l’occasion de se justifier et ne se limite pas au canular de départ. Une très bonne surprise tout comme la musique qui regroupe plusieurs morceaux célèbres.

 

Si la morale de fin semble un peu artificielle et la voix off trop présente tout au long de l’œuvre, voici de quoi faire passer un bon moment à toute la famille.

 

Par Simon Chevalier

Critique : " La femme de mon frère "

16 juillet 2019

Monia Chokri signe un premier long-métrage inégal mais boosté par l’hilarante Anne-Elisabeth Bossé.

 

Sophia se cherche. Diplômée mais sans emploi, elle a un regard sans concessions sur sa vie et ceux qui l’entoure. Seul son frère Karim trouve grâce à ses yeux et ils partagent une complicité sans failles jusqu’au jour où… Karim trouve la femme de sa vie.

 

Actrice québécoise révélée par Xavier Dolan dans « Les Amours Imaginaires » avec Niels Schneider – qui fait une savoureuse apparition dans le film -, Monia Chokri se lance dans la réalisation avec un portrait de femme brute confrontée à un monde dans lequel elle peine à trouver sa place. Suivant l’héroïne pas à pas, le spectateur découvre une famille anticonformiste au possible dont les réunions se transforment inévitablement en batailles de « punchlines » où toutes les vérités sont bonnes à dire. Là où son mentor filme des relations parents-enfants en souffrance, la jeune cinéaste nous fait mourir de rire avec ses personnages de père râleur, de mère baba-cool, de fils moqueur et de fille désabusée. On retiendra quand même l’influence de Xavier Dolan dans un plan pour le moins original. Finalement, le seul bémol de ce premier film consiste en des interludes musicaux trop longs et des scènes entre amis dont on a du mal à percevoir la pertinence. Mais rien qui ne puisse gâcher les bonnes ondes qui se dégagent de ce premier film.

 

Véritable bouffée de fantaisie « made in Québec », « La femme de mon frère » a reçu le Prix Coup de Cœur du jury « Un Certain Regard » au dernier Festival de Cannes. Un bel encouragement pour l’actrice devenue réalisatrice.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : F. Gary Gray

9 juillet 2019

A l’aube de ses 50 ans, le réalisateur de « Men In Black International » a une carrière remplie de films d’action plus ou moins bien accueillis par le public.

Au début des années 90, F. Gary Gray se fait un nom dans le milieu du rap comme réalisateur de clips. Il travaille avec Ice Cube et Queen Latifah,  entre autres, qui lui resteront fidèles quand il se lancera dans le cinéma. Car le jeune homme a des envies de grand écran et réalise à l’âge de 24 ans « Friday », une comédie à petit budget avec le débutant Chris Tucker et l’ami Ice Cube. Son deuxième long-métrage sera, lui, un thriller : « Le prix à payer » réunit un quatuor féminin explosif dont Jada Pinkett Smith et Queen Latifah et est un succès surprise de l’année 1996.

Les portes d’Hollywood s’ouvrent alors pour le metteur en scène qui se voit confier la grosse production « Négociateur » avec Samuel L. Jackson et se lance aussi dans la télévision avec une série qui sera un flop retentissant : Seul le premier épisode sera diffusé. Se concentrant alors sur le 7ème art, il réalise deux films coup sur coup : le violent « Un homme à part » avec Vin Diesel qui ne trouve pas son public et le populaire « Braquage à l’italienne » dont le casting  - Mark Wahlberg, Charlize Theron… - lui assure un énorme succès à l’international mais seulement 650000 entrées en France.

Retour à la comédie en 2005 avec « Be Cool », la suite de « Get Shorty » qui avait triomphé la décennie précédente. Mais c’est un nouvel échec qui pousse le réalisateur à revenir dans un univers noir avec « Que justice soit faite » sans plus de succès. L’œuvre qui fera renaître F. Gary Gray dans les salles obscures arrive en 2015. Avec « NWA : Straight Outta Compton », il se replonge dans sa jeunesse et le rap avec l’ami Ice Cube. Rapportant 200 millions de dollars pour moins de 30 millions de budget, le film est nominé aux Oscars pour son scénario.

 

Redevenu bankable, le metteur en scène est choisi pour être le 5ème réalisateur de la saga « Fast and Furious ». Il retrouve alors Vin Diesel dans le 8ème épisode de la série qui restera comme le 13ème succès du box-office mondial avec plus d’un milliard de recettes. Il sera le 4ème film le plus vu en France en cette année 2017.

 

Aujourd’hui, F. Gary Gray continue sa route avec le quatrième opus de « Men In Black », encore une franchise qui devrait déplacer les foules en cet été 2019.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Isabelle Huppert

20 mars 2018

Alors qu’elle vient de fêter ses 65 ans, Isabelle Huppert confirme son statut d’actrice prolifique et internationale en étant à l’affiche de son 111ème film « La Caméra de Claire » de Hong Sang-Soo.

 

Tout a commencé au Conservatoire de Versailles au début des années 70 et, très vite, la jeune fille décroche ses premiers rôles. Modestes mais parfois dans de grandes œuvres comme « Les Valseuses » de Bertrand Blier. Lors de la première Cérémonie des Césars en 1976, elle est déjà nommée pour « Aloïse » de Liliane de Kermadec. Elle détient à ce jour le record avec 16 nominations.

La jeune actrice s’impose véritablement en 1977 avec « La Dentellière » de Claude Goretta. Elle est l’archétype de la victime fragile et joue sur le paradoxe entre son physique juvénile et des rôles sexués. L’année suivante, c’est le triomphe à Cannes avec le Prix d’interprétation féminine pour « Violette Nozière » de Claude Chabrol. Sur la Croisette également, elle détient un record : celui de films présentés, 20 au total. Elle est alors reconnue comme une star et a rencontré son premier metteur en scène fétiche. Elle jouera 7 fois sous la direction de Claude Chabrol, ce qui lui vaudra son premier César en 1996 pour « La Cérémonie ».

Isabelle Huppert débute les années 80 en se lançant à Hollywood dans « La Porte du Paradis » de Michael Cimino. Le film est un gros échec mais elle s’est fait un nom outre-Atlantique. Jusqu’à présent, la comédienne a une image d’artiste intellectuelle mais elle va s’employer à montrer qu’elle peut faire rire notamment dans « Coup de Torchon » de Bertrand Tavernier. Entre 1985 et 1988, elle ne tourne aucun film en France, inhabituel pour celle qui a un rythme de croisière de 2 à 3 films par an.

Nouvelle décennie, nouveau duo. Elle tourne 5 films avec Benoît Jacquot dont 2 consécutivement : « L’école de la chair » et « Pas de scandale » à la fin des années 90. La prochaine œuvre du réalisateur avec sa muse « Eva » vient de sortir. 2001 lui offre sans doute LE rôle : celui de « La Pianiste »,  un nouveau metteur en scène fidèle – Michael Haneke est présent à 4 reprises dans sa filmographie – et un deuxième Prix à Cannes. Un personnage osé, choquant pour certains dans un film qui fait polémique : cela rappelle son dernier triomphe « Elle » de Paul Verhoeven. Un deuxième César et une première nomination aux Oscars saluent enfin celle qui inspire des stars comme Nicole Kidman, Natalie Portman ou Naomi Watts.

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Parasite » de Bong Joon-Ho

25 juin 2019

La Palme d’Or 2019 est un petit bijou sociétal.

Jeune homme vivant dans les bas-fonds avec sa famille, Ki-Woo a l’occasion de travailler pour une riche famille sur la recommandation d’un ami. Profitant de la naïveté de ses nouveaux employeurs, il parvient à faire embaucher ses proches tout en dissimulant leurs liens de parenté. Mais un événement inattendu va venir mettre à mal cette infiltration…

 

Bong Joon-ho signe un film jubilatoire que l’on peut diviser en 2. La première partie est machiavéliquement drôle. On observe avec un grand plaisir la façon dont ces « parasites » s’insinuent avec ingéniosité dans la vie de leurs employeurs, la musique décalée étant un élément non négligeable dans ce plaisir. Quand on croit que la famille des (anti)héros a réussi son plan, elle bascule dans un suspense haletant où tout peut arriver. Progressivement, la satire sociale se fait plus cruelle et on sent que ça ne peut pas bien se terminer. Attachés à cette famille ambitieuse mais pas cruelle, notre cœur de spectateur prend fait et cause pour eux et on tremble quand leur secret est menacé. Riche également en métaphores que l’on prendra plaisir à déchiffrer – l’inondation, la pierre ? -, ce conte moderne et universel restera dans toutes les mémoires.

 

Véritable chef d’œuvre du cinéma coréen, « Parasite » peut paraître amoral mais se termine sur une note d’espoir : l’amour des siens ne serait-il pas la meilleure des motivations pour réussir sa vie ?

 

 

Par Simon Chevalier

Interview : Caroline San Martin

18 juin 2019

Intervenant une fois par mois sur la séance « L’œil dans le rétro » du dimanche, Caroline San Martin revient pour nous sur cette expérience.

Quelle est votre parcours et comment avez-vous été amenée à collaborer avec le Cinéma François Truffaut ?

 

Après avoir obtenu 2 doctorats, en études cinématographiques et en littérature comparée, j’ai enseigné pendant 15 ans à l’université. Je suis actuellement chargée de mission et enseignante à la Fémis, l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son.

 

J’ai rencontré Marie Baldo, la directrice du cinéma François Truffaut grâce à une amie commune. Cela faisait alors 8 ans que je participais à des ciné-débats dans le Sud de la France mais cela n’était pas évident de le faire en région parisienne car, venant de province, je manquais de réseaux. J’ai donc accepté avec plaisir la proposition de Marie et j’ai commencé en Février.

 

 

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

 

Très positif ! Tout d’abord car je pense qu’il est très important de maintenir la tradition du débat en salles. De plus, j’ai pu avoir un regard sur la programmation notamment sur le cycle du mois de Mars. Etant également consultante à l’écriture de scénarios, j’avais travaillé avec Tony Gatlif et il me tenait à cœur de proposer « Vengo ». En fait, avec Marie, nous avons travaillé autour de nos envies communes et cela a très bien fonctionné.

 

Et il y a le formidable public chiroquois : très curieux et attentif, ce fut un bonheur de le retrouver à chaque fois, d’autant plus que certains fidèles n’ont manqué aucune séance. Pour conclure, je dirai qu’il est primordial d’avoir des lieux où faire vivre l’esprit critique et l’éducation du regard et le cinéma François Truffaut en fait partie.

 

 

Enfin, pourquoi faut-il venir voir « Soleil vert » ce Dimanche ?

 

Tout d’abord car c’est un film qui s’inscrit dans le genre de la dystopie, à savoir le contraire de l’utopie. Il s’agit d’un genre qui travaille à grossir un trait ou une tendance présents dans les démocraties pour en montrer les dérives totalitaires. Ce qui est très à la mode – on peut citer le film « Les fils de l’homme » ou la série « The Handmaid’s Tale » - car il y a une véritable résonnance contemporaine. Adaptation d’un monument de la littérature, il dénonce les travers de la démocratie et montre à quel point nos sociétés sont fragiles. C’est une belle occasion de (re)découvrir un genre très présent dans notre imaginaire collectif.

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Le Jeune Ahmed » des frères Dardenne

11 juin 2019

Ce véritable thriller social ne vous laisse aucun répit.

On peut être têtu à 13 ans. Instrumentalisé par son imam, Ahmed s’oppose à Inès, une de ses enseignantes. Après avoir tenté de l’assassiner, il est pris en charge dans une structure de déradicalisation. Mais est-il capable de tourner la page ?

 

Les frères Dardenne sont réputés pour leur cinéma social. Suivant pas à pas des personnages ordinaires, ils savent mettre en exergue les aspects sombres de nos sociétés comme le chômage, la toxicomanie ou l’enfance défavorisée. Cette fois, c’est à la radicalisation des jeunes que s’intéresse le duo de cinéastes et pour cela, ils lorgnent du côté du suspense. A l’aide d’un scénario haletant et d’un jeune comédien à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession – c’est le cas de le dire -, ils tiennent leurs spectateurs en haleine jusqu’à la dernière des 84 minutes du film. Sans aucun discours politique ni esquisse d’une éventuelle solution au problème, on suit pas à pas le héros dans son entêtement, syndrome de la crise d’adolescence mais autrement plus grave qu’une rébellion classique. Sourd aux arguments de son entourage et indifférent aux rencontres notamment d’une jeune fille qui lui fait part de ses sentiments, jusqu’où ira-t-il pour accomplir ce qu’il croit être sa mission ?

 

C’est une véritable histoire d’amour qui lie Jean-Pierre et Luc Dardenne au Festival de Cannes. A 2 exceptions près, tous leurs longs-métrages y ont été présentés avec à la clé 2 Palmes d’Or, un Grand Prix, un Prix du scénario sans oublier les Prix d’interprétation pour leurs acteurs. Ne manquait que celui de la mise en scène obtenu cette année pour la réalisation naturaliste et au cordeau du « Jeune Ahmed ».

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Douleur et Gloire » de Pedro Almodovar

3 juin 2019

Pedro Almodovar nous parle d’un réalisateur vieillissant. Autofiction ?

Salvador Mallo a été un cinéaste important. Mais des problèmes de santé chroniques l’empêchent désormais de se lancer dans un tournage, expérience longue et épuisante. C’est alors qu’un de ses anciens films ressort, événement dont va découler le retour dans sa vie de plusieurs pans de son passé. Ces réminiscences lui donneront-elles la force de se surpasser et de retrouver le chemin des plateaux de cinéma ?

 

3 ans après « Julieta », Pedro Almodovar signe un nouveau film nostalgique et s’interroge sur la place que prend le 7ème art dans la vie d’un ancien réalisateur. Au travers de différentes retrouvailles – et d’une substance interdite -, l’enfance revient. Dans des flash-backs maîtrisés, la relation avec la mère, l’iconique Pénélope Cruz, est perçue comme la source de tout. Evidemment, pour incarner ce « double », il fallait un autre interprète emblématique : le fidèle Antonio Banderas qui livre une prestation très émouvante. Pour son ami et mentor, il fait preuve d’une sensibilité et d’une tendresse rares. Le tout dans l’esthétique caractéristique du cinéaste espagnol.

A près de 70 ans, l’ancienne icône de la Movida fait évoluer sa filmographie à mesure qu’il prend de l’âge ce qui nous le rend terriblement attachant. Fidèle à son style et à ses acteurs, il offre un rôle en or à Antonio Banderas, Prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes.

 

 

Par Simon Chevalier