Le point de vue de l'association

Articles 2018-2019

Critique : " C'est quoi cette mamie "

27 août 2019

Une fratrie formidable

Gulliver est le petit dernier d’une fratrie un peu spéciale telle que les familles recomposées d’aujourd’hui en ont le secret. Grands frères, demi-sœur ou cousines, tous forment autour de lui un cocon protecteur quand les adultes, désorganisés, n’assurent plus. Ce qui arrive à l’approche des vacances quand la seule solution de garde pour le petit garçon est sa fantasque grand-mère…

 

3 ans après, l’ensemble du casting de « C’est quoi cette famille ?! » reprend du service pour une suite particulièrement centrée sur l’hilarante Chantal Ladesou qui ravira ses fans à coups de répliques imparables. Autour d’elle, les 7 jeunes acteurs excellent entre solidarité et obsession égoïste pour leurs problèmes d’ados. Si ceux qui n’ont pas vu le premier opus auront un peu de mal à comprendre qui est qui, le scénario est suffisamment bien construit pour dégager une fluidité bienvenue jusqu’au happy end de rigueur.

 

Belle ode à la fraternité, ce film d’été est conseillé aux familles avec ados, une belle occasion de réunir toutes les générations devant le grand écran, même si l’humour échappera aux plus jeunes.

 

Par Simon Chevalier

Critique : " Anna "

30 juillet 2019

Faux-semblants en cascade dans le nouvel opus d’un réalisateur toujours aussi attendu

En 1990, Anna passe de vendeuse moscovite de matriochkas à top-model international en l’espace de quelques mois. Mais que cache cette ascension vertigineuse et qui est vraiment cette jolie blonde ?

 

Difficile de résumer ce film sans spoiler ! En effet, à coups de flash-backs et de flash-forward – « saut en arrière ou en avant » -, le scénario nous raconte une histoire qu’il s’amuse ensuite à nous montrer sous un autre angle qui change tout. Et l’effet est particulièrement réjouissant ! Les cinéphiles fans de Luc Besson ne manqueront pas de remarquer la ressemblance avec « Nikita », notamment un Luke Evans qui fait du Tchéky Karyo et une scène d’exécution dans un restaurant. Des références qui peuvent ravir ou agacer.

 

Un bon blockbuster estival avec sa dose de bagarres – et un nombre de morts incalculable – mais aussi un suspense de film d’espionnage sans oublier une sacrée dose de séduction : de quoi plaire à nombre de spectateurs divers et variés.

 

Par Simon Chevalier

Critique : " Premier de la classe "

23 juillet 2019

Une comédie estivale sympathique

Si Abou est premier de la classe, c’est bien en mensonges. Faisant croire à son père qu’il est l’élève parfait, ce dernier risque de découvrir le pot aux roses lors de la réunion parents-professeurs à laquelle il peut exceptionnellement assister. Le jeune élève va donc devoir rivaliser d’ingéniosité pour conserver son statut de « chouchou » de la famille…

 

L’été est souvent la saison des petites comédies françaises sans prétention et ce premier film en est un exemple parfait. Basé sur une idée comique originale, il réunit un casting hétéroclite entre stars confirmées – Michèle Laroque et Pascal N’Zonzi, le père congolais de « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu » -, humoristes à la mode – Issa Doumbia, Nicole Ferroni, Thomas VDB – et révélations – les enfants, Mutamba Kalonji en tête, étant à la hauteur de leurs aînés. Les personnages peuvent paraître caricaturaux mais le scénario leur donne l’occasion de se justifier et ne se limite pas au canular de départ. Une très bonne surprise tout comme la musique qui regroupe plusieurs morceaux célèbres.

 

Si la morale de fin semble un peu artificielle et la voix off trop présente tout au long de l’œuvre, voici de quoi faire passer un bon moment à toute la famille.

 

Par Simon Chevalier

Critique : " La femme de mon frère "

16 juillet 2019

Monia Chokri signe un premier long-métrage inégal mais boosté par l’hilarante Anne-Elisabeth Bossé.

 

Sophia se cherche. Diplômée mais sans emploi, elle a un regard sans concessions sur sa vie et ceux qui l’entoure. Seul son frère Karim trouve grâce à ses yeux et ils partagent une complicité sans failles jusqu’au jour où… Karim trouve la femme de sa vie.

 

Actrice québécoise révélée par Xavier Dolan dans « Les Amours Imaginaires » avec Niels Schneider – qui fait une savoureuse apparition dans le film -, Monia Chokri se lance dans la réalisation avec un portrait de femme brute confrontée à un monde dans lequel elle peine à trouver sa place. Suivant l’héroïne pas à pas, le spectateur découvre une famille anticonformiste au possible dont les réunions se transforment inévitablement en batailles de « punchlines » où toutes les vérités sont bonnes à dire. Là où son mentor filme des relations parents-enfants en souffrance, la jeune cinéaste nous fait mourir de rire avec ses personnages de père râleur, de mère baba-cool, de fils moqueur et de fille désabusée. On retiendra quand même l’influence de Xavier Dolan dans un plan pour le moins original. Finalement, le seul bémol de ce premier film consiste en des interludes musicaux trop longs et des scènes entre amis dont on a du mal à percevoir la pertinence. Mais rien qui ne puisse gâcher les bonnes ondes qui se dégagent de ce premier film.

 

Véritable bouffée de fantaisie « made in Québec », « La femme de mon frère » a reçu le Prix Coup de Cœur du jury « Un Certain Regard » au dernier Festival de Cannes. Un bel encouragement pour l’actrice devenue réalisatrice.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : F. Gary Gray

9 juillet 2019

A l’aube de ses 50 ans, le réalisateur de « Men In Black International » a une carrière remplie de films d’action plus ou moins bien accueillis par le public.

Au début des années 90, F. Gary Gray se fait un nom dans le milieu du rap comme réalisateur de clips. Il travaille avec Ice Cube et Queen Latifah,  entre autres, qui lui resteront fidèles quand il se lancera dans le cinéma. Car le jeune homme a des envies de grand écran et réalise à l’âge de 24 ans « Friday », une comédie à petit budget avec le débutant Chris Tucker et l’ami Ice Cube. Son deuxième long-métrage sera, lui, un thriller : « Le prix à payer » réunit un quatuor féminin explosif dont Jada Pinkett Smith et Queen Latifah et est un succès surprise de l’année 1996.

Les portes d’Hollywood s’ouvrent alors pour le metteur en scène qui se voit confier la grosse production « Négociateur » avec Samuel L. Jackson et se lance aussi dans la télévision avec une série qui sera un flop retentissant : Seul le premier épisode sera diffusé. Se concentrant alors sur le 7ème art, il réalise deux films coup sur coup : le violent « Un homme à part » avec Vin Diesel qui ne trouve pas son public et le populaire « Braquage à l’italienne » dont le casting  - Mark Wahlberg, Charlize Theron… - lui assure un énorme succès à l’international mais seulement 650000 entrées en France.

Retour à la comédie en 2005 avec « Be Cool », la suite de « Get Shorty » qui avait triomphé la décennie précédente. Mais c’est un nouvel échec qui pousse le réalisateur à revenir dans un univers noir avec « Que justice soit faite » sans plus de succès. L’œuvre qui fera renaître F. Gary Gray dans les salles obscures arrive en 2015. Avec « NWA : Straight Outta Compton », il se replonge dans sa jeunesse et le rap avec l’ami Ice Cube. Rapportant 200 millions de dollars pour moins de 30 millions de budget, le film est nominé aux Oscars pour son scénario.

 

Redevenu bankable, le metteur en scène est choisi pour être le 5ème réalisateur de la saga « Fast and Furious ». Il retrouve alors Vin Diesel dans le 8ème épisode de la série qui restera comme le 13ème succès du box-office mondial avec plus d’un milliard de recettes. Il sera le 4ème film le plus vu en France en cette année 2017.

 

Aujourd’hui, F. Gary Gray continue sa route avec le quatrième opus de « Men In Black », encore une franchise qui devrait déplacer les foules en cet été 2019.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Isabelle Huppert

20 mars 2018

Alors qu’elle vient de fêter ses 65 ans, Isabelle Huppert confirme son statut d’actrice prolifique et internationale en étant à l’affiche de son 111ème film « La Caméra de Claire » de Hong Sang-Soo.

 

Tout a commencé au Conservatoire de Versailles au début des années 70 et, très vite, la jeune fille décroche ses premiers rôles. Modestes mais parfois dans de grandes œuvres comme « Les Valseuses » de Bertrand Blier. Lors de la première Cérémonie des Césars en 1976, elle est déjà nommée pour « Aloïse » de Liliane de Kermadec. Elle détient à ce jour le record avec 16 nominations.

La jeune actrice s’impose véritablement en 1977 avec « La Dentellière » de Claude Goretta. Elle est l’archétype de la victime fragile et joue sur le paradoxe entre son physique juvénile et des rôles sexués. L’année suivante, c’est le triomphe à Cannes avec le Prix d’interprétation féminine pour « Violette Nozière » de Claude Chabrol. Sur la Croisette également, elle détient un record : celui de films présentés, 20 au total. Elle est alors reconnue comme une star et a rencontré son premier metteur en scène fétiche. Elle jouera 7 fois sous la direction de Claude Chabrol, ce qui lui vaudra son premier César en 1996 pour « La Cérémonie ».

Isabelle Huppert débute les années 80 en se lançant à Hollywood dans « La Porte du Paradis » de Michael Cimino. Le film est un gros échec mais elle s’est fait un nom outre-Atlantique. Jusqu’à présent, la comédienne a une image d’artiste intellectuelle mais elle va s’employer à montrer qu’elle peut faire rire notamment dans « Coup de Torchon » de Bertrand Tavernier. Entre 1985 et 1988, elle ne tourne aucun film en France, inhabituel pour celle qui a un rythme de croisière de 2 à 3 films par an.

Nouvelle décennie, nouveau duo. Elle tourne 5 films avec Benoît Jacquot dont 2 consécutivement : « L’école de la chair » et « Pas de scandale » à la fin des années 90. La prochaine œuvre du réalisateur avec sa muse « Eva » vient de sortir. 2001 lui offre sans doute LE rôle : celui de « La Pianiste »,  un nouveau metteur en scène fidèle – Michael Haneke est présent à 4 reprises dans sa filmographie – et un deuxième Prix à Cannes. Un personnage osé, choquant pour certains dans un film qui fait polémique : cela rappelle son dernier triomphe « Elle » de Paul Verhoeven. Un deuxième César et une première nomination aux Oscars saluent enfin celle qui inspire des stars comme Nicole Kidman, Natalie Portman ou Naomi Watts.

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Parasite » de Bong Joon-Ho

25 juin 2019

La Palme d’Or 2019 est un petit bijou sociétal.

Jeune homme vivant dans les bas-fonds avec sa famille, Ki-Woo a l’occasion de travailler pour une riche famille sur la recommandation d’un ami. Profitant de la naïveté de ses nouveaux employeurs, il parvient à faire embaucher ses proches tout en dissimulant leurs liens de parenté. Mais un événement inattendu va venir mettre à mal cette infiltration…

 

Bong Joon-ho signe un film jubilatoire que l’on peut diviser en 2. La première partie est machiavéliquement drôle. On observe avec un grand plaisir la façon dont ces « parasites » s’insinuent avec ingéniosité dans la vie de leurs employeurs, la musique décalée étant un élément non négligeable dans ce plaisir. Quand on croit que la famille des (anti)héros a réussi son plan, elle bascule dans un suspense haletant où tout peut arriver. Progressivement, la satire sociale se fait plus cruelle et on sent que ça ne peut pas bien se terminer. Attachés à cette famille ambitieuse mais pas cruelle, notre cœur de spectateur prend fait et cause pour eux et on tremble quand leur secret est menacé. Riche également en métaphores que l’on prendra plaisir à déchiffrer – l’inondation, la pierre ? -, ce conte moderne et universel restera dans toutes les mémoires.

 

Véritable chef d’œuvre du cinéma coréen, « Parasite » peut paraître amoral mais se termine sur une note d’espoir : l’amour des siens ne serait-il pas la meilleure des motivations pour réussir sa vie ?

 

 

Par Simon Chevalier

Interview : Caroline San Martin

18 juin 2019

Intervenant une fois par mois sur la séance « L’œil dans le rétro » du dimanche, Caroline San Martin revient pour nous sur cette expérience.

Quelle est votre parcours et comment avez-vous été amenée à collaborer avec le Cinéma François Truffaut ?

 

Après avoir obtenu 2 doctorats, en études cinématographiques et en littérature comparée, j’ai enseigné pendant 15 ans à l’université. Je suis actuellement chargée de mission et enseignante à la Fémis, l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son.

 

J’ai rencontré Marie Baldo, la directrice du cinéma François Truffaut grâce à une amie commune. Cela faisait alors 8 ans que je participais à des ciné-débats dans le Sud de la France mais cela n’était pas évident de le faire en région parisienne car, venant de province, je manquais de réseaux. J’ai donc accepté avec plaisir la proposition de Marie et j’ai commencé en Février.

 

 

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

 

Très positif ! Tout d’abord car je pense qu’il est très important de maintenir la tradition du débat en salles. De plus, j’ai pu avoir un regard sur la programmation notamment sur le cycle du mois de Mars. Etant également consultante à l’écriture de scénarios, j’avais travaillé avec Tony Gatlif et il me tenait à cœur de proposer « Vengo ». En fait, avec Marie, nous avons travaillé autour de nos envies communes et cela a très bien fonctionné.

 

Et il y a le formidable public chiroquois : très curieux et attentif, ce fut un bonheur de le retrouver à chaque fois, d’autant plus que certains fidèles n’ont manqué aucune séance. Pour conclure, je dirai qu’il est primordial d’avoir des lieux où faire vivre l’esprit critique et l’éducation du regard et le cinéma François Truffaut en fait partie.

 

 

Enfin, pourquoi faut-il venir voir « Soleil vert » ce Dimanche ?

 

Tout d’abord car c’est un film qui s’inscrit dans le genre de la dystopie, à savoir le contraire de l’utopie. Il s’agit d’un genre qui travaille à grossir un trait ou une tendance présents dans les démocraties pour en montrer les dérives totalitaires. Ce qui est très à la mode – on peut citer le film « Les fils de l’homme » ou la série « The Handmaid’s Tale » - car il y a une véritable résonnance contemporaine. Adaptation d’un monument de la littérature, il dénonce les travers de la démocratie et montre à quel point nos sociétés sont fragiles. C’est une belle occasion de (re)découvrir un genre très présent dans notre imaginaire collectif.

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Le Jeune Ahmed » des frères Dardenne

11 juin 2019

Ce véritable thriller social ne vous laisse aucun répit.

On peut être têtu à 13 ans. Instrumentalisé par son imam, Ahmed s’oppose à Inès, une de ses enseignantes. Après avoir tenté de l’assassiner, il est pris en charge dans une structure de déradicalisation. Mais est-il capable de tourner la page ?

 

Les frères Dardenne sont réputés pour leur cinéma social. Suivant pas à pas des personnages ordinaires, ils savent mettre en exergue les aspects sombres de nos sociétés comme le chômage, la toxicomanie ou l’enfance défavorisée. Cette fois, c’est à la radicalisation des jeunes que s’intéresse le duo de cinéastes et pour cela, ils lorgnent du côté du suspense. A l’aide d’un scénario haletant et d’un jeune comédien à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession – c’est le cas de le dire -, ils tiennent leurs spectateurs en haleine jusqu’à la dernière des 84 minutes du film. Sans aucun discours politique ni esquisse d’une éventuelle solution au problème, on suit pas à pas le héros dans son entêtement, syndrome de la crise d’adolescence mais autrement plus grave qu’une rébellion classique. Sourd aux arguments de son entourage et indifférent aux rencontres notamment d’une jeune fille qui lui fait part de ses sentiments, jusqu’où ira-t-il pour accomplir ce qu’il croit être sa mission ?

 

C’est une véritable histoire d’amour qui lie Jean-Pierre et Luc Dardenne au Festival de Cannes. A 2 exceptions près, tous leurs longs-métrages y ont été présentés avec à la clé 2 Palmes d’Or, un Grand Prix, un Prix du scénario sans oublier les Prix d’interprétation pour leurs acteurs. Ne manquait que celui de la mise en scène obtenu cette année pour la réalisation naturaliste et au cordeau du « Jeune Ahmed ».

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Douleur et Gloire » de Pedro Almodovar

3 juin 2019

Pedro Almodovar nous parle d’un réalisateur vieillissant. Autofiction ?

Salvador Mallo a été un cinéaste important. Mais des problèmes de santé chroniques l’empêchent désormais de se lancer dans un tournage, expérience longue et épuisante. C’est alors qu’un de ses anciens films ressort, événement dont va découler le retour dans sa vie de plusieurs pans de son passé. Ces réminiscences lui donneront-elles la force de se surpasser et de retrouver le chemin des plateaux de cinéma ?

 

3 ans après « Julieta », Pedro Almodovar signe un nouveau film nostalgique et s’interroge sur la place que prend le 7ème art dans la vie d’un ancien réalisateur. Au travers de différentes retrouvailles – et d’une substance interdite -, l’enfance revient. Dans des flash-backs maîtrisés, la relation avec la mère, l’iconique Pénélope Cruz, est perçue comme la source de tout. Evidemment, pour incarner ce « double », il fallait un autre interprète emblématique : le fidèle Antonio Banderas qui livre une prestation très émouvante. Pour son ami et mentor, il fait preuve d’une sensibilité et d’une tendresse rares. Le tout dans l’esthétique caractéristique du cinéaste espagnol.

A près de 70 ans, l’ancienne icône de la Movida fait évoluer sa filmographie à mesure qu’il prend de l’âge ce qui nous le rend terriblement attachant. Fidèle à son style et à ses acteurs, il offre un rôle en or à Antonio Banderas, Prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Natalie Talmadge

28 mai 2019

Actrice du cinéma muet et première femme de Buster Keaton, Natalie Talmadge nous a quitté il y a 50 ans.

Les sœurs Talmadge furent les héroïnes de l’Hollywood des années 1910-1920. Il y avait l’aînée Norma qui a tourné plus de 40 films en 20 ans, la benjamine Constance qui fut à l’affiche d’un film fondateur du 7ème art américain : « Intolérance » de D.W. Griffith en 1916. Et enfin la cadette Natalie. Après avoir tourné dans quelques films, cette dernière est « poussée » dans les bras de Buster Keaton par Joseph Schenck, producteur et époux de Nora qui voit ainsi entrer dans la famille une star et un collaborateur précieux.

 

Mais le mariage célébré en 1921 est un échec, malgré la naissance de 2 fils et un film tourné ensemble : « Les lois de l’hospitalité » qui sera à la fois la première réalisation de l’acteur, le dernier film de l’actrice et dans lequel leur premier enfant fait une apparition. Natalie se détourne alors de son mari qui vit concomitamment un revers de carrière et sombre dans l’alcoolisme. En 1932, c’est le divorce et Buster Keaton se voit privé de ses enfants tandis que la villa qu’il avait fait construire pour sa famille est vendue.

 

Natalie Talmadge n’aura pas marqué l’histoire du cinéma par une filmographie impressionnante mais par son mariage avec l’un des mythes d’Hollywood qu’elle haïra pour le reste de sa vie mais à qui elle reste liée, paradoxalement, à travers la jolie histoire d’amour des « Lois de l’hospitalité ».

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Thérèse Liotard

21 mai 2019

Second rôle ayant marqué plusieurs films cultes, Thérèse Liotard vient d’avoir 70 ans.

Quand elle débarque à Paris, à peine sortie du conservatoire de Bordeaux, la jeune Thérèse commence par être speakerine remplaçante à l’ORTF. Elle obtient son premier rôle dans « Le Distrait » de Pierre Richard mais c’est son personnage de Suzanne, la jeune maman de « L'Une chante, l’autre pas » d’Agnès Varda qui en fait une actrice reconnue.

 

Passant du drame à la comédie, elle est la « copine » dans le long-métrage de Patrice Leconte « Viens chez moi, j’habite chez une copine » aux côtés de Michel Blanc et de Bernard Giraudeau. S’exportant quelques temps dans une série britannique, elle est la tante Rose dans les mythiques « Gloire de mon père » et « Château de ma mère » d’Yves Robert. Pour cela, elle est nommée pour le César du Meilleur Second Rôle Féminin. Les années 90 la voient principalement tourner avec 2 cinéastes : Benoît Jacquot et Jean-Loup Hubert.

 

Son dernier film datant de 2013, elle vient de recevoir un prix d’une association de cinéphiles et restera comme l’interprète de personnages qui auront marqué plusieurs générations de spectateurs.

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Marie Stuart, reine d’Ecosse » de Josie Rourke

7 mai 2019

Une belle reconstitution du sombre XVIème siècle écossais

De retour dans son Ecosse natale après avoir été une éphémère reine de France, Marie, catholique, doit alors régner sur un pays protestant divisé par les religions. Elle est surtout une menace pour la reine d’Angleterre Elisabeth Ière dont elle est la cousine et donc une rivale pour le trône…

 

Saoirse Ronan et Margot Robbie  sont majestueusement talentueuses dans ce beau film historique qui nous raconte deux ambitions de femmes dans un monde d’hommes. L’une est passionnée, l’autre paranoïaque mais toutes deux aiment le pouvoir et ne craignent qu’une chose : qu’on leur enlève pour cause de mariage, de non-descendance ou de religion. Parfois complexe dans les stratégies politiques, cette œuvre peut aussi s’admirer pour ses splendides décors et ses costumes soignés.

 

Leçon d’histoire autant que divertissement dépaysant, « Marie Stuart, reine d’Ecosse » n’en oublie pas l’émotion, élément incontournable de l’existence tragique de cette reine libre prisonnière d’une époque encore moyenâgeuse.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Agnès Varda

7 mai 2019

Il y a 1 mois, disparaissait une réalisatrice pionnière qui a illuminé le cinéma français pendant près de 65 ans. Le cinéma François Truffaut lui rend hommage tout au long du mois de Mai.

Née en 1928 en Belgique, la petite Arlette Varda fuit vers le Sud à l’arrivée de la guerre et passe à Sète des années qui l’inspireront plus tard. Elle remonte à Paris à la fin du conflit et y entame des études de photographie. La future cinéaste change officiellement de prénom à ses 18 ans et devient Agnès. Elle commence sa carrière de photographe au début des années 50 et, grâce à l’épouse de Jean Vilar qu’elle connaît depuis son adolescence sétoise, elle est engagée au Festival d’Avignon et au TNP (Théâtre National Populaire).

En 1955, sort son premier film « La Pointe Courte » avec Philippe Noiret et dont le montage est assuré par Alain Resnais. C’est un souffle de liberté qui marque un tournant dans l’histoire du 7ème art, ouvrant la voie à la Nouvelle Vague. Elle devient maman en 1958 avec la naissance de Rosalie, fille du comédien Antoine Bourseiller mais qu’elle élèvera avec le réalisateur Jacques Demy, son grand amour. Son second film sort en 1962 : « Cléo de 5 à 7 » est sélectionné au Festival de Cannes et la place au premier rang des cinéastes de la « Rive Gauche » avant qu’elle ne s’installe pendant 2 ans à Los Angeles. Celle qui y rencontre Jim Morrison tourne alors un film dans la veine hippie de l’époque : « Lions Love ».

A son retour en France, elle a un fils, Mathieu Demy, en 1972 en même temps qu’elle milite pour le féminisme et le droit à l’IVG. Le point d’orgue de son engagement sera, en 1977, « L’une chante et l’autre pas », film défendant la liberté des femmes d’avoir des enfants désirés. Après un nouveau séjour aux Etats-Unis à l’orée des années 1980, la cinéaste réalise le plus grand succès de sa carrière : « Sans toit ni loi » qui lui vaut aussi le Lion d’Or de la Mostra de Venise 1985 et fait passer Sandrine Bonnaire d’espoir à actrice césarisée. Après avoir consacré 2 films à Jane Birkin qui vient d’avoir 40 ans, elle rend hommage à son mari Jacques Demy avec « Jacquot de Nantes », une œuvre biographique retraçant l’existence de celui qui est déjà très malade et décèdera 10 jours après la fin du tournage. Après sa mort en 1990, elle se charge de pérenniser sa filmographie à travers la numérisation et les sorties DVD.

Nouvelle expérience en 1995 pour célébrer le centenaire du cinéma : « Les cent et une nuits de Simon Cinéma » réunit une pléiade de vedettes mais est un échec. La réalisatrice arrête alors provisoirement les tournages. Elle reprendra en 2000 avec « Les glaneurs et la glaneuse ». Traitant du fait de société qu’est « le glanage de rue », ce film bien accueilli est un véritable tournant dans la carrière de la cinéaste qui devient monteuse pour l’occasion, travaille en numérique et ne cache rien des effets de sa propre vieillesse. Elle a 80 ans en 2008 et son autobiographie filmée « Les plages d’Agnès » rencontre un grand succès et lui vaut le César du documentaire. Une dizaine d’années plus tard, elle s’alliera avec l’artiste contemporain JR pour « Visages, Villages », un nouveau long-métrage qui trouvera son public et sera récompensé à Cannes avant d’être nommé aux Césars et Oscars.

Des récompenses, elle en cumulera plus de 80 tout au long de sa carrière dont, ces dernières années, un grand nombre saluant une carrière exceptionnelle à plus d’un titre et un amour du cinéma qu’elle aura fait vivre jusqu’à son dernier souffle.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Edouard Baer

23 avril 2019

Acteur-réalisateur cultivant son allure dégingandée et son humour absurde, Edouard Baer trace son chemin multidisciplinaire avec talent.

Né en 1966 dans une famille aisée, Edouard Baer s’inscrit au Cours Florent dès qu’il a 18 ans. Il aura Isabelle Nanty comme professeur avant de devenir son assistant et de partager plusieurs fois l’affiche avec elle. Après des débuts à la radio et sur Canal + ainsi que des petits rôles au cinéma, il se lance dans la réalisation en 1999 avec « La Bostella » qui lui est fidèle en tous points. Il acquiert une forte popularité en 2001 en faisant partie de l’immense casting de « Astérix et Obélix Mission Cléopâtre » d’Alain Chabat : le monologue d’Otis – son personnage – devient culte au sein de cet immense succès. Ce rôle mais également la présentation des Césars le place comme un espoir de l’humour français du début des années 2000.

Il enchaîne alors les tournages dont « Le Bison (et sa voisine Dorine) », le seul film réalisé par son ancienne prof et « Mensonges et trahisons et plus si affinités » de Laurent Tirard, un réalisateur avec qui il a beaucoup tourné. En 2005, nouvelle mise en scène avec « Akoibon » dans lequel il dirige un de ses maîtres Jean Rochefort. Il ne connaît pas le succès de sa première œuvre et continue d’enrichir sa filmographie avec des cinéastes comme Bertrand Blier, Claude Chabrol,  Alain Resnais et des partenaires nommés Fabrice Luchini, Nathalie Baye, Clovis Cornillac.

 

Sitôt rangé son smoking de Maître de Cérémonies cannois en 2008 et 2009, les années 2010 commencent sous le signe de l’échec pour l’acteur. Déçu que le long-métrage qui fait de lui le fameux héros gaulois, « Astérix et Obélix Au service de sa Majesté » réalisé par son complice Laurent Tirard, soit un échec commercial et le moins populaire de toutes les adaptations de la BD jusqu’ici réalisées, il s’éloigne du cinéma mais réalise un troisième long-métrage « Ouvert la nuit » en 2017.

 

Auréolé de sa première nomination au César du Meilleur Acteur pour « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret, Edouard Baer sera à l’affiche de 3 films en 2019, ce qui ne lui est pas arrivé depuis plus de 10 ans… Un renouveau de carrière ?

 

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Styx » de Wolfgang Fischer

16 avril 2019

Une œuvre qui tire sa force de sa bouleversante simplicité.

Seule sur son voilier blanc, Rike navigue vers le Paradis. A savoir l’île de l’Ascension, petit bout de terre méconnu au cœur de l’Océan Atlantique. Après avoir essuyé une tempête, elle se retrouve confrontée au pire dilemme de sa vie…

 

Wolfgang Fischer nous invite à un voyage en solitaire au plus profond de la nature humaine avec ce film sobre : peu de dialogues et de musique et donc une intensité particulière. Chaque spectateur se retrouve en pleine mer et s’identifie à cette héroïne dont on se sent proche sans pourtant véritablement la connaître. D’impressionnantes prises de vues verticales nous font prendre de la hauteur avant de se retrouver confronté à un drame au ras de l’eau. A plusieurs reprises, le réalisateur se montre maître dans l’art du suspense, nous laissant suspendu au regard de sa navigatrice. De quoi nous captiver durant ces 94 minutes dont on ressort bouleversé.

 

Dans la mythologie, le Styx est un fleuve des Enfers. Au XXIème siècle, l’Océan peut lui aussi se transformer en piège infernal du fait des éléments mais également de l’inertie de certains. Un film comme une leçon d’humanité.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : François Civil

8 avril 2019

Interprète de Chanteraide dans « Le chant du Loup » d’Antonin Baudry.

 

 

C’est à 15 ans, lors du début de ses études de théâtre, que François Civil obtient son premier rôle dans un film de Michel Munz et Gérard Bitton « le Cactus » où il interprète Patrick (joué par Clovis Cornillac) adolescent.

                                                                                                                    

Nous sommes en 2005, et 3 ans plus tard, après quelques seconds rôles dans des productions pour la télévision,  la réalisatrice Laurence Ferreira-Barbosa (« Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel ») lui confie le rôle principal de son film « Soit je meurs, soit je vais mieux » où sa brillante interprétation lui vaut d’être nommé pour le César de la révélation masculine.

 

Sa carrière est désormais toute tracée. Tout en continuant ses études de théâtre, il enchaine différents projets tant au cinéma qu’à la télévision, et on le voit apparaître notamment dans « Bus palladium », « Nos résistances » où il est à nouveau nommé pour le césar de la révélation masculine ou encore « Dans nos veines » pour lequel il obtient le prix du Meilleur jeune espoir masculin au festival de Moulins en 2009 et le prix d’interprétation au festival de Brussels en 2010.

 

 En 2012, il se fait remarquer dans « Elles » avec Juliette Binoche et continue de jouer dans des rôles tant comiques que dramatiques. Il va même interpréter un rôle en anglais dans « Franck », comédie déjantée de Lenny Abrahamson.

 

Comme rien ne lui fait peur, en 2014 il tournera un film d’horreur, « Catacombes » ou  participera à la série « Rosemary’s baby… il s’y sent aussi à l’aise que quand il joue Hyppolite Rivière dans la série à succès « Dix pour cent » de 2015 à 2017.

 

En 2016, on lui confie un rôle bien plus dur, celui d’un djihadiste, dans « Made in France »,  de Nicolas Boukrief , un film choc retraçant l’histoire d’un jeune radicalisé préparant un attentat à Paris.

 

Aussitôt après, il passe à la comédie dans le film « Five » de son ami Igor Gotesman, (rencontré en 2010 lors du tournage de la version court métrage de ce même film) ; et en 2017, il joue le jeune frère de Pio Marmaï et d’Ana Girardot,  dans le très beau film de Cédric Klapisch, « Ce qui nous lie ».

 

Il fait ensuite sensation dans « Burn out » où il joue un personnage obsédé par une seule idée : devenir pilote professionnel de moto superbike et porte le film avec une implacable efficacité.

 

Quant à l’année 2019, elle débute sur les chapeaux de roues pour ce jeune artiste à l’ascension prometteuse : Tête d’affiche dans 3 films aux genres très différents, il est tour à tour :  le séducteur de Juliette Binoche dans « Celle que vous croyez » ; un amoureux perdu dans un monde parallèle voulant reconquérir sa femme dans « Mon inconnue » (pour lequel il vient d’obtenir le prix d’interprétation masculine du festival de l’Alpe d’Huez et dont la sortie est prévue le 3 avril) ;  et l’interprète de Chanteraide dans «  Le chant du loup »  où il donne la réplique à Omar Sy, Mathieu Kassovitz et Reda Kateb.

 

L’action de ce thriller d’Antonin Baudry se situe dans un sous-marin chargé de récupérer en urgence des soldats Français sur un rivage syrien, mis en péril par la présence d’un autre submersible ennemi.

Seul l’oreille de Chanteraide, ayant un don pour décrypter le plus petit bruit de la mer, est capable de repérer où se trouve l’ennemi ; mais il va commettre une erreur qui mettra tout l’équipage en danger de mort…

 

François Civil est sans aucun doute la nouvelle coqueluche du cinéma français. Chouchou des réalisateurs, il sera la vedette du prochain film de Cédric Klapisch qui sera tourné cet automne, « Deux moi »,  aux cotés d’Ana Girardot.

 

Un succès fou qui n’est pas prêt de s’arrêter…

 

 

Par Michèle Kerbourc’h

Biographie : Xavier Dolan

2 avril 2019

Enfant acteur se faisant connaître en apparaissant dans des publicités québécoises dès l’âge de 4 ans, Xavier Dolan joue dans quelques longs-métrages mais se distingue surtout comme doubleur, notamment dans les sagas « Harry Potter », « Twilight » et « Hunger Games ». Souhaitant très tôt se consacrer à l’écriture et à la réalisation, il n’a que 16 ans quand il termine son premier scénario qu’il portera à l’écran 4 ans plus tard assumant la production avec ses économies. « J’ai tué ma mère » impressionne les professionnels lors de sa présentation au Festival de Cannes 2009 d’où il repart avec les 3 prix décernés par la Quinzaine des Réalisateurs. Les premiers d’une série de 14 distinctions ce qui fait de ce coup d’essai un coup de maître.

 

Xavier Dolan enchaîne très vite avec un deuxième film plus léger, « Les Amours Imaginaires » pour lequel le réalisateur est également monteur et costumier. Toujours présent à Cannes un an après, dans la section « Un Certain Regard » cette fois-ci, il reçoit un accueil enthousiaste bien qu’il en agace quelques uns devenant un metteur en scène clivant qui ne laisse personne indifférent.

 

Pour son troisième long-métrage, le québécois prend plus de temps et offre à Melvil Poupaud en 2012 l’un des plus beaux rôles de sa carrière dans « Laurence Anyways ». Si l’histoire d’une transgenre n’est pas un succès au box-office, il installe Xavier Dolan comme un réalisateur important pour la critique, lui qui est présent dans le plus grand Festival du monde pour la troisième fois en 4 ans.

 

Mais c’est à la Mostra de Venise que le chouchou cannois décide de montrer sa cuvée 2013 à savoir « Tom à la ferme ». Un projet différent de tout ce qu’il a fait auparavant car se présentant sous la forme d’un thriller hitchcockien et surtout étant l’adaptation d’une pièce de théâtre : c’est la première fois que Xavier Dolan n’est pas à l’origine de son scénario. Il repart de la cité lacustre italienne avec le prix FIPRESCI qui soutient un cinéma risqué, original.

 

2014 est une année particulièrement importante pour celui qui accède enfin au Graal de la Compétition Officielle cannoise avec « Mommy », Prix du Jury à la clé, et connaît une véritable reconnaissance populaire en France car dépassant le Million d’entrées. A 25 ans, il clôt avec ce 5ème film la première partie de sa carrière atteignant un paroxysme dans l’émotion et une maîtrise technique impressionnante.

 

Au vu de son désormais statut de jeune réalisateur surdoué, l’ancien cinéaste autoproduit attire les plus grandes stars françaises dans « Juste la fin du monde ». En 2016, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Nathalie Baye, Léa Seydoux et le héros Gaspard Ulliel montent les marches du 5ème Festival de Cannes de leur metteur en scène qui y remporte le Grand Prix du Jury, véritable Palme du Cœur.

 

A l’aube de ses 30 ans et alors qu’il franchit les portes d’Hollywood avec le très attendu « Ma Vie avec John F. Donovan », Xavier Dolan est déjà riche d’une filmographie de 7 films réalisés en 10 ans et totalisant près de 45 prix… Au-delà des critiques de ses détracteurs, ces chiffres démontrent l’importance prise au sein du 7ème art mondial par un gamin cinéphile qui était persuadé que « tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais ».

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Ma vie avec John F. Donovan »

2 avril 2019

Avec son premier film américain, Xavier Dolan reste fidèle à son style : l’émotion…

Vedette de la télévision en pleine ascension, John F. Donovan voit son monde s’écrouler le jour où est révélée son homosexualité. Rupert a 11 ans le jour où son idole décède. Plus que sa vedette préférée, Donovan était son correspondant depuis plusieurs années. 10 ans plus tard, Rupert rencontre une journaliste pour lui raconter son histoire.

 

A tout juste 30ans, le cinéaste prodige est de retour avec son 7ème film, le premier hollywoodien. Si l’on pouvait craindre la dilution de son talent et de son originalité dans l’afflux de moyens, sachez qu’il n’en est rien. Le réalisateur de « Mommy » a gardé ses thèmes fétiches à savoir le rapport particulier à la mère – on sent que Natalie Portman et Susan Sarandon se sont glissées dans l’univers de leur metteur en scène- et la difficulté à vivre son homosexualité. Mais surtout, il a conservé cette incroyable capacité à nous donner des frissons et à nous faire battre le cœur grâce aux plans serrés sur les visages de ses personnages et à l’utilisation de musiques populaires dans les scènes clés. Petite nouveauté, la prise de hauteur avec de nombreux plans aériens qui magnifient l’environnement urbain de l’histoire. S’il fallait retenir une faiblesse de ce long-métrage, ce serait que plusieurs passages posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses – sans doute due au montage difficile et anormalement long, qui a été jusqu’au sacrifice du personnage initialement joué par Jessica Chastain. Mais cela promet de passionnantes discussions entre cinéphiles à la sortie de la salle.

 

Si depuis 3 films, Xavier Dolan ne joue plus dans ses œuvres, il est frappant de voir qu’il a choisi pour le personnage de Rupert un Ben Schnetzer qui lui ressemble étrangement. Une façon de nous indiquer qu’il parle encore et toujours de lui… Et c’est fou ce qu’on aime ça !

 

Par Simon Chevalier

"Nos Vie Formidables" : L’interview carrière de Johan Libéreau

2 avril 2019

En plus de 15 ans de carrière, Johan Libéreau  a multiplié les expériences. De sa révélation devant la caméra d’André Téchiné à sa participation à sa participation au dernier film d’Andrzej Zulawski en passant par ses apparitions dans des courts-métrages et à la télévision, l’acteur revient  sur son parcours riche et loin d’être terminé.

Tu débutes en 2002 en étant repéré lors d’un casting sauvage dans un train de banlieue. En quoi cela a-t-il influencé ton parcours d’acteur et penses-tu que, sans cette opportunité, tu aurais quand même été attiré par ce métier ?

En fait, j’étais déjà attiré par ce métier car cette année-là, j’avais envisagé d’arrêter la pâtisserie pour prendre des cours de théâtre mais ça me semblait compliqué, financièrement parlant. Et quelques jours après, j’ai été repéré dans un train. J’y ai vu l’opportunité de changer de vie du jour au lendemain et dès que j’ai mis les pieds sur le plateau de « Tais-toi » de Francis Veber, j’ai compris que je n’avais plus envie de faire de la pâtisserie.

 

2005, premier grand rôle dans  « Douches Froides » d’Antony Cordier et premier prix, celui du Meilleur Espoir décerné par l’Académie des Lumières. Qu’as-tu ressenti ? Une forme d’acceptation dans « La Grande Famille du Cinéma Français » comme on dit ?

Ce sont de grands mots. Disons que ça m’a fait plaisir d’avoir accompli quelque chose, moi qui n’ai pas le Brevet des Collèges parce que j’ai arrêté l’école très tôt. J’avais ramené toute ma famille, j’étais fier, particulièrement pour mes parents. Après, même si je ne fais pas ce métier pour les prix, la reconnaissance qu’ils apportent fait du bien intérieurement, on se dit que notre travail a plu aux gens. En plus, avec « Douches Froides », c’était la première fois que j’accompagnais un film de bout en bout, du casting à la présentation, notamment à la Quinzaine des Réalisateurs.

 

En 2007, tu tournes pour André Téchiné « Les Témoins » avec un casting prestigieux : Emmanuelle Béart, Michel Blanc, Sami Bouajila, Julie Depardieu… Ce film te vaudra également une nomination aux Césars dans la catégorie Meilleur Espoir et le prix du Meilleur Acteur décerné par les cinémas MK2. Comment as-tu vécu cette expérience qui t’a révélé au grand public ?

Je ne sais pas si on peut parler de grand public, les films d’André Téchiné ne dépassant que rarement les 700 000 entrées : c’est du cinéma d’auteur. Mais me retrouver face à tous ces formidables acteurs, c’était grandiose. Quant aux Césars, je m’étais préparé à ne pas l’avoir mais en entendant les applaudissements de la salle à l’annonce de mon nom dans la liste des nommés, je me suis dit : « Peut-être que… » et en fait non. Je me souviens en avoir pleuré, c’était très ambigu comme situation.

 

2008, même si tu ne fais pas ce métier pour les prix, tu en reçois encore un : Meilleur Espoir au Festival Jean Carmet pour le court-métrage « Madame » de Cyprien Vial. C’est important pour toi, les films courts ? Est-ce une autre façon de travailler ?

C’est très important, en effet. C’est une partie non négligeable de ma carrière. J’essaie d’en faire 4 ou 5 par an, ça me permet de travailler mon jeu d’acteur, parfois sans être payé et de garder une certaine visibilité. Après, dans la façon de travailler, c’est vrai qu’on est plus indulgent sur un plateau de court-métrage car on sait que ce sont des débutants, disons que la notion du temps n’est pas la même. D’ailleurs, je me souviens que sur « Madame », il avait fallu être patient et que Nicole Garcia, ma partenaire, m’avait appris à trouver des activités dans l’attente. Mais ça reste du cinéma à part entière et le format importe peu quand on a le talent.

En 2009, tu participes au film « Q »de Laurent Bouhnik, un film à la sexualité explicite. L’occasion de revenir sur ton rapport à la nudité au cinéma : c’est quelque chose qui ne t’a jamais fait peur, visiblement…

Contrairement à beaucoup d’acteurs, je ne suis pas narcissique et, pour le film de Laurent, j’avais refusé d’apparaître nu car, pour moi, la sexualité explicite s’apparente à de la pornographie. Dans ce long-métrage, je suis donc une exception, le seul acteur à rester habillé.

 

2009 toujours, tu tournes un film de genre « Vertige » d’Abel Ferry. Le mélange des styles, passer d’un film d’auteur à un film d’horreur, c’est quelque chose que tu apprécies ?

Bien sûr, d’autant plus que je suis d’une génération qui a grandi avec les « survivals » comme « Scream ». Cela me permettait en plus de renouer avec l’escalade, une discipline que j’appréciais depuis longtemps.

 

Les années suivantes, tu as multiplié les premiers rôles : « Belle Epine » de Rebecca Zlotowski en 2010, « La Brindille » d’Emmanuelle Millet en 2011, « Voie Rapide » de Christophe Sahr en 2012… J’ai l’impression que c’était tout le temps le même personnage, tu penses avoir été victime d’une étiquette ?

C’est la France ! Il est vrai que j’aimerais avoir une palette de jeu plus grande, interpréter des psychopathes ou des hommes d’affaires mais le cinéma français le permet peu. Néanmoins, parmi tous ces films, j’ai une tendresse particulière pour « Voie Rapide » car je suis resté sur le projet pendant 2 ans en amont du tournage et qu’en plus de retrouver Christa Theret, ma partenaire de « La Brindille », j’étais de tous les plans du début à la fin, ce qui ne m’était pas arrivé depuis « Douches Froides » 8 ans auparavant.

En parlant de rôles différents, en 2014, c’est la télévision qui t’offre la possibilité de jouer un poilu dans « Ceux de 14 » d’Olivier Schatzky. Un projet qui te tenait à coeur, je crois…

Ah oui, le fait de pouvoir rendre hommage à la génération de nos arrières-grands-parents, qui ont souffert dans les tranchées pour la France, était très important à mes yeux. Surtout que nous relations une histoire vraie, celle d’un lieutenant qui a perdu tous ses hommes durant les 6 premiers mois de la guerre. Ce tournage fut très intéressant mais aussi très dur : nous étions à Verdun, dans des conditions quasi-réelles, si ce n’est qu’à la fin de la journée, nous allions manger, nous doucher et je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ceux qui, 100 ans auparavant, n’avaient pour abri que des tranchées boueuses, qu’ils ne quittaient que pour des assauts meurtriers parfois en pleine nuit, qui étaient réveillés par les obus. Tout cela m’a marqué profondément.

 

L’année 2015 fut chargée avec 2 films importants : le court-métrage « L’Appel » d’Alban Ravassard qui a accumulé les sélections en festivals partout dans le monde et « Cosmos » d’Andrzej Zulawski. Que peux-tu nous en dire ?

« L’Appel » est un super court-métrage qu’on a tourné en 2 fois pour cause de financement car il y a beaucoup d’effets spéciaux. Je me suis vraiment éclaté à le faire car c’était un vrai film de professionnels, d’ailleurs on aurait pu se croire sur un long-métrage parfois. J’en garde un excellent souvenir même si, à cette époque-là, j’avais le genou en vrac et que certaines scènes m’ont bien fait souffrir. Quant à « Cosmos », ce fut un véritable honneur que de jouer devant la caméra d’Andrzej Zulawski même si les textes excellaient dans la difficulté et étaient très durs à retenir. De plus, on a tourné au Portugal alors que mon père se faisait opérer d’un cancer en France : pas évident dans ces conditions de se concentrer. Heureusement, j’ai pu compter sur de supers partenaires dont mon ami Andy Gillet que je connais depuis longtemps et qui est un très grand acteur.

 

Tu as croisé beaucoup d’artistes dans ta carrière : quels sont ceux qui t’ont le plus marqué et ceux avec qui tu aurais envie de travailler ?

Ma plus belle rencontre dans ce métier reste Guillaume Depardieu. Je ne l’ai connu que pendant 1 an mais cet homme a touché ma vie et ma carrière future car chaque film est pour moi une façon de lui rendre hommage. J’ai également eu une relation très forte avec Sami Bouajila sur « Les Témoins ». Il m’a donné beaucoup de conseils et a su me rassurer quand j’étais pris par le doute. Enfin, sur le même film, j’ai entretenu des liens étroits avec Emmanuelle Béart. En plus, son fils s’appelle aussi Johan. Je regrette que l’on se soit perdu de vue et j’aimerais bien la revoir. Il y a beaucoup de grands acteurs avec qui je souhaiterais travailler : Vincent Cassel, Jean Dujardin, Benoît Poelvoorde… Comme tous les jeunes acteurs, j’adorerais être dirigé par Jacques Audiard mais pas pour un petit rôle. J’ai d’ailleurs passé le casting pour « Dheepan ». J’avais adoré le scénario mais le personnage que l’on me proposait ne me plaisait pas du tout. Moi, si je tourne pour le réalisateur de « De Rouille et d’Os », c’est pour qu’il me travaille, qu’il m’utilise, qu’il me modèle… Je crois d’ailleurs que c’est pour ça que j’ai fait exprès de ne pas être bon aux essais. Sinon, Cédric Klapisch fait aussi partie de mes rêves d’acteur.

 

En plus de travailler avec tous ces grands, que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Faire un maximum de gros films et développer ma société de production « La Famille » pour laquelle j’ai des projets de documentaires et de courts-métrages.

Interview réalisée au début de l’année 2016 pour le blog FrenchCinéTV.com

 

Par Simon Chevalier

"Nos Vie Formidables" : Interview de Cédric Maruani

2 avril 2019

L’un des acteurs du touchant « Nos Vies Formidables » nous en dit plus sur un tournage hors du commun.

 

Quel est ton parcours ?

D’origine marseillaise, je suis monté à Paris comme beaucoup d’acteurs. Après avoir joué dans des projets télévisés, je suis parti au Canada pendant 3 mois car j’avais eu un coup de foudre pour le travail de Louis Choquette, le réalisateur québécois de la série « Mafiosa ». A mon retour, j’ai découvert les master class de Niels Arestrup et, entre 2 voyages notamment en Australie et en Angleterre, j’ai tourné dans « Comme des garçons » de Julien Hallard et c’est là que j’ai rencontré Julie Moulier, l’actrice principale de « Nos Vies Formidables ».

Comment es-tu arrivé sur ce projet ?

Comme j’avais bien accroché avec Julie, j’ai été l’applaudir sur scène et à la sortie, j’ai sympathisé avec 2 autres spectatrices sans savoir qu’il s’agissait de la cinéaste Fabienne Godet et de son assistante. C’est de cette discussion à bâtons rompus qu’est venue à Fabienne l’idée de me proposer de participer à son futur tournage. On s’est retrouvés ensuite avec plusieurs comédiens pour une journée de travail et de découverte et je me souviens encore de l’appel que j’ai reçu peu après me confirmant que j’avais été choisi. C’était une vraie joie car je sentais qu’avec un tel « casting » basé sur la rencontre et l’authenticité, on allait faire un film pas comme les autres.

Le tournage a-t-il été à la hauteur de ce processus de départ ?

Complètement ! 1 mois avant le début des prises de vue, on s’est retrouvé avec tous les autres acteurs pour une sorte de résidence, un peu comme on le voit dans le monde du théâtre. Cela a permis de créer un véritable esprit de troupe. Fabienne nous a alors donné à chacun la « Bible » de notre personnage avec son caractère, son passé, son rapport aux autres. Puis, elle a organisé une partie de volley pour nous mettre en condition. On a aussi eu la possibilité d’apporter de nous-mêmes dans nos rôles, riches de notre expérience et de notre rapport à la drogue ou à notre entourage. Tout au long du tournage, on a travaillé avec une trame mais avec la liberté d’improviser aussi. Ce qui n’a pas été évident, alors qu’on jouait de façon si authentique les uns avec les autres, c’état de déconstruire nos relations quand nos scènes étaient chronologiquement inversées. Pour résumer, on a vécu une expérience unique et quand celle-ci s’est terminée, elle a laissé la place à une véritable sensation de manque.

 

Pour terminer, pourquoi faut-il aller voir ce film selon toi ?

Parce que c’est une œuvre porteuse d’espoir dans notre société si individualiste. Elle nous démontre que ça vaut le coup de se battre et qu’on est plus fort ensemble. Vous verrez qu’en sortant de la salle, vous aurez envie de prendre les gens dans vos bras…

Photographie : copyright -Sylvain Labeste

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Nos Vies Formidables »

2 avril 2019

Une fiction quasi-documentaire qui magnifie l’esprit de groupe

Quand Margot intègre un centre de désintoxication, l’acclimatation est rude. Mais, entre vie en communauté et groupe de discussion, elle découvre que la solidarité est l’atout non négligeable pour réussir sa reconstruction.

 

Léo, Salomé, Jalil, Dylan… Si ce film est composé de personnalités diverses, sa principale force est de les diluer dans un collectif attachant. Les parcours de chacun et ce qui les a amenés ici comptent peu au regard de ce qu’ils vivent ensemble. Petit à petit, le spectateur s’intègre et, sans qu’il ne s’en rende compte, crée un lien assez incroyable avec les personnages, lien qui culmine lors d’une partie de volley finale : la caméra s’attardant sur chaque visage nous fait prendre conscience que le sort de ses protagonistes nous importe particulièrement et ce parce qu’on vient de vivre 117 minutes d’une humanité sans fards.

 

Si nos vies sont formidables, c’est parce qu’elles s’entremêlent et ainsi s’enrichissent. Voici le message de ce film aussi rare qu’essentiel.

Par Simon Chevalier

« Carré 35 » d’Eric Caravaca

19 mars 2019

Une œuvre atypique par son intimité audacieuse

Christine est morte à l’âge de 3 ans mais c’est comme si elle n’avait jamais existé. Du moins pour Eric Caravaca, son frère né bien après son décès. Que signifie cet effacement d’une vie ? Cette « petite » histoire a-t-elle un rapport avec la « grande », celle de la décolonisation ?

Acteur ayant tourné sous la direction de Patrice Chéreau et Josiane Balasko entre autres et faisant merveille chez François Dupeyron – il a eu le César du Meilleur Espoir en 2000 pour « C’est quoi la vie ? » - Eric Caravaca était dernièrement à l’affiche de « Grâce à Dieu » de François Ozon. Pour sa deuxième réalisation et son premier documentaire, il a choisi de se pencher sur le sujet le plus intime qui soit : un secret de famille. Si on pouvait craindre l’impudeur d’une telle démarche, le réalisateur réussit à nous intéresser à son histoire comme si c’était la nôtre. Pour cela , il n’hésite pas à confronter ses parents face caméra dans des séquences douloureuses mais nécessaires. L’intérêt réside aussi dans le lien démontré avec la décolonisation, la guerre ou la trisomie. Là encore, il ne s’interdit pas l’utilisation d’images d’archives particulièrement dures. Une façon de toujours regarder les choses en face.

 

Bouleversant d’intimité, frôlant l’impudeur, ce film vous marque et vous lie à son réalisateur par le plus tendre des liens.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Juliette Binoche

12 mars 2019

Quelques semaines après « Doubles Vies » d’Olivier Assayas, Juliette Binoche, qui vient d’avoir 55 ans, est à l’affiche de « Celle que vous croyez » de Safy Nebbou.

Fille de comédiens, Juliette Binoche fait ses débuts au Conservatoire à l’âge de 17 ans. 2 ans plus tard, elle tourne le premier long-métrage d’une filmographie qui en compte 65 jusqu’à présent. En 1987, elle obtient une reconnaissance internationale dès son premier rôle à l’étranger dans « L’insoutenable légèreté de l’être » de Philip Kaufman qui avait été refusé par Isabelle Adjani.

10 ans après, elle vit un « French Dream » en remportant l’Oscar du Meilleur Second Rôle pour « Le Patient Anglais » d’Anthony Minghella. Pour ce même film, elle recevra le Prix d’Interprétation au Festival de Berlin. Entretemps, c’est l’Académie des Césars et le Festival de Venise qui l’avaient distinguée grâce au personnage de Julie dans « Trois Couleurs : Bleu » de Krzysztof Kieslowski. Un bon choix pour la comédienne qui avait refusé « Jurassic Park » pour ce tournage.

 

En 2010, elle réussit le tiercé gagnant en remportant le Prix d’Interprétation cannois pour « Copie Conforme » d’Abbas Kiarostami, devenant la première actrice à cumuler les récompenses des 3 principaux festivals au monde.

 

Un talent qui aura donc marqué l’histoire du 7ème art et représenté le cinéma français jusqu’à Hollywood. Et ce n’est pas fini pour celle que l’on attend dans la prochaine œuvre d’Hirokazu Kore-Eda, lauréat de la Palme d’Or 2018.

 

Par Simon Chevalier

« Grâce à Dieu » de François Ozon

5 mars 2019

François Ozon dresse de magnifiques portraits d’hommes brisés.

Alexandre est banquier, catholique pratiquant, marié et il a 5 enfants. François est un père de famille athée. Emmanuel est un homme fragile à la vie sentimentale et professionnelle instable. Leur point commun ? Tous ont été les victimes du père Preynat, prêtre pédophile qui a sévi durant des années. Quand Alexandre se rend compte que son agresseur est toujours en contact d’enfants plus de 25 ans après les premiers signalements à l’Eglise et ce, malgré les aveux de ce dernier, il porte plainte…

Quand François Ozon s’attaque au scandale de la pédophilie dans l’Eglise, il ne fait pas les choses à moitié : il choisit la plus médiatique des affaires – mettant en cause le cardinal Barbarin, accusé d’avoir couvert les faits – dont le procès n’a pas eu lieu – avec des accusés qui sont donc présumés innocents – et utilise les véritables identités de ces derniers – ce qui n’est pas le cas des victimes. Se crée ainsi une polémique dont le film se serait bien passé tant il est fort émotionnellement et riche de 3 parcours de souffrance totalement différents. Les personnages principaux portent, en effet, une douleur à la fois identique et tellement personnelle. Melvil Poupaud, Denis Ménochet et le petit nouveau dans la filmographie du réalisateur Swann Arlaud sont impressionnants en mêlant pudeur, colère et solidarité.

Eric Caravaca, Josiane Balasko, Hélène Vincent, Frédéric Pierrot… Le casting impressionnant de cette œuvre est ressenti fortement comme un engagement de tous ces artistes pour dénoncer le pire des crimes et soutenir l’association née de cette histoire et dont le film retrace la genèse : La Parole Libérée. Un engagement que doit également prendre le spectateur en se confrontant à ce long-métrage, beau et utile.

 

Par Simon Chevalier

« Retour vers le futur » de Robert Zemeckis

27 février 2019

Comment est né ce film culte ? Quelles difficultés ont dû être surmontées pour aboutir au succès ? Retour sur la genèse d’un mythe.

Tout commence quand le scénariste et producteur Bob Gale rend visite à ses parents. En trouvant une photo de son père adolescent, il se demande s’il aurait pu être son ami s’ils s’étaient croisés à cet âge. D’où l’idée du voyage dans le temps. De retour à Hollywood, il en parle au réalisateur Robert Zemeckis et tous deux vont proposer le projet au studio Columbia et en ressortent avec un accord de développement. Nous sommes en Septembre 1980 et, dans la première version, c’est un réfrigérateur qui sert à changer d’époque. L’idée sera abandonnée par crainte que des enfants se mettent en danger en voulant reproduire les actions des héros. Quitte à choisir une voiture, ce sera la plus futuriste de l’époque, la Delorean, qui intégrera le casting. A ce stade, rappelons-nous également qu’un singe était l’animal de compagnie de Doc Brown avant de céder sa place à un chien. Le scénario est finalisé en Février 1981 mais n’intéresse aucun studio. Il faudra que Robert Zemeckis connaisse le succès avec «  A la poursuite du diamant vert » pour qu’Universal accepte le projet du nouveau réalisateur « bankable ».

Côté casting, Michael J Fox est tout de suite choisi pour incarner Marty Mc Fly mais n’est pas disponible car il est la vedette d’une sitcom dont le producteur refuse de se passer de lui. Le rôle est donc confié à Eric Stoltz et Christopher Lloyd sera le Doc – lui aussi était un deuxième choix et refusa dans un premier temps avant de se laisser convaincre par sa femme. Au bout de 4 semaines de tournage, il faut se rendre à l’évidence : le jeune acteur ne fait pas l’affaire. Il est donc remercié et l’équipe repart de zéro en relançant les négociations autour de Michael J Fox. Ce revirement rajoutera 3 Millions de dollars au budget initial de 14 Millions. En Janvier 1985, la situation se débloque et le héros initialement prévu peut voyager dans les années 50 et en revenir grâce à la foudre. A noter qu’une fin alternative avait été envisagée : Marty Mc Fly devait être plongé au cœur d’un essai nucléaire pour retrouver la fin du 20ème siècle. L’option de « l’éclair qui frappe l’horloge de l’hôtel de ville » sera choisie pour des raisons budgétaires.

 

Au-delà du succès commercial qui place le film à la première place du box-office de l’année 1985 – il a rapporté 210 Millions de dollars pour un coût de 19 Millions et totalisera près de 3,5 Millions d’entrées en France – et un Oscar anecdotique, celui du Montage sonore, « Retour vers le futur » est une œuvre mythique, point de départ d’une des trilogies les plus aimées par les cinéphiles du monde entier.

 

Par Simon Chevalier

« Shining » de Stanley Kubrick

19 février 2019

Focus sur le film culte qui ouvrira la Nuit « Stephen King » ce samedi.

 

Après la science-fiction et le film historique, Stanley Kubrick souhaite se lancer dans le film d’horreur - à la manière de « L’exorciste », gros succès de 1973 - quand sort, en 1977, « Shining, l’enfant lumière », le nouveau roman du « maître moderne du genre » Stephen King. D’abord intéressé par un livre de Diane Johnson, le studio Warner Bros le convainc d’adapter plutôt le dernier opus d’un auteur à succès, moins risqué financièrement après l’échec commercial de « Barry Lyndon » 2 ans auparavant.

L’écriture du scénario prend 11 semaines et le cinéaste y collabore avec l’auteur susnommée. Chacun d’entre eux ajoute sa patte à l’œuvre originale : la schizophrénie pour Kubrick et le gothique pour Johnson. Ce qui fera dire à Stephen King qu’il adore le film en tant que spectateur mais qu’il le déteste en tant qu’écrivain : pour lui, on a trahit l’esprit de son livre et ses thèmes, à savoir la désintégration de la famille et l’alcoolisme. Une trahison d’autant plus mal vécue que le roman serait autobiographique. Résultat : il refusera d’apparaître au générique.

 

Pour le casting, Jack Nicholson – référence hollywoodienne de la démence depuis « Vol au-dessus d’un nid de coucou » -, Danny Lloyd – choisi parmi 5000 garçons de 6 ans et qui, au vu de son jeune âge, ne savait pas ce qu’il tournait et ne le découvrit qu’à 17 ans – et Shelley Duvall qui subira la « mégalomanie perfectionniste » de son metteur en scène, devant souvent refaire 40 ou 50 fois la même scène. La pire étant celle de l’escalier qui comptabilisera 87 prises en 3 semaines.

 

Le tournage, commencé le 1er Mai 1978 et achevé en Avril 1979, aura principalement lieu en studio, la neige étant simulée par du polystyrène ou même du sel. « Shining » sera le premier long-métrage à bénéficier massivement de la Steadicam, nouveau système de caméra permettant des mouvements fluides.

 

Quand il sort en 1980, le 11ème film de Stanley Kubrick déçoit aux Etats-Unis car il pâtit de la comparaison avec le livre mais il cumule plus de 2,3 Millions d’entrées en France. Avec le temps, il deviendra surtout l’un des films d’horreur les plus cultes de l’histoire du 7ème art dont l’impact se répercutera dans nombre d’œuvres de la culture populaire comme le dessin animé « Toy Story », la série « Les Simpson », un clip de Robbie Williams ou encire le jeu vidéo « Mortal Kombat ».

 

Par Simon Chevalier

Interview : Jonathan Bruzat

12 février 2019

L’acteur Jonathan Bruzat revient sur son expérience d’assistant de production sur « L’incroyable histoire du Facteur Cheval »

 

Comédien ayant foulé les planches depuis l’âge de 13 ans et ancien élève de l’atelier international de théâtre Blanche Salant & Paul Weaver, Jonathan Bruzat est apparu de nombreuses fois à la télévision – « Alice Nevers, le juge est une femme » et la web-série d’Arte « Persuasif » - et au cinéma – « Une braise sur la neige » de Boris Baum avec Xavier Gallais. Mais c’est dans le cadre de son Master 2 en conception et direction de projet culturel qu’il a été amené à travailler dans la post-production : « Mon profil était atypique, celui d’un acteur et réalisateur de 2 courts-métrages qui reprend ses études à 26 ans. Mais mon expérience devant et derrière la caméra a joué en ma faveur et m’a permis de décrocher mon stage de fin d’année dans la société de production Fechner Films. »

 

Ainsi, durant plus de 6 mois, il va devoir gérer des tâches très diversifiées : « Quand je suis arrivé, la post-production était déjà bien entamée. Dans mes attributions, figurait la rédaction du générique – un monstre de travail avec ses centaines de noms à bien orthographier sans oublier personne. Un générique qui doit également être validé par tous les partenaires financiers du film avec des nuances à prendre en compte : si le département de la Drôme a soutenu le film avec des aides spécifiques, la région Auvergne-Rhône-Alpes est l’un des coproducteurs. Autre exercice très codifié, le « Billing Block ». Il s’agit du « mini-générique » apparaissant sur les affiches : la dénomination des postes, la taille des caractères, rien n’est laissé au hasard. »

 

Jonathan a également œuvré sur la post-synchronisation : « Il est parfois nécessaire de réenregistrer les voix de certains acteurs. Dans ce cas, ils se doublent eux-mêmes à l’issue du tournage. Pour les têtes d’affiche, en l’occurrence Jacques Gamblin et Laetitia Casta, une durée de 2 jours est prévue à l’avance mais pour les autres comédiens, il faut faire de nouveaux contrats à des tarifs spécifiques. »

 

Egalement dans les compétences de notre stagiaire : faire le lien entre la directrice de production et les producteurs sur l’avancement du film et sa livraison, créer la page IMDB du film – qui servira de source au site « Wikipédia » notamment -, fournir aux attachés de presse des visuels pour la communication, préalablement approuvés par les acteurs, et communiquer les demandes d’interview arrivées directement à la production…

 

« J’ai beaucoup appris de ce stage même s’il m’a fallu 2 mois d’adaptation pour connaître tous les dossiers en cours. Et j’en garde de très bons souvenirs comme les contacts avec les artistes et techniciens. J’ai rencontré Bernard Le Coq, qui est génial dans le film, j’étais ravi ! C’est un super acteur et un homme très attachant, très gentil. J’ai eu plusieurs fois le réalisateur Niels Tavernier au téléphone, très gentil aussi, pour communiquer des infos ou parfois des auteurs passaient nous voir ou encore j’étais en relation avec des techniciens au téléphone. Je me souviens également de l’analyse pointilleuse des bandes-annonces : dès que le prestataire chargé de leur élaboration les envoie, les producteurs les dissèquent seconde par seconde. Il y en aura eu 5 ou 6 avant la version finale. Enfin, je crois que ce que j’ai préféré, c’est de participer à la dernière phase de l’élaboration d’un film, quand tout devient concret. »

 

Et pourquoi faut-il aller voir « L’incroyable histoire du Facteur Cheval » ? « Avant tout, pour la performance magistrale de Jacques Gamblin, méconnaissable : Il est bien parti pour les Césars 2020 ! Et c’est une formidable occasion de découvrir cette histoire vraie et ce personnage, doté d’une force de caractère hors du commun, qui a créé le premier monument d’art naïf au monde qui se visite encore aujourd’hui. »

 

Par Simon Chevalier

Critique : « Border » d’Ali Abbasi

5 février 2019

Un conte fantastique et humaniste

Si elle est une douanière hors pair, Tina le doit à un don : un odorat hors normes qui lui permet de repérer ceux qui ont quelque chose à cacher. Vivant une existence simple, dans la nature, elle ne se posait pas de questions sur son identité et sur son physique peu ordinaire. Jusqu’à sa rencontre avec Vore…

D’abord anodin bien qu’étrange, ce film suédois fait naître une vraie réflexion sur le bien et le mal. Au fur et à mesure de sa progression, l’histoire acquière un statut universel et pose la question de l’humanisme : tous les êtres humains en sont-ils pourvus ? Les animaux – très présents dans cette œuvre – ne nous battent-ils pas sur ce terrain ? A l’inverse, l’animalité ne nous manque-t-elle pas dans notre monde à la recherche de tolérance et d’acceptation de la différence ?

 

Petite pépite cinématographique ayant remporté le prix de la section « Un Certain Regard » lors du dernier Festival de Cannes, « Border » vous invite à explorer des frontières philosophiques inattendues.

 

Par Simon Chevalier

Jurassic Park de Steven Spielberg

30 janvier 2019

Retour sur le plus grand succès cinématographique de l’année 1994, début d’une saga emblématique.

En 1989, le réalisateur Steven Spielberg rencontre le romancier Michael Crichton autour d’un projet qui deviendra la série « Urgences ». Le cinéaste découvre alors le futur livre de l’écrivain qui doit être publié l’année suivante. L’histoire est celle d’un vieil homme d’affaires qui parvient à recréer des dinosaures et qui s’apprête à ouvrir un parc d’attractions autour de cette prouesse incroyable. Plusieurs réalisateurs dont Tim Burton et Joe Dante veulent adapter au cinéma cette œuvre magistrale mais c’est bien Steven Spielberg, qui sort alors du tournage de « Hook » qui remporte la mise.

 

Le projet va l’occuper 3 années entières avec un formidable travail sur les images de synthèse faisant du film la première œuvre à les utiliser massivement. Par la suite, George Lucas – qui a supervisé les effets sonores de « Jurassic Park » et Peter Jackson s’en inspireront pour « Star Wars » et « Le Seigneur des Anneaux ». Concernant le casting, le réalisateur tient absolument à la présence de Sam Neill, quitte à repousser le tournage d’un mois. Le film signe aussi le retour devant la caméra de Richard Attenborough qui n’avait plus été acteur depuis 14 ans.

 

Au final, le long-métrage sera un immense succès avec plus de 900 millions de dollars de recettes à travers le monde - et plus de 6,5 millions d’entrées en France -, un record historique à l’époque, 5 ans avant le phénomène « Titanic ». Un résultat qui confirmera l’énorme popularité de Steven Spielberg, lui qui détenait déjà ce record depuis plus de 10 ans avec « E.T. ».

Après une première trilogie qui s’est achevée au début des années 2000, les dinosaures de « Jurassic Park » ont fait leur grand retour en 2015 et devraient squatter le box-office mondial jusqu’en 2021, preuve de l’intemporalité du fantasme de la rencontre entre l’Homme et les créatures préhistoriques.

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Jean Debucourt

22 janvier 2019

Qui était l’interprète du joaillier, instrument de la fatalité, dans « Madame de… » de Max Ophüls ?

Il y a 125 ans, naissait Jean Debucourt.

Grand comédien de théâtre, notamment au sein de la Comédie Française, il se tourna vers le cinéma pour arrondir ses fins de mois. Racé et fort d’une diction parfaite, l’acteur incarne nombre d’ecclésiastiques et de personnages historiques. Tour à tour Châteaubriand, Robespierre ou Fouché, il fut même à 3 reprises Napoléon III. Père de Gérard Philipe dans « Le Diable au Corps » de Claude Autant-Lara, voix de Jésus dans la série des « Don Camillo » avec Fernandel, il est dirigé par des géants du cinéma français – Renoir, Guitry, Cocteau – mais ne bouda pas les comédies légères dans lesquelles sa haute stature contrastait admirablement. Il fera même une apparition à Hollywood dans « Lust for Life », le film de Vincente Minnelli sur Vincent Van Gogh.

 

Tournant 110 films de 1919 à 1958, Jean Debucourt aura marqué particulièrement le 7ème art de l’après guerre dans des seconds rôles savoureux au service d’œuvres mythiques.

 

Par Simon Chevalier

« Leto » de Kirill Serebrennikov

18 décembre 2018

Une plongée nostalgique dans la Russie underground des années 80

Eté 1981. A Leningrad, en cette fin de guerre froide, la jeunesse ne jure plus que par la musique occidentale et se presse au Leningrad Rock Club, établissement faussement clandestin dans lequel se produisent de petits groupes locaux. C’est dans cette ambiance de rébellion créatrice que le jeune Viktor Tsoi entre dans la vie de Natalia et Mike Naoumenko, figure bien connue du milieu underground…

 

Kirill Serebrennikov fait revivre une des époques les plus intéressantes de la culture russe : l’émancipation de cette jeunesse de la fin du 20ème siècle qui assume ses goûts musicaux et se rebelle en chansons contre le pouvoir établi. Inspiré de l’histoire vraie des groupes mythiques Zoopark et Kino, tourné dans le noir et blanc de l’époque, ce film est aussi une réflexion sur la jalousie artistique et amoureuse avec un petit relent du mouvement hippie qui avait envahi le monde une décennie auparavant. Si le personnage de Victor est l’élément perturbateur dans le couple Mike-Natalia, il en est un autre qui intervient régulièrement pour casser le 4ème mur et emmener le spectateur dans des scènes extrêmes, fantasmées. On sort alors de toute réalité pour entrer dans l’euphorie, tout comme ces moments où l’œuvre cinématographique bascule dans le clip musical avec incrustations « tagués » sur l’écran. Voici donc un film iconoclaste sur la forme comme sur le fond.

 

Sur une BO enthousiasmante qui réunit Lou Reed et Iggy Pop entre autres, le réalisateur du « Disciple » nous rappelle combien la contrainte politique est inspirante, lui qui en sait quelque chose : arrêté, inculpé et assigné à résidence depuis plus d’un an, il n’a pu venir présenter « Leto » au dernier Festival de Cannes.

 

 

Par Simon Chevalier

Les Chatouilles

11 décembre 2018

Le film le plus bouleversant du 71ème Festival de Cannes

Odette porte le plus douloureux des secrets : elle a été violée durant son enfance par « un ami de la famille ». Devenue adulte, bien entourée et aidée par sa passion pour la danse, le temps est venu pour elle de la résilience…

 

Après avoir créé un spectacle basé sur le traumatisme de son enfance, Andréa Bescond passe de la scène au grand écran. Le résultat est bluffant de virtuosité grâce à des flash-backs admirablement bien intégrés dans l’histoire. Passant – presque – sans transition des scènes éprouvantes du passé à la fantaisie nécessaire pour affronter le présent, le spectateur est saisi par la présence physique de l’héroïne dont le dynamisme est de l’ordre du vital pour éviter de sombrer dans le pathos. Tous ces éléments sont au service d’une forte émotion, de celles qui rendent un film aussi nécessaire qu’inoubliable.

 

Pour un projet aussi personnel, Andréa Bescond a pu compter sur un excellent casting : Karin Viard – exceptionnelle en mère dépassée et dont la ressemblance avec sa fille de fiction est frappante -, Pierre Deladonchamps – qui prête son visage angélique à un personnage ignoble -, Clovis Cornillac ou encore Grégory Montel… Tous ont répondu présent pour la grande cause que constitue cette œuvre, à voir absolument par le plus grand monde !

 

 

Par Simon Chevalier

« Les Animaux Fantastiques », l’interview

4 décembre 2018

Cette semaine, Théo Frilet, jeune comédien ayant côtoyé Laetitia Casta et Michel Blanc au cinéma et enchaînant les projets à la télévision nous explique comment il prête sa voix à Norbert Dragonneau, le héros des « Animaux Fantastiques ».

Après avoir « explosé » au cinéma mais également sur le petit écran en incarnant Guy Môquet il y a 10 ans, l’acteur Théo Frilet se lance dans le doublage en 2013. Depuis 2015, il est la voix française attitrée d’Eddie Redmayne, plus exactement depuis le rôle qui a rapporté à ce dernier un Oscar du Meilleur Acteur dans « Une Merveilleuse Histoire du temps » de James Marsh.

Pour autant, quand l’acteur britannique est choisi pour incarner le personnage principal de la saga très attendue des « Animaux Fantastiques », rien n’est joué pour Théo : « Même si j’étais le doubleur d’Eddie Redmayne dans ses deux derniers films, je n’étais pas lié à lui contractuellement. Je pouvais refuser de le faire, par exemple pour non-disponibilité, et la production pouvait choisir un autre comédien, notamment car c’était son premier grand rôle populaire et donc un film qui serait plus vu en VF qu’en VO. J’ai donc passé une audition et ce fut la même chose pour le deuxième volet. Je n’ai eu la confirmation de mon engagement qu’un mois avant. »

 

Mais alors, comment se passe le doublage d’un film ?

 

« C’est très intense : 8H par jour du Lundi au Dimanche. Et il faut s’adapter rapidement car ce travail demande une gymnastique particulière, les yeux devant passer continuellement de l’image à la bande qui fait défiler les dialogues tout en évitant les chevauchements avec les répliques des autres personnages. »

 

Pour autant, le jeune homme se plaît dans l’exercice : « On développe une relation particulière avec son partenaire à l’image. Et puis, c’est une formidable occasion de plonger dans un nouvel univers et de jouer un grand rôle dans un grand et beau film « aux côtés », si je puis dire, d’un grand acteur.

 

 

Par Simon Chevalier

Biographie : Edwige Feuillère

26 novembre 2018

Il y a 20 ans, disparaissait Edwige Feuillère. Une carrière de plus de 40 ans au cinéma et des collaborations prestigieuses la placent parmi les plus grandes actrices françaises.

Née en 1907 à Vesoul, Edwige Caroline Cunati voit naître sa vocation dès l’enfance : elle sera comédienne. Elève du conservatoire de Dijon, elle y rencontre Pierre Feuillère qu’elle épouse le jour du réveillon de Noël 1930. Avec son nouveau nom, elle entame l’année 1931 qui sera charnière dans son existence avec son entrée dans la Comédie Française et ses débuts au cinéma, notamment face au débutant Fernandel.

 

Elle devient célèbre en 1935 en incarnant Lucrèce Borgia dans le film éponyme d’Abel Gance. Après guerre, elle fait une rencontre décisive avec le couple Jean Cocteau-Jean Marais qui la choisissent pour l’aventure à la fois théâtrale et cinématographique de « L’aigle à 2 têtes ». Dans les années 50, elle ne recule pas devant des rôles sulfureux comme dans « Olivia » de Jacqueline Audry – la seule réalisatrice française de l’époque – qui évoque l’homosexualité féminine ou « Le Blé en herbe » de Claude Autant-Lara, l’histoire d’amour entre une femme d’âge mûr et un adolescent qui sera interdit à la télévision et fera scandale jusqu’aux Etats-Unis. Sous la direction du même réalisateur, elle sera du trio de stars d’ « En cas de malheur » aux côtés de Jean Gabin et de Brigitte Bardot. A partir des années 60, le théâtre lui prend tout son temps et elle arrête même le cinéma en 1975 après un dernier rôle pour Patrice Chéreau.

 

Celle qui a vu débuter Alain Delon et Philippe Noiret et reçut un César d’Honneur en 1984 s’éteint en 1998, quelques jours après la mort de son grand ami Jean Marais.

Par Simon Chevalier

« La Religieuse » de Jacques Rivette

20 novembre 2018

L’adaptation scandaleuse d’une œuvre de Diderot par Jacques Rivette

Forcée à rentrer dans les ordres, Suzanne Simonin n’y est pas à sa place. Au gré des mauvaises rencontres, elle erre dans un monde de faux-semblants. Suscitant le désir ou l’exaspération, chez les hommes comme chez les femmes, elle est avant tout à la recherche de sa liberté.

Après une intéressante mise en situation, la vie d’une jeune fille du XVIIIème siècle défile sous nos yeux. Un parcours complexe avec beaucoup de rebondissements et une peinture sans concessions de la société de l’époque et surtout de l’Eglise. Quelle soit trop sévère ou trop laxiste, cette dernière nous offre une galerie de personnages bien loin d’être exemplaires. Et voici la raison de l’extrême sévérité de la censure de 1967 qui a interdit le film avant de céder à la pression et de finalement l’autoriser mais uniquement aux plus de 18 ans. Il est intéressant de voir, 50 ans après, comment de simples allusions pouvaient alors mettre le feu aux poudres tandis qu’aujourd’hui, nous vivons dans une société dans laquelle on peut (quasiment) tout montrer sans affoler les foules.

Impossible de parler de « La Religieuse » sans s’extasier sur la performance d’Anna Karina. Suscitant l’empathie du spectateur pour son personnage, elle est irrésistible dans ce qui est certainement le chef d’œuvre de la carrière de celle qui fut pourtant la muse d’un autre cinéaste : Jean-Luc Godard.

Par Simon Chevalier

"Six Portraits XL : 1 Léon-Guillaume" d'Alain Cavalier

13 novembre 2018

Deux histoires, deux métiers grandeurs nature

Léon. Après 46 ans de bons et loyaux services, le cordonnier du quartier prend sa retraite. Le vide qu’il va laisser s’annonce immense.

Guillaume. Le boulanger a un rêve : un nouveau commerce, une nouvelle aventure à vivre en famille.

 

Dans ce premier opus de la fresque documentaire d’Alain Cavalier, transpire un amour du travail manuel et de ces héros ordinaires dont le quotidien recèle des moments de grâce et dans lequel on s’immerge à la façon d’un Raymond Depardon. Avec Léon, on est touché par cette vie de labeur qui s’achève et par la découverte, à cette occasion, d’habitudes constituées au fil de longues décennies. Le spectateur ne peut que se projeter dans ce vieil homme qui revisite sa carrière à mesure qu’il effectue ses « dernières fois ». L’émotion est renforcée par la complicité du sujet et de son réalisateur qui ont sensiblement le même âge. Au contraire, dans la vie de Guillaume, tout recommence et le réalisateur se fait plus discret pour laisser toute la place à cette histoire de famille, la relation du père avec sa fille étant particulièrement tendre et drôle.

 

Tournés respectivement en 2006 et 2016, ces films sans fard et célébrant la beauté du geste fonctionnent à tel point que l’attachement est bien réel. La preuve : on ressort frustré de ne pas savoir ce que sont devenus Léon et Guillaume après respectivement 12 et 2 ans.

Par Simon Chevalier

"Le Grand Bain" de Gilles Lellouche

13 novembre 2018

Un film sympathique, positif, enthousiasmant…

Bertrand végète au chômage depuis longtemps, trop longtemps. Comme Marcus, vendeur de piscines, Simon, qui se rêve musicien mais travaille dans une cantine, Laurent ou Thierry, d’autres « cabossés de la vie », il retrouvera goût à la vie à la piscine municipale. Car tous font partie d’un groupe de natation… synchronisée.

 

Pour sa première réalisation en solo, Gilles Lellouche nous offre de formidables acteurs français dans de magnifiques rôles d’hommes en souffrance. Mais les femmes ne sont pas oubliées : Virginie Efira nous touche par sa détresse et sa fragilité tandis que Leïla Bekhti est hilarante en coach tyrannique. Un réalisateur qui est un acteur reconnu aurait pu se contenter de bien écrire ses personnages mais il signe une réalisation soignée et un scénario riche en surprises. Une œuvre maitrisée de bout en bout.

 

Au-delà de l’aspect comique, « Le Grand Bain » réussit à être un « film à enjeu » : petit à petit, le spectateur est emporté par le suspense et suit ses nouveaux amis au bout du monde pour un formidable défi…

Par Simon Chevalier

Biographie : Jamie Lee Curtis

30 octobre 2018

A l’occasion de la rétrospective John Carpenter, focus sur le parcours de son égérie, l’actrice Jamie Lee Curtis qui fête cette année ses 60 ans et ses 40 ans de carrière.

Fille des stars Tony Curtis et Janet Leigh, Jamie Lee décide très tôt de suivre la voie artistique de ses parents. En 1978, après quelques apparitions à la télévision, elle est remarquée par le réalisateur débutant John Carpenter qui lui confie le rôle principal dans ce qui deviendra un film culte et le plus rentable des longs-métrages indépendants : « Halloween ». Retrouvant le cinéaste dans « The Fog » deux ans plus tard, mais également sa mère avec qui elle partage l’affiche, elle est également fidèle à la franchise qui l’a révélée en tournant les deux premières suites de « Halloween ». Devenant une spécialiste du genre, elle est surnommée « The Scream Queen », la Reine du Hurlement.

 

Ayant peur de se voir réduite à ce titre, l’actrice décide après quelques années de se tourner vers la comédie où elle connaît un pareil succès au cœur des années 80 notamment avec Eddie Murphy dans « Un fauteuil pour deux » et Kevin Kline dans « Un poisson nommé Wanda ». En 1992, elle fait partie du jury du 45ème Festival de Cannes avant d’être choisie pour incarner la femme d’Arnold Schwarzenegger dans « True Lies » de James Cameron. Connaissant plusieurs échecs par la suite, elle accepte de retourner un « Halloween » 20 ans après et encore un en 2002.

 

Cette mère de deux enfants renoue avec le succès comique en prenant un coup de jeune dans « Freaky Friday » en 2003 avant de faire une pause pour se consacrer à sa famille. Depuis 15 ans, Jamie Lee Curtis n’a pas occupé la tête du box office et a donc de nouveau accepté de renouer avec l’éternel « Halloween » en tournant un sixième film.

Par Simon Chevalier

« Amin » de Philippe Faucon

23 octobre 2018

Philippe Faucon revient au cinéma après le triomphe de « Fatima ».

Amin a dû quitter le Sénégal pour venir travailler en France, laissant derrière lui femme et enfants. Il rencontre Gabrielle chez qui il fait des travaux et entame une relation avec elle…

En 2016, les Césars consacrent « Fatima » comme le meilleur film de l’année précédente. Depuis, son réalisateur Philippe Faucon a signé un court-métrage et la formidable série « Fiertés » sur Arte. Pour son retour sur le grand écran, il poursuit son exploration naturaliste et humaniste du monde des déracinés. Emmanuelle Devos se glisse admirablement dans l’univers du cinéaste et lui offre sa beauté sans fards dans cette histoire d’amour délicate et qui échappe à tout jugement.

 

Ce portrait d’un homme partagé entre 2 pays, 2 femmes, 2 vies fut présenté à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise et saura séduire les fidèles de Philippe Faucon qui apprécieront particulièrement le clin d’œil que constitue la présence dans un petit rôle symbolique de Sonia Zeroual, inoubliable « Fatima ».

Par Simon Chevalier

Critique « Un Peuple et son Roi »

16 octobre 2018

La Révolution Française vue sous un nouveau jour

 

1789. Le peuple français a un Roi, Louis XVI. Mais, en moins de 4 ans, le divorce est consommé entre le souverain et les Français. Comment en est-on arrivé à trancher la tête d’un monarque de droit divin ?

Cette fresque ambitieuse ne retrace pas la totalité de la Révolution Française – un seul film n’y suffirait pas – mais se concentre sur quelques dates clés, la première d’entre elles étant évidemment le 14 Juillet et la Prise de la Bastille. Cette scène forte en symboles et à la limite du contemplatif donne le ton d’un film très esthétique et tout aussi politique. Les débats au sein de l’Assemblée sont riches d’authenticité car reprenant les véritables discours des députés d’alors. Il est notamment passionnant d’assister au vote qui aboutira à l’exécution du Roi. Celle-ci, funeste et historique, est parfaitement retranscrite constituant le sommet de la réussite de l’œuvre : Figurants, décors, tout est à la hauteur – ce qui n’est pas toujours le cas malheureusement comme pour la reconstitution de la tuerie du Champ de Mars qui semble avoir été tournée à minima. On apprécie également que la barbarie de l’acte ne soit pas censurée. L’émotion est tellement forte qu’on voudrait que cela s’arrête là. Mais, pour que la vie continue, l’ultime scène représente l’espoir en l’avenir.

Rempli de stars hexagonales et présenté à la Mostra de Venise, « Un Peuple et son Roi » traite de ce qui constitue notre Nation, une œuvre pour l’Histoire.

Par Simon Chevalier

Interview : Géraldine Martineau

9 octobre 2018

Cette semaine, découvrez la comédienne Géraldine Martineau. Celle qui a tourné sous la direction de Jean-Michel Ribes ou encore Valérie Lemercier est à l’affiche de son 11ème film : « Le Poulain » de Mathieu Sapin aux côtés d’Alexandra Lamy et de Finnegan Oldfield.

Comment vous est venue l'envie d'être comédienne ?

J'ai découvert le théâtre enfant en m'inscrivant à l'atelier théâtre de la compagnie La Tribouille à Nantes. C'était un moment précieux d'expression et de liberté. Une fois que j'ai rencontré la scène,  je n'ai plus voulu la quitter. À côté du théâtre, j'allais trois fois par semaine au cinéma, à l'Apollo, un cinéma à 10 francs. À 8 ans, j'allais aux cycles Godard, Truffaut, Lynch, Coppola... Je me suis construite à travers les oeuvres de ces grands cinéastes...

 

Quels sont vos meilleur et pire souvenir dans ce métier ?

Mes meilleurs moments de ce métier, c'est quand l'exigence et la joie se mêlent. Quand ce n'est pas l'un ou l'autre... Les pires, c'est quand je fais trop de choses en même temps et que je me sens dépassée...

 

Vous êtes à l'affiche du "Poulain". Que pouvez-vous nous dire de cette oeuvre pour inciter nos spectateurs à la découvrir ?

« Le Poulain » est une comédie sur le monde de la politique. Mathieu Sapin est Dessinateur de Bande Dessinée et avait, entre autres, créé l’album « Le Château ». C'est un film très fin sur la manipulation, les faiblesses humaines, les revirements de situation servi par un casting d'exception : Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen, Valérie Karsenti, Philippe Katherine, Brigitte Roüan... J'y interprète Géraldine, une journaliste qui suit la compagne et qui n'échappe pas totalement aux rapports de pouvoir et de séduction...

 

Pour finir, quel est votre prochain projet ?

Je vais mettre en scène mon adaptation de « La Petite Sirène » d'après Andersen. Ce sera au Studio de la Comédie-Française associé au Festival d'automne à partir du 15 novembre avec Adeline d'Hermy, Danièle Lebrun, Julien Frison, Jérôme Pouly et Claire de la Rüe du Can.

Par Simon Chevalier

« Shéhérazade » de Jean-Bernard Marlin

1er octobre 2018

Un destin touchant, de la prison à la réinsertion

A peine sorti de détention, Zachary, 17 ans, retrouve ses vieux démons : les amitiés toxiques, la tentation de l’argent facile… Et surtout une famille qui ne lui apporte aucun soutien. Sa rencontre avec Shéhérazade, une jeune prostituée, va lui faire connaître l’amour dont il manque tant mais à quel prix ?

 

Si, de prime abord, on a l’impression de voir un énième film sur la jeunesse délinquante, on se rend vite compte que cette œuvre est différente. Jean-Bernard Marlin signe avec son premier long-métrage l’aboutissement d’un travail entamé avec ses deux courts-métrages « La peau dure » et « La fugue ». Des fictions en forme de documentaires plongeant dans les arcanes du monde judiciaire tout en ne négligeant aucunement l’esthétique des images. A noter également la bonne idée d’associer la modernité du scénario à des morceaux de musique classique. Enfin, le naturel de Dylan Robert et Kenza Fortas, acteurs non-professionnels qui apportent une énergie incroyable à leurs personnages, est pour beaucoup dans la réussite du Meilleur Film Francophone sacré au Festival d’Angoulême 2018.

 

On gardera de « Shéhérazade » le souvenir d’une émotion. L’émotion d’avoir vu grandir le héros tout au long des 112 minutes de la projection et d’avoir assisté à la naissance d’un metteur en scène couronné par le prix Jean Vigo.

Par Simon Chevalier

« Sofia » de Meryem Benm’Barek

25 septembre 2018

D’un excellent scénario, naît un grand film.

Sofia vit à Casablanca avec ses parents. Lors d’un déjeuner de famille, cette jeune femme ressent les premières contractions qui signent la fin d’un déni de grossesse. Epaulée par sa cousine Lena, elle entre alors automatiquement dans l’illégalité en accouchant sans être mariée.

 

Avec son premier long-métrage, Meryem Benm’Barek nous emmène au cœur d’une des réalités les moins reluisantes du Maroc : l’interdiction des relations sexuelles hors mariage et donc la situation inextricable quand un enfant naît de ces unions. Suivant l’héroïne au plus près, le spectateur ne peut que compatir au malheur de Sofia dont la vie bascule du jour au lendemain. Néanmoins, on peut regretter le mutisme de cette dernière qui est particulièrement marqué, surtout en comparaison avec le personnage de Lena – admirablement interprété par Sarah Perles – qui se démène pour trouver des solutions, parfois sans réelle reconnaissance.

 

Récompensé par 2 Prix du Scénario - Section Un Certain Regard à Cannes et Festival d’Angoulême -, ce film de femmes sur la société marocaine n’en oublie pas le suspense : difficile en effet de deviner l’identité du père de l’enfant avant la fin…

Par Simon Chevalier

« Sauvage » de Camille Vidal-Naquet

18 septembre 2018

La révélation intense d’un acteur

Léo est un prostitué pas comme les autres. Dans l’univers sombre des relations tarifées, il recherche plus la tendresse et l’abandon dans des bras masculins que l’argent. Victime d’un amour non partagé pour un de ses « confrères » et adepte des drogues dures, il s’enfonce dans l’autodestruction…

 

Sauvage est avant tout le film d’un homme, son interprète principal, Félix Maritaud – la Semaine de la Critique cannoise et le Festival du Film Francophone d’Angoulême ne s’y sont pas trompés en lui décernant des Prix d’Interprétation. Entre Marlon Brando et James Dean, il irradie tous les plans dans son premier rôle principal – il incarnait un personnage secondaire dans  « 120 battements par minute » de Robin Campillo l’année dernière. Réussissant à retranscrire toutes les nuances de son personnage complexe en mêlant à son physique viril une vulnérabilité et un besoin vital d’amour, il déborde également de bienveillance faisant de Léo une sorte de « Jésus chez les putes ». Bien sûr, il peut compter sur la mise en scène de Camille Vidal-Naquet qui est au service d’un tel héros le magnifiant dans ses errances nocturnes.

 

S’il est interdit aux moins de 16 ans du fait de sa crudité, ce long-métrage est à ne pas rater pour témoigner de la naissance d’un talentueux interprète et de s’interroger : « Un homme sauvage peut-il être domestiqué? » Le magnifique plan de fin devrait vous aider à trouver la réponse.

Par Simon Chevalier

« Guy » d’Alex Lutz

18 septembre 2018

Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz crée une star de toutes pièces.

C’est le grand retour de Guy Jamet, le célèbre chanteur des seventies! A cette occasion, il accepte d’être suivi par un réalisateur pour un documentaire. Mais ce qu’il ignore, c’est que ce jeune homme est son fils.

 

S’il est un exploit à mettre au crédit de ce ce film, c’est de nous persuader de l’existence de Guy Jamet. En sortant de la salle, on est ravi d’avoir retrouvé une ancienne idole, une star qu’on a toujours connue, l’équivalent d’un Claude François – que Guy déteste copieusement – ou d’un Michel Sardou. Point culminant de cette nostalgie étonnante pour un personnage imaginaire et une époque que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, les scènes avec Dani, l’amour de jeunesse, transmettent une formidable émotion au son d’un tube déjà mythique : Dadidou. Si on y croit, c’est avant tout grâce au travail d’interprétation incroyable d’Alex Lutz. Car c’est bien le réalisateur qui se cache derrière les rides et la chevelure argentée de l’artiste de variétés. Tout en pudeur et en sensibilité, il nous expose son amour pour son personnage, non exempt de défauts mais attachant à en pleurer. L’intrigue familiale passerait presque donc au second plan s’il n’y avait la bonne idée du documentaire, le vecteur du film étant uniquement la petite caméra qui capte moments intimes et artistiques mais également des entretiens en face à face. La meilleure façon de (re)découvrir Guy Jamet et pour que celui-ci marque les coeurs de ses spectateurs.

 

Une fois de plus, Alex Lutz fait confiance au « talent de ses amis » pour l’accompagner dans cette aventure hors normes à savoir Tom Dingler et Bruno Sanches dont il fait ses fils. Spécialiste de la transformation physique depuis qu’il incarne une certaine Catherine à la télévision, on pourrait se dire qu’il reste dans sa zone de confort mais au delà du procédé, que retient-on? Le tendre regard autant que la crédibilité recréée avec force émotions à la clé.

 

Par Simon Chevalier

« Under The Silver Lake » de D.R. Mitchell

4 septembre 2018

Un thriller californien paranoïaque

Jeune habitant de Los Angeles, Sam vient tout juste de tomber sous le charme de sa jolie voisine Sarah que celle-ci disparaît. En partant à sa recherche, il plonge dans une Cité des Anges sombre et pleine de mystères…

 

David Robert Mitchell dynamite la culture pop américaine dans un polar dans la droite ligne de David Lynch. Dans ce labyrinthe ponctué de références, notamment à Marylin Monroe et au propre film du réalisateur « It follows », on suit Andrew Garfield, excellent en jeune désoeuvré à la fois complètement largué mais déterminé à poursuivre son but. Et mention spéciale pour les nombreux rôles d’animaux (chouette, perroquet, chien…).

 

S’il ne fut pas primé au 71ème Festival de Cannes, « Under the silver lake » y avait toute sa place en représentant d’un renouveau du cinéma américain.

 

Par Simon Chevalier

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