Le point de vue de l'association

Portraits croisés : Robert Guédiguian - Jean-Pierre Darroussin

10 décembre 2019

Réalisateur fidèle, Robert Guédiguian a su construire une véritable famille de cinéma dont l’acteur Jean-Pierre Darroussin est un membre éminent. Mais saviez-vous que ces deux-là sont nés à 1 journée d’intervalle ? Petits portraits croisés à l’occasion de leur 17ème film en commun…

Né le 3 Décembre 1953 à Marseille, ville qu’il ne cesse de mettre en scène, Robert Guédiguian est fils d’ouvrier électricien d’origine arménienne. Le lendemain, à Courbevoie, vient au monde Jean-Pierre Darroussin, également fils d’ouvrier. Tous deux grandissent à près de 800 km de distance mais dans les mêmes idéaux communistes : le futur cinéaste vendra l’Humanité quand le futur comédien fondera une coopérative militante.

C’est Ariane Ascaride qui sera le lien entre les deux artistes. Elle rencontre Robert Guédiguian dans les années 1970 à la fac d’Aix-en-Provence et l’épouse. Ce dernier ne se voit pas encore dans le cinéma et s’imagine plutôt intellectuel. La jeune femme monte ensuite à Paris et intègre le Conservatoire d’Art Dramatique où elle fait la connaissance d’un Jean-Pierre Darroussin qui a découvert le théâtre au lycée. Ils débutent tous les deux sur grand écran quelques années plus tard en même temps que leur futur metteur en scène perd ses idéaux politiques et se lance à son tour dans le 7ème art.

Mais ce n’est qu’en 1985 que Robert Guédiguian fait tourner pour la première fois Jean-Pierre Darroussin dans « Ki Lo Sa ? ». Durant les 34 années suivantes, ils feront 17 films ensemble sur les 21 qui composent la filmographie du réalisateur avec, comme point d’orgue, « Marius et Jeannette », gros succès de l’année 1997 avec plus de 2,5 Millions de spectateurs. Leur dernière collaboration, « Gloria Mundi » est une fois de plus baignée d’humanité et peuplée de personnages plus attachants les uns que les autres.

Quand Jean-Pierre Darroussin évoque son histoire de cinéma avec Robert Guédiguian, il dit qu’ils sont sur la même longueur d’ondes, qu’ils se font confiance et se comprennent très vite : Rien d’étonnant quand on connaît leurs parcours qui font d’eux des « Jumeaux du 7ème art ».

Par Simon Chevalier

Critique : « Chanson douce »

3 décembre 2019

Un rôle exceptionnel de « Super Nanny » pour Karin Viard

 

Jeune couple parisien venant d’avoir leur deuxième enfant, Myriam et Paul se mettent à la recherche d’une nourrice afin de seconder la jeune mère de famille et lui permettre de retrouver une activité professionnelle. Ils trouvent la perle rare en la personne de Louise : expérimentée, dévouée, adorée par les petits, elle semble parfaite. Mais petit à petit, un malaise s’installe…

Adaptation du roman éponyme de Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016, ce thriller est diaboliquement efficace. Le scénario, écrit par la réalisatrice Lucie Borleteau mais également par Jérémie Elkaïm et Maïwenn, joue sur la grande intimité qu’ouvre nombre de parents à des nourrices qui ne sont, finalement, que des inconnues. Dans un univers propre et sain, est introduit une femme qui semble convenir parfaitement à ce milieu : impeccablement coiffée, habillée d’un uniforme qui la sacralise, elle apporte un cadre aussi bien aux enfants qu’aux adultes qui l’emploient. Mais si elle n’était pas ce qu’elle semble être ? Ne dit-on pas qu’il faut se méfier des apparences ? Pour autant, au fur et à mesure que le spectateur découvre la face sombre de ce personnage, il lui trouve des excuses, des circonstances atténuantes, comme si il n’osait croire que, lui aussi, s’est fait berner par une allure impeccable. En cela, le choix de Karin Viard pour interpréter le rôle de Louise est une excellente idée. Comme dans « Jalouse » de David et Stéphane Foenkinos, elle met toute la sympathie qu’elle inspire dans le cinéma français pour contrebalancer la négativité du rôle et cela fonctionne admirablement. Une performance qui marquera sa carrière.

 

Pour son deuxième long-métrage, Lucie Borleteau n’a pas choisi la facilité mais impressionne par sa maîtrise à faire monter la pression. Elle fait planer sur son film une ambiance qui en fait sans doute l’un des plus malsains de l’année.

Par Simon Chevalier

Biographie : Lucie Borleteau

26 novembre 2019

Alors que son deuxième long-métrage sort en sortie nationale dès ce Mercredi au Cinéma François Truffaut, retour sur la carrière de Lucie Borleteau qui nous avait rendu une petite visite en 2016.

Après ses études à Nantes puis Paris, la jeune Lucie Borleteau s’essaye à plusieurs métiers comme scénariste, assistante réalisateur mais également comédienne – elle tournera notamment pour Bertrand Bonello dans « L’Apollonide, souvenirs de la maison close » et Tonie Marshall dans « Numéro Une ». Mais c’est la réalisation qui l’attire particulièrement et après 3 courts et moyen métrages, elle réalise son premier long en 2014.

« Fidelio, l’odyssée d’Alice » marque le cinéma français cette année-là avec un portrait de femme sans concessions. Nommé au César du Meilleur Premier Film, il est également présent au Festival Cinessonne où il est accompagné par la cinéaste et son interprète principale, Ariane Labed.

La réalisatrice est de retour dans l’Essonne et plus particulièrement au Cinéma François Truffaut 2 ans plus tard. Dans le cadre de « Portrait de Jeunesse(s) » toujours organisé par Cinessonne, elle vient présenter la série « Cannabis » qu’elle a réalisé pour Arte aux cotés d’une de ses consoeurs, la réalisatrice de « Crache cœur » Julia Kowalski.

 

Aujourd’hui, elle est encore en vedette dans notre cinéma avec son adaptation très attendue du Prix Goncourt 2016 « Chanson Douce ». Celle qui se dit maniaque avec ses acteurs concernant la fidélité au scénario a réuni Karin Viard, Leïla Bekhti et l’acteur que tout le cinéma français s’arrache en ce moment, Antoine Reinartz.

 

Avec ce nouveau film, l’histoire du cinéma François Truffaut croise une nouvelle fois la carrière d’une talentueuse réalisatrice dont nous espérons qu’elle viendra présenter sa prochaine œuvre dans nos salles…

Par Simon Chevalier

Critique : « Le Traître »

19 novembre 2019

Le nouveau film de Marco Bellocchio aborde d'une façon originale le monde de la mafia sicilienne. On voyage entre l'Italie et le Brésil en suivant l'histoire vraie de celui qui va devenir le traître en collaborant avec la justice. Mais est-ce vraiment lui le traître?

 

Avec quelques pointes d'humour et un procès aux allures de zoo, la réponse reste, en quelque sorte, subjective...

 

Ce film est magistralement mis en scène, les acteurs sont charismatiques et lorsque l'on sort de la séance, on se pose beaucoup de questions.

 

Ce biopic est passionnant. À découvrir !

Par Sandrine Monteiro

Interview : Edith Bouvier

19 novembre 2019

Ce Vendredi, Edith Bouvier, journaliste et reporter de guerre, viendra à la rencontre des spectateurs à l’occasion de la projection de « Pour Sama » de Waad al-Kateab et Edward Watts.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et des circonstances dans lesquelles vous avez rencontré l’équipe du film ?

 

Cela fait plusieurs années que je couvre des conflits et je me suis spécialisée dans le Moyen-Orient. J’aime dire que je suis tombée en amour de la Syrie. Même si je ne peux plus y aller depuis Juillet, j’y ai rencontré tant de gens attachés aux droits de l’homme, à la démocratie, ces valeurs qu’on oublie trop dans notre société mais qui sont pourtant capitales, que j’en ai été durablement marquée.

 

C’est à l’été 2015 que j’ai rencontré l’équipe de « Pour Sama » à l’hôpital d’Alep alors que je faisais un reportage sur de jeunes humoristes pour « Le Monde ». Par la suite, nous ne sommes pas restés en contact car en situation de guerre, on évite de s’attacher : tant de gens disparaissent ! Mais j’ai été ravie que la production me contacte pour accompagner le film en salle lors de projections spéciales. De façon différente, je trouve qu’il répond aux mêmes principes que mes articles : il montre les gens et les réalités humaines que les journaux télévisés masquent trop souvent derrière des chiffres.

 

Quels sont les autres raisons pour ne pas manquer ce film ?

 

C’est un film qui expose admirablement la mécanique implacable mise en place par le régime pour venir à bout de l’opposition non seulement à Alep mais aussi dans nombre d’autres villes. C’est une œuvre dure, surtout en ce qui concerne les enfants, mais pas si éprouvante et on en ressort avec autant de tristesse que de sourires. Enfin, il faut absolument continuer de parler du peuple syrien car le pire sera toujours l’oubli !

Par Simon Chevalier

Biographie : Bernardo Bertolucci

13 novembre 2019

Décédé il y a près d’un an, le réalisateur italien a construit une carrière entre honneurs et scandale.

 

Fils d’Attilio Bertolucci, l’un des plus grands poètes italiens du XXème siècle, le jeune Bernardo s’essaie à la littérature dès l’adolescence. Il se lance dans le cinéma en assistant Pier Paolo Pasolini et réalise son premier long-métrage à 21 ans : « Les Recrues » est un polar qui regroupe des acteurs non-professionnels.

Mais c’est avec son deuxième film qu’il se fait remarquer. « Prima della rivoluzione », sorti en 1964, annonce déjà les contestations qui secoueront  l’Europe 4 ans plus tard. L’année 1968 qui marque également la carrière du cinéaste avec sa participation à l’écriture du classique « Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone. C’est notamment lui qui proposera de faire du personnage féminin le centre de l’histoire.

En 1972, le 7ème long-métrage du réalisateur crée un véritable scandale. « Le dernier tango à Paris », né d’un fantasme, montre une sexualité crue entre Marlon Brando et Maria Schneider. Interdit dans de nombreux pays, classé X en France, il vaut à son metteur en scène et à ses deux acteurs principaux des peines de prison avec sursis en Italie. Malgré – ou grâce à – la polémique, le film est un gros succès et ne remet pas en cause la carrière de Bernardo Bertolucci. Il obtient un budget énorme de 6 millions de dollars pour son projet suivant, un film d’époque tout aussi subversif et réunissant Gérard Depardieu et Robert de Niro : « 1900 ».

Le cinéaste débute les années 80 en passant par Cannes. Son acteur de « La tragédie d’un homme ridicule », Ugo Tognazzi, reçoit le Prix d’Interprétation 1981. Mais c’est en 1987 que sort son chef d’œuvre. Monumentale fresque, « Le dernier empereur » impressionne avec ses 19000 figurants, 9000 costumes et 300 techniciens. Il triomphera aux Oscars avec 9 trophées dont ceux du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur. Dans la foulée, sortiront « Un Thé au Sahara » et « Little Buddha » qui formeront une trilogie centrée sur la spiritualité orientale.

Si sa filmographie s’enrichit de 5 films jusqu’en 2012, le cinéaste ne connaîtra plus ni le succès ni le scandale d’autrefois. Président du jury au Festival de Cannes en 1990, il recevra une Palme d’Or d’honneur en 2011.

 

Ayant marqué le 7ème art des années 70 et 80, pour le meilleur et pour le pire, Bernardo Bertolucci restera l’un des grands noms du cinéma italien de la grande époque.

Par Simon Chevalier

Critique : "Maléfique, Le pouvoir du Mal"

5 novembre 2019

Un formidable duel entre Angelina Jolie et Michelle Pfeiffer.

Alors qu’elle est devenue Reine de la Lande, la jeune Aurore se voit demander en mariage par le prince Philippe. Cela n’est pas sans déplaire à Maléfique mais également à la mère du jeune homme, la reine Ingrith, aussi majestueuse que mystérieuse…

 

Ce second volet des aventures de la sorcière créée par Walt Disney, 5 ans après le premier opus, vaut surtout pour le magnifique affrontement entre deux femmes fortes : Angelina Jolie, qui continue de porter ce personnage qui lui a valu le plus grand succès de sa carrière avec 757 millions de dollars de recettes pour le film initial et Michelle Pfeiffer. Cette dernière est bluffante en reine haineuse, superbement costumée et arborant d’imposants bijoux : un magnifique rôle pour celle qui avait quelque peu disparu de nos écrans.

 

Si les plus jeunes spectateurs s’amuseront des personnages fantastiques de la lande et les demoiselles se pâmeront devant la romantique histoire d’amour, les adultes ne sont pas oubliés par les Studios Disney : entre les révélations sur les origines de Maléfique et l’impitoyable « guerre de belles-mères », aucun ne devrait bouder son plaisir devant ce conté de fées d’un nouveau genre.

Par Simon Chevalier

Critique : "Edith, en chemin vers son rêve"

29 octobre 2019

Un petit film bourré de charme et magnifiant la nature écossaise

Devenue veuve, Edith ne se sent pas prête à terminer sa vie en maison de retraite. D’autant plus qu’il lui reste un rêve à accomplir : escalader le Mont Suilven dans les Highlands écossais. L’aventure d’une vie qui sera aussi le cadre d’une amitié improbable…

Simon Hunter signe un long-métrage délicat qui peut compter sur le talent de son actrice principale, Sheila Hancock qui, à 86 ans, compte près de 60 ans de carrière. Elle livre ici une prestation remarquable et le duo qu’elle forme avec le jeune Kevin Guthrie nous séduit par sa fraîcheur. Aussi drôle que tendre, l’alliance de l’octogénaire et du petit jeune fonctionne admirablement, qui plus est dans les somptueux paysages écossais. Une œuvre pour s’évader et faire le plein de bonnes ondes.

 

Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves : Voici ce dont chaque spectateur sera convaincu en sortant de la projection. Un bel espoir cinématographique !

Par Simon Chevalier

Critique : « Le Dindon »

22 octobre 2019

Jalil Lespert adapte un classique du théâtre de boulevard.

Un homme suit Madame Vatelin ! Peu rassurée, celle-ci se presse de rentrer chez elle mais l’inconnu force sa porte. Quelle surprise pour la jeune femme de découvrir, en appelant son mari au secours, que celui-ci est un très bon ami de son harceleur, Monsieur de Pontagnac…

5 ans après le succès de « Yves Saint Laurent », Jalil Lespert signe de nouveau un film très esthétique dans lequel les années 60 sont fidèlement recréées : Les costumes et surtout les décors en mettent plein les yeux ! Le scénario est coécrit par Guillaume Gallienne qui incarnait Pierre Bergé dans le biopic du célèbre couturier. Au casting, le même Guillaume Gallienne mais également le « couple » Dany Boon – Alice Pol dont c’est le troisième film ensemble, Laure Calamy, Ahmed Sylla et même l’octogénaire Henri Guybet dont la fantaisie n’a rien à envier à ses jeunes partenaires.

 

« Tout le monde peut se tromper » peut-on lire sur l’affiche de cette comédie : tromperies, quiproquos et autres faux-semblants se succèdent effectivement pendant 85 minutes, l’occasion de voir cabotiner un bel échantillon d’acteurs français.

Par Simon Chevalier

Critique : « Alice et le Maire »

15 octobre 2019

Une œuvre possédant 2 niveaux de lecture et qui devrait donc plaire au plus grand nombre.

Alice Heimann, jeune fille tout droit sortie d’études de lettres à Oxford et Paul Théraneau, maire de Lyon en plein « burn-out ». Portés par une fascination réciproque, ces 2 personnages vont s’aider dans une période charnière de leurs vies : le passage délicat entre l’université et la vie réelle pour la première, la tentation d’un destin national pour le second…

 

Après « Le grand jeu » sorti il y a 4 ans, Nicolas Pariser réalise un deuxième long-métrage empreint de philosophie politique. Ce qu’il aime, c’est créer des débats d’idées dans les répliques de ses personnages : A quoi sert un élu ? Quel est l’état de la gauche aujourd’hui ? Pourquoi le socialisme ? Si certains spectateurs ont peur d’être perdus dans ces réflexions, qu’ils se rassurent : ils prendront beaucoup de plaisir à admirer la magnifique galerie de personnages qui compose ce film. Dans les pas d’Alice, ils pousseront la porte d’une municipalité et découvriront son fonctionnement, ses courtisans et les rivalités qui s’y exercent entre 2 réunions absconses sur des projets absurdes. Une « ville des élus » très éloignée de la vie réelle et de l’efficacité que l’on peut attendre de pouvoirs publics.

 

Porté par d’excellents acteurs – outre Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier, impossible de ne pas citer Léonie Simaga, Nora Hamzawi et Antoine Reinartz -, « Alice et le maire » est un film sur la politique aussi réfléchi que léger. Une rareté dans le cinéma français.

Par Simon Chevalier

Le 1er Ciné-gourmand : une belle réussite !

15 octobre 2019