Le point de vue de l'association

Critique : "Amadeus" (1984) de Milos Forman

4 juin 2020

"Amadeus", film de Miloš Forman, aurait pu s'appeler "Wolfgang" ou "Mozart", mais son titre porte déjà une forte signification. Amadeus, signifie en latin, "aimé de Dieu" ou "qui aime Dieu". Cela ouvre sur une ambiguïté du rapport entre le compositeur italien Salieri et Mozart. Le premier: religieux, prude, chaste, face au second: fantaisiste, audacieux, spontané. Tout semble les opposer.


Le film n'est pas une biographie, on pourrait dire que c'est une fiction, mais il est plus intéressant d'y voir la folie et le point de vue de Salieri, affirmant à la fin de sa vie, qu'il est responsable de la mort de Mozart.
Il est en complète adoration et à la fois jaloux, en découvrant ses œuvres. On pourrait dire qu'il est celui qui aime son Dieu, en reconnaissant une étincelle divine dans la musique de Mozart.
Amadeus est lui, admiré, sans le savoir, par Salieri, qui va le manipuler jusqu'à le mener vers sa mort. Les compositions de Mozart, ses opéras, deviennent un déroulé de sa courte vie. "Les Noces de Figaro", "Don Juan", "La Flûte enchantée", "Requiem"... Toutes ces scènes semblent dessiner le chemin de croix de Mozart, Salieri en étant le Dieu diabolique, orchestrant ce chemin dévalorisé pour les autres, alors que lui, sait, voit, admire, garde en lui, l'énorme talent de Wolfgang telle une obsession. Amadeus est alors celui aimé de Dieu... en quelque sorte.


En découvrant ce film, j'ai été stupéfaite d'apprendre qu'il datait de 1984. Il est intemporel, la réalisation est sublime. Il est tiré d'une pièce de Peter Shaffer qui est également le scénariste d'Amadeus. Il a reçu 40 récompenses, dont l'Oscar du meilleur film. Une très belle œuvre à découvrir ou à revoir.

Par Sandrine Monteiro

Clint Eastwood, une légende vivante (partie 1)

2 juin 2020

Clint Eastwood, dernier représentant de l’âge d’or d’Hollywood, a connu une carrière qui aurait pu ne jamais voir le jour.

 

Né à San Francisco en 1930, Clint (dont le vrai prénom est Clinton Jr) se fait déjà remarquer à sa naissance comme étant le plus gros bébé de la maternité (5,2kgs). Très aimé par ses parents, il rendra souvent hommage à l’histoire de sa famille dans ses films.

Il passe son enfance à Piémont, dans le comté d’Oakland. Quand son père y perd son emploi (durant la grande dépression le chômage avait atteint un taux de 28% en Californie),  ses parents décident de partir sur les routes pour trouver du travail. La jeunesse de Clinton est marquée par de nombreux déménagements. Son père cherchant du travail aux 4 coins de la Californie, ils habitaient là où il en trouvait. Puis, après 6 ans d’itinérance,  ils finissent par revenir dans leur ville d’origine.

 

Le jeune Clint n’est pas un étudiant émérite et il change souvent d’école. A 15 ans, il entre à l’école secondaire et, indifférent à l’éducation, doit suivre des cours de rattrapage pour passer en 2ème année. Il entre alors dans sa période rebelle.

Sa jeunesse est plutôt solitaire, et durant cette période,  il découvre le Jazz grâce à sa mère qui collectionne les disques, et il va se découvrir une véritable passion pour cette musique ; il va même apprendre à jouer de la clarinette puis du piano.

 

En 1948, ses parents déménagent à Seattle, et Clint reste à Piémont pour terminer son semestre, hébergé par un ami. Il obtient son bac américain malgré une scolarité chaotique et rejoindra ses parents à Seattle à l’été 1949.

 

Il enchaine d’abord différents petits boulots puis décide de poursuivre des études supérieures de musique tout en suivant en parallèle une formation à la Croix-Rouge où il obtient un diplôme de maitre nageur.

En 1950, appelé à faire la guerre de Corée, il demande un délai qui lui fut refusé.

Il arrive donc à Ford Ord au centre des appelés, mais grâce à son diplôme de maitre nageur, il ne part pas sur le front et devient professeur de natation au camp.

Ford Ord est comme une véritable ville, avec ses commerces, ses magasins et ses cinémas.

Universal Pictures, y diffuse ses nouveaux films souvent avant leurs sorties nationales. Clint Eastwood passe donc ses 2 années de service entre ses cours de natation et le cinéma.

 

C’est assez tardivement qu’il fait ses 1ers essais aux Studios Universal.

Il y a plusieurs versions sur son entrée aux studios, mais la théorie la plus retenue est celle où il aurait été remarqué dans la rue par un assistant –réalisateur, alors qu’Universal tournait un film à Ford Ord.

Présenté au réalisateur, celui-ci,  impressionné par son physique et par sa grande taille, lui demanda de venir le voir à Hollywood à la fin de son service militaire.

 

Mais Clint préfère reprendre ses études au Los Angeles City collège, meilleur établissement pour apprendre la comédie, bien qu’il s’y inscrive pour une formation commerciale.

Il n’ira pas au bout de son année c’est alors qu’il se présente aux studios Universal en 1954, où il obtient de tous petits rôles, pour finalement se fait engager en 1959, dans une série western « Rawhide », grâce à son physique impressionnant.

Rawhide fait partie des nombreuses séries westerns de l’époque sans aucune originalité.  Mis en arrière-plan dans les 1ers épisodes, l’acteur devient rapidement la star incontournable de la série. Durant le tournage, tout le monde remarqua qu’il avait déjà cette capacité à observer le travail du réalisateur, mais aussi celui du chef opérateur, de l’éclairagiste… Sans en avoir encore vraiment conscience, il se donnait déjà les moyens d’évoluer.

 

Mais il est très rapidement blasé de ce personnage unilatéral sans amplitude psychologique. Remarqué par un réalisateur italien, Sergio Leone, et voulant casser son image de « plus beau cow-boy du monde », il accepte de se rendre en Europe pour tourner en Espagne  la trilogie du dollar : « Pour une poignée de dollars », « Et pour quelques dollars de plus », et « Le bon, la brute et le truand », des rôles grâce auxquels il deviendra le plus iconique des héros de western.

 

Tourner dans un western très novateur et beaucoup plus moderne qu’aux États-Unis lui plaisait beaucoup.

Il fut impressionné par ce réalisateur italien qui n’avait que faire des codes qui régissaient les productions américaines de l’époque, très balisées et essentiellement faites pour le petit écran.

(Par exemple, faire apparaître dans un même plan un homme tenant l’arme du crime à gauche de l’image, face à sa victime qui se tient sur la droite de la même image était interdit aux US).

Mais Sergio Leone passait outre ces interdictions, et disait que « cela ne l’intéressait pas et qu’ils n’étaient pas en Amérique »…

Cette trilogie changea tout dans l’univers du western.

 

C’est Leone qui apprit à Clint Eastwood comment perfectionner sa manière de jouer, et il sut très vite mettre l’acteur en valeur.

Mais celui-ci apporta aussi son style pendant le tournage : Les différents acteurs du film parlant plusieurs langues et ne comprenant pas toujours celui qui lui donnait la réplique, Clint ne voulait pas parler pendant le film.

Il demanda alors à S. Leone de tourner des scènes sans dialogues, qui, accompagnées par la musique d’Ennio Morricone, lui permirent de créer cette personnalité charismatique qui fit de lui une icône.

 

C’est en regardant  Sergio Leone tourner que Clint Eastwood va comprendre vraiment comment devenir réalisateur. Elève studieux, et devenu célèbre à la fin du tournage de la trilogie, il n’a qu’une idée en tête : mettre à profit son expérience et s’émanciper.

Il décide alors de revenir aux États-Unis en 1966.

Après avoir tourné « Un shérif à New-York », ce fut sa rencontre avec Don Siegel, son 2ème père spirituel, qui fit la véritable transition entre l’acteur et le réalisateur…

 

Je terminerai aujourd’hui sur ce premier volet de sa carrière, et je vous propose de vous retrouver la semaine prochaine dans la Gazette, pour vous raconter la suite pleine de paradoxes de la vie de cet homme devenu une légende vivante.

Par Michèle Kerbouc'h

Critique : « Une chambre en ville » (1982) de Jacques Demy

2 juin 2020

Un film peu connu où Jacques Demy conserve ses fondamentaux tout en assombrissant son propos.

Nantes, 1955. Les métallurgistes sont en grève et multiplient piquets et affrontements musclés avec les CRS. Parmi eux, François Guilbaud loue une chambre chez la veuve d’un colonel et sort avec la charmante Violette. Mais, quand il rencontre par hasard la fille de sa logeuse, Edith, il est emporté par une passion aussi incontrôlable que destructrice.

Jacques Demy avait une spécialité : « le film chanté ». Il reste dans la mémoire collective comme celui qui, des  « Parapluies de Cherbourg » aux « Demoiselles de Rochefort » en passant par « Peau d’Ane » a su marier à merveille les 4ème et 7ème art (la musique et le cinéma). Avec « Une chambre en ville », il garde cette spécificité, puisque le film est entièrement chanté, tout en abandonnant l’univers coloré et joyeux de ces précédentes œuvres. En plongeant son histoire d’amour au milieu de mouvements sociaux, il lui confère un réalisme représentatif des années 1980 (même si l’action se déroule en 1955) comme si ses personnages, tout en gardant leur jeunesse, avait mûri depuis les insouciantes années 1960. Le réalisateur est également à l’image de son époque dans l’utilisation de la nudité et d’un langage peu châtié qu’on ne lui connaissait pas jusqu’alors. Enfin, le casting est à la hauteur de cette œuvre exigeante avec une Dominique Sanda ardente et un Richard Berry craquant.

 

Près de quarante ans après l’énorme échec de sa sortie en salles, « Une chambre en ville » mérite d’être redécouvert comme une part non négligeable de l’œuvre du mythique Jacques Demy. L’occasion aussi de saluer la mémoire de Michel Piccoli, disparu récemment, qui incarne admirablement un mari trompé.

Par Simon Chevalier

Critique : « Dernier Eté » (1981) de Robert Guédiguian

26 mai 2020

Le premier film de Robert Guédiguian pose les bases d’une filmographie sociale et amicale.
 

Gilbert est un jeune marseillais du quartier de l’Estaque. Ne travaillant que lorsqu’il en a envie, il passe ses journées (et ses soirées) à traîner avec ses amis Mario, Banane et Le Muet. Il y a aussi Boule, son frère qui est un mauvais garçon et Josiane, une jolie ouvrière. Tout ce beau monde vit dans l’insouciance du début des années 1980 sans se douter que cet été sera le dernier…


Ce film aurait pu s’appeler Les Copains d’abord ! Robert Guédiguian filme cette bande de jeunes avec tendresse et déjà de la nostalgie. Nostalgie d’un Marseille où il faisait bon vivre, où on enchaînait les apéros au café avant d’aller à la plage ou de draguer dans les bals de quartier. A la fraîcheur caractéristique de la première œuvre s’ajoute des acteurs d’une justesse incroyable alors que ce sont tous des non-professionnels (à l’exception d’Ariane Ascaride). Les thèmes de société ne sont pas oubliés à l’image de la mixité sociale ou de l’homosexualité. Quant au final, il est aussi dramatique que plein d’espoir, tourné vers l’avenir d’une ville où rien ne change vraiment.


Lauréat du Prix Georges Sadoul (aujourd’hui disparu) pour ce film, Robert Guédiguian faisait une entrée remarquée il y a 39 ans dans le cinéma français. Si son œuvre est aujourd’hui largement reconnue, cette première réalisation reste l’une de ses plus intimes et l’indispensable référence pour tous les amoureux de son style.

Par Simon Chevalier

Critique : " La Belle et la bête" de Marcel Camus (1946) de Jean Cocteau

19 mai 2020

Le grand classique de Jean Cocteau, qui a subi un petit lifting en 2013, ne fait pas son âge (74 ans, tout de même) !

La Belle est une jeune fille douce, aimable, serviable. Méprisée par ses sœurs (qui n’ont rien à envier à celles de Cendrillon) et adorée par son frère, elle porte un amour inconditionnel à son père qu’elle refuse de quitter même si pour cela, elle doit renoncer à tout mariage. La Bête est un monstre repoussant vivant isolé dans un château étrange aux mille sortilèges. Leur rencontre inattendue donnera lieu à l’une des histoires d’amour les plus célèbres du cinéma.

 

Loin du film d'animation édulcoré et enfantin de Disney, ce film est l’adaptation la plus fidèle au conte original de Madame Leprince de Beaumont. Jean Cocteau met son sens de l’esthétisme au service de cette histoire sombre dans l’ensemble, mais qui nous offre de temps à autre des scènes franchement drôles et cela grâce à l’interprétation simple et jamais théâtrale de ses acteurs. Si le rythme est plus lent que celui des films actuels, les effets spéciaux, eux, ne sont pas du tout datés. Pas un instant on ne perçoit le ridicule trop souvent propre aux œuvres fantastiques de l’époque. On imagine aisément le budget nécessaire pour s’assurer les services de ce qui devait être la crème des techniciens alors que notre pays sortait tout juste de la guerre.

Depuis, une nouvelle adaptation française signée Christophe Gans avec Léa Seydoux et Vincent Cassel est sortie sur nos écrans début 2014. Cependant, nous ne saurions que vous conseiller de vous replonger dans la genèse cinématographique de ce conte qui restera, quoi qu’on en dise, LA référence.

Par Simon Chevalier

Critique : " Orfeu Negro"de Marcel Camus

19 mai 2020

Aujourd'hui, ce devait être ma première montée des marches du 73ème festival de Cannes. Pour compenser cette grande perte de découvertes cinématographiques, je vous partage ma critique sur Orfeu Negro, palme d'or en 1959.

Ce film de Marcel Camus, revisite le mythe grec d'Orphée et d'Eurydice durant le carnaval de Rio de Janeiro. Les personnages sont issus de la communauté noire brésilienne. Comme le décrit la chanson du générique, Felicidade, le carnaval, c'est un moment où : "La joie du pauvre apparaît, la grande illusion du carnaval, les gens travaillant l'année entière, pour un moment de rêve, pour créer la fantaisie, d'un roi ou d'un pirate ou d'une jardinière, pour que tout finisse un mercredi, la tristesse n'a pas de fin, la joie si." On entre aperçoit la pauvreté des bidonvilles, par cette joie, les sourires, l'enthousiasme des préparatifs, l'amour impossible entre Orphée et Eurydice et une angoisse de mort omniprésente. C'est un voyage musical sublime. Le monde entier y découvre à l'époque la bossa nova, par les chansons de Luiz Bonfá et Antonio Carlos Jobim. C'est d'ailleurs une adaptation d'une pièce de Vinícius de Moraes. Les costumes, la réalisation, les paysages, l'univers créé, les couleurs et les plans magnifiques nous transportent ailleurs.

 

Cette œuvre porte en elle une merveilleuse poésie.

Par Sandrine Monteiro

Critique : "Mes jours de gloire"d'Antoine de Bary

10 mars 2020

Un film simple qui raconte une période de la vie d’un jeune homme de 27 ans qui a bien du mal à grandir et qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie.

Enfant, il avait connu le succès en tant qu’acteur, mais aujourd’hui il n’a plus de revenus.

Son insouciance et son refus de prendre ses responsabilités lui crée tout un tas de problèmes financiers et sentimentaux auxquels il ne sait pas vraiment faire face.

 

On va voir ce film pour Vincent Lacoste, excellent dans son rôle de jeune homme maladroit et paumé. Avec sa tête d’éternel adolescent, on s’attache très vite à ce personnage, qui nous emmène dans ses galères avec beaucoup d’humour. On a envie de lui montrer comment faire, de le secouer quand il ne réagit pas à temps, de le soutenir et de l’encourager comme un enfant. Un rôle qui lui va à ravir car le charisme nonchalant auquel il nous a habitué dans ses précédents films prend ici toute sa mesure.

 

Mais on y va aussi pour les acteurs qui l’entourent, Emmanuelle Devos, sa sympathique mère psy un peu paumée et Christophe Lambert, qui revient à l’écran dans ce second rôle de père distant et dépassé par les évènements, sans oublier la jeune et très jolie Noée Abita, lumineuse petite amie dont le jeu naturel nous séduit à chaque instant.

 

Même si cette comédie douce-amère ne sera pas le film de l’année, on passe un bon moment, et en sortant de la salle on aura plus envie de parler de la présence des acteurs à l’écran que du scénario somme toute assez classique.

Par Michèle Kerbourc'h

Critique : "Parasite" de Bong Joon-ho

10 mars 2020

La Palme d’Or 2019 est un petit bijou sociétal.

Jeune homme vivant dans les bas-fonds avec sa famille, Ki-Woo a l’occasion de travailler pour une riche famille sur la recommandation d’un ami. Profitant de la naïveté de ses nouveaux employeurs, il parvient à faire embaucher ses proches tout en dissimulant leurs liens de parenté. Mais un événement inattendu va venir mettre à mal cette infiltration…

 

Bong Joon-ho signe un film jubilatoire que l’on peut diviser en 2. La première partie est machiavéliquement drôle. On observe avec un grand plaisir la façon dont ces « parasites » s’insinuent avec ingéniosité dans la vie de leurs employeurs, la musique décalée étant un élément non négligeable dans ce plaisir. Quand on croit que la famille des (anti)héros a réussi son plan, elle bascule dans un suspense haletant où tout peut arriver. Progressivement, la satire sociale se fait plus cruelle et on sent que ça ne peut pas bien se terminer. Attachés à cette famille ambitieuse mais pas cruelle, notre cœur de spectateur prend fait et cause pour eux et on tremble quand leur secret est menacé. Riche également en métaphores que l’on prendra plaisir à déchiffrer – l’inondation, la pierre ? -, ce conte moderne et universel restera dans toutes les mémoires.

 

Véritable chef d’œuvre du cinéma coréen, « Parasite » peut paraître amoral mais se termine sur une note d’espoir : l’amour des siens ne serait-il pas la meilleure des motivations pour réussir sa vie ?

Par Michel Kerbourc'h

Biographie : Anna karina

3 mars 2020

Décédée en Décembre dernier à l’âge de 79 ans, l’icône de la Nouvelle Vague a marqué durablement le Cinéma français.

Née Hanne Karin Bayer au Danemark en 1940, la future actrice finira par fuir son pays et surtout ses parents à l’âge de 17 ans après avoir eu quelques expériences devant la caméra. Arrivée à Paris, elle devient modèle et rencontre Coco Chanel qui lui invente son nom de scène. Devenue Anna Karina, elle est alors repérée par Jean-Luc Godard qui est encore journaliste.

 

En 1959, celui-ci lui propose un rôle dans son premier film « A bout de souffle » mais elle refuse car elle ne veut pas se dénuder à l’écran. Son premier film sera donc « Petit Soldat » en 1960 qui est censuré car il évoque la Guerre d’Algérie. Elle n’apparaît donc au cinéma qu’en 1961 dans « Ce soir ou jamais » qui est réalisé par Michel Deville et non par son Pygmalion, qu’elle épouse la même année, ce qui explique sans doute l’opposition de ce dernier à ce tournage. Mais il s’incline devant la performance de la jeune actrice qu’il magnifie dans « Une femme est une femme ». Ce film vaudra à Anna Karina le prix de la meilleure actrice au Festival de Berlin. Par la suite, elle sera une véritable icône de la Nouvelle Vague en tournant dans 7 films de Jean-Luc Godard mais également à l’étranger pour des cinéastes comme Luchino Visconti, Raoul Ruiz ou Rainer Werner Fassbinder.

En 1964, elle marque les esprits dans « Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot » de Jacques Rivette qui provoque un énorme scandale et connaît un succès tout aussi considérable. Elle s’essaiera à la réalisation en 1973 avec «Vivre ensemble», un long-métrage qu’elle a également écrit et produit. Le film sera sélectionné à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Raréfiant ses rôles au fur et à mesure des décennies, elle sera nommée au César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1988 pour « Cayenne Palace » d’Alain Maline et retrouvera Jacques Rivette 30 ans après « La Religieuse » pour « Haut bas fragile » en 1994.

Elle se confiera elle même son dernier rôle en 2007 avec « Victoria », un road movie tourné au Québec. Ces dernières années, elle apparaissait régulièrement dans le cadre de ressorties de ses anciens succès en France, ce pays qui a fait d’une petite Danoise abandonnée une étoile du 7ème art.

Par Simon Chevalier

Biographie : Louis Jourdan

25 février 2020