Le point de vue de l'association

Critique : “Tout est faux” de Jean-Marie Villeneuve

22 décembre 2020

L’errance d’un homme sur fond d’élection présidentielle

 

Paris, Printemps 2012. Alors que l’agitation médiatico-électorale secoue la France, un homme mène une vie effacée. Celle-ci est rythmée par un boulot des plus inutiles et les rendez-vous avec une amie, véritable moulin à paroles qui ne le laisse pas exister. Chaque jour, il passe devant un homme qui hurle sur un pont sa détestation du système. Heureusement, il a une échappatoire à tout ce vacarme, une forêt dans laquelle il trouve un peu de quiétude.

 

Voici un film qui peut faire peur à son commencement. Le personnage principal, taciturne et quasi-muet, a du mal à nous toucher. Autour de lui, une galerie de personnages secondaires tous différents et très bien interprétés – mention spéciale à Marie Demasi au jeu jubilatoire -. Il faudra une rencontre inattendue pour voir le héros s’ouvrir et s’illuminer petit à petit. A ce moment-là, on prend conscience de l’attachement, délicieux piège dont nous sommes les heureuses victimes, et nous n’avons plus envie de quitter cet anti-héros. Réflexion sur notre passivité de citoyens, noyés sous les images de la « médiacratie », ce film de Jean-Marie Villeneuve nous touche par sa sincérité, d’autant plus prégnante qu’elle n’est polluée par aucun moyen superflu.

 

Parfait exemple de « cinéma guérilla », ces films montés sans argent et tournés sans autorisation, Tout est faux dégage une précieuse fraîcheur au niveau de ses intentions et on en ressort avec l’envie de suivre son réalisateur sur de nouveaux projets… Et pourquoi pas un « Tout est vrai » ?

 

Par Simon Chevalier

Critique : “Le Mari de la Coiffeuse” de Patrice Leconte

15 décembre 2020

Une œuvre follement sensuelle dans laquelle Jean Rochefort laisse libre cours à sa folie.

 

Antoine aime les femmes… et, plus précisément, les coiffeuses. Tombé sous le charme de l’une d’elles alors qu’il n’était qu’un enfant, il s’est juré que sa future épouse exercerait cette profession. Un jour, il rencontre Mathilde…

 

La première chose que l’on se dit après avoir passé 1H20 avec “Le Mari de la Coiffeuse”, c’est qu’un tel film ne pourrait pas voir le jour à notre époque. Échappant pourtant à toute vulgarité, il y a fort à parier qu’il tomberait sous le coup de l’auto-censure tant il déborde de sensualité. Au-delà des coiffeuses, Patrice Leconte livre une ode à toutes les femmes, à leurs corps, leurs parfums, leurs gestes. En double fantasmé du réalisateur, Jean Rochefort s’en donne à cœur joie dans des scènes de danse endiablées tandis que la superbe Anna Galiena fait assaut de tous ses charmes. Ces deux-là ont trouvé la recette du bonheur : vivre d’amour et de shampoings.

 

Après avoir débuté sa carrière par la comédie – “Les Bronzés” – avant de basculer dans le drame – “Monsieur Hire” -, Patrice Leconte signe là un film inclassable d’un romantisme échevelé. Néanmoins, il reste son film le plus personnel, celui qui nous laisse apercevoir l’homme derrière le cinéaste.

 

Par Simon Chevalier

 
 

Critique : « Pépé Le Moko » de Julien Duvivier

1er décembre 2020

Une visite de la Casbah d’Alger de 1937 avec pour guide un certain Jean Gabin.

 

Cambrioleur retranché dans la Casbah d’Alger et qui risquerait sa peau s’il sortait de ce dédale de rues et de traverses, Pépé est traqué par l’inspecteur Slimane. En couple avec Inès, son charme fait cependant des ravages auprès des femmes mais c’est sa rencontre avec la belle Gaby, de passage à Alger, qui va changer son destin.

 

La force du polar oriental de Julien Duvivier, sorti le 28 Janvier 1937, tient dans sa diversité. Tout d’abord, c’est une romance improbable et impossible entre la raffinée Gaby et le truand Pépé. Ensuite, ce long-métrage n’est pas dénué d’humour, notamment dans les rapports entre le gangster et l’inspecteur qui s’apparentent à des joutes verbales toutes en finesse. Le réalisateur manie aussi l’angoisse lors d’une scène d’assassinat qui vous prend aux tripes. Enfin, la nostalgie est également présente quand Jean Gabin interprète une chanson de ses débuts dans le music-hall et surtout grâce à la présence au générique de Fréhel, grande chanteuse du début du siècle. La scène où, face à une photo de sa jeunesse, elle chante « Où est-il donc » transmet une forte et sincère émotion. Pour terminer, sachez que Pépé le Moko a inspiré le film culte hollywoodien « Casablanca » de Michael Curtiz. En effet, outre les ressemblances scénaristiques – l’orientalisme, la nostalgie de Paris, le triangle amoureux… -, le titre a été choisi pour sa sonorité proche de Casbah, le remake américain des aventures de l’anti-héros qui avait eu un immense succès en 1938.

 

Sorti la même année que « La Grande Illusion » de Jean Renoir et 1 an avant « Quai des Brumes » de Marcel Carné, « Pépé le Moko » constitue probablement le film le plus méconnu de cette « trilogie » de Jean Gabin, à voir et à revoir.

Par Simon Chevalier

Critique : « Naissance des Pieuvres » de Céline Sciamma

24 novembre 2020

Pour son premier film, Céline Sciamma nous plonge déjà dans le grand bain de l’adolescence, devenu depuis son thème de prédilection.

A la piscine de Cergy-Pontoise, trois jeunes filles vivent les affres de l’adolescence. Marie, le garçon manqué et Anne, la boulotte complexée sont inséparables. Floriane, la capitaine de l’équipe de natation synchronisée traîne une réputation de fille facile et fascine Marie qui va tenter de percer les secrets d’une beauté si mystérieuse.

Réinterpréter les archétypes de l’adolescence, voici le tour de force réussi par le premier scénario de Céline Sciamma, écrit dans le cadre de ses études à la Femis : malgré leurs physiques différents, les filles partagent une même inquiétude, un même désir d’être aimées. Quant à l’unique représentant de la gent masculine, il est complètement sous l’influence de ses hormones, le pauvre. Placer l’action dans une piscine permet d’échapper au sempiternel lycée et d’aiguiser le rapport au corps, si capital à cet âge. Autre bonne idée, le parti pris de l’immersion : la réalisatrice place sa caméra au niveau des jeunes protagonistes, allant jusqu’à faire disparaître tout ce qui n’a pas d’importance à leurs yeux (les parents, les voitures… ), transformant Cergy-Pontoise en ville rêvée, un terrain de jeu où la liberté est totale. Une vision allégorique particulièrement efficace pour replonger le spectateur dans sa propre jeunesse.

Fin 2014, nous avions été secoués par « Bande de Filles », un « boulet de canon » qui nous avait distribué quelques uppercuts. Il est intéressant de voir que 7 ans plus tôt, Céline Sciamma charmait avec la lascivité de sa « Naissance des pieuvres ». Un changement de rythme qui signe la maturité de la réalisatrice.

Par Simon Chevalier

Critique : « Mustang » de Deniz Gamze Erguven

17 novembre 2020

Deniz Gamze Erguven aborde avec pertinence la diversité de la condition féminine en Turquie.

Sonay, Ece, Selma, Nur, Lale. 5 sœurs toutes plus belles les unes que les autres. Trop belles. Pour avoir innocemment joué avec des garçons, les voici progressivement cloîtrées par leur famille en attendant qu’on les marie. Lale, la petite dernière de la fratrie, la plus rebelle, voit donc ses sœurs partir inexorablement les unes après les autres.

La force d’un film politique tient souvent dans sa subtilité. En cela, « Mustang » est un grand film politique. Si la réalisatrice nous montre ce qui peut arriver de pire quand on est une femme en Turquie, elle n’en fait pas une généralité, ce qui crée d’ailleurs un cruel sentiment d’injustice. Même au sein de la fratrie, certaines s’en sortent mieux que d’autres. Ce refus du manichéisme ne rend que plus réelle la tragédie de ces jeunes filles. L’autre piège évité par la cinéaste est la tentation du mode de vie occidental. Jamais ce dernier n’est évoqué – les héroïnes n’ont même pas de téléphone portable et n’en rêvent pas : si Lale et ses sœurs se battent, c’est pour leur simple liberté, la liberté universelle de choisir sa vie.

Coproduction franco-turque, « Mustang » est un film dont on peut être fier. C’est pourquoi il représente la France dans la course aux Oscars 2016, depuis que la Turquie a porté son choix sur une autre œuvre. Nous souhaitons donc bonne chance à ces magnifiques « chevaux sauvages » qui porteront haut nos couleurs à Hollywood : Liberté, Égalité, Fraternité.

Par Simon Chevalier

Critique : « Le Cochon de Gaza » de Sylvain Estibal

10 novembre 2020

Quand un réalisateur uruguayen signe un film franco-germano-belge sur un cochon vietnamien débarqué à Gaza, c’est un bijou d’humanité qui nous est offert.

Comme tous les Gazaouis, Jafaar subit tant bien que mal le conflit israélo-palestinien. Loin d’être un combattant, il survit grâce à l’olivier de sa femme et à son bateau de pêche. C’est ainsi qu’un jour, il remonte dans ses filets un porc vivant tombé d’un cargo. Il va alors tout faire pour s’en débarrasser le plus discrètement possible avant de comprendre qu’il peut en tirer des bénéfices financiers mais à ses risques et périls. Car posséder un animal impur sur la terre sacrée de Palestine pourrait lui valoir de gros ennuis.

Quelle bonne idée de scénario que celle de Sylvain Estibal ! Parler du Proche-Orient par l’intermédiaire de l’humour et du burlesque redonne à ce conflit un aspect humain que l’on ne retrouve pas dans les journaux télévisés. Le choix du cochon, presque vu comme un lion par les personnages, est à la fois drôle et riche en symboles : en effet, sa réputation d’impureté est partagée aussi bien par les Musulmans que par les Juifs. Ce qui amène à une deuxième partie du long-métrage plus consensuelle sur le « Vivre Ensemble » et à une fin tellement « bateau » qu’elle en est décevante au regard de ce que laissait espérer le début du film. Mais ce petit bémol ne gâche pas l’impression générale laissée par cette œuvre qui allie l’utile – un regard neuf sur un conflit vieux d’un demi-siècle – à la drôlerie.

Récompensé du César du Meilleur Premier Film en 2012, « Le Cochon de Gaza » reste comme un exemple de ce que le Cinéma Français peut faire de mieux en terme de défense des valeurs hexagonales à travers le monde : la fraternité mêlée d’un brin d’impertinence.

Par Simon Chevalier

Critique : « L’assassin habite au 21 » de Henri-Georges Clouzot

3 novembre 2020

Une comédie policière de 1942 étonnamment moderne dans ses dialogues et anarchiste dans son propos.

Un tueur en série rôde dans Paris. N’hésitant pas à signer ses crimes, ce « M. Durand » agace au plus haut point les autorités qui chargent le commissaire Wenceslas Vorobeitchik, appelé par tous Wens, de l’arrêter sous 48h. Flanqué de sa délirante épouse, une chanteuse en mal de notoriété, celui-ci se fait passer pour un ecclésiastique afin d’enquêter dans une pension de famille où des indices ont été découverts et qui se situe 21, avenue Junot à Montmartre.

Pour son premier film, Henri-Georges Clouzot fait preuve d’une légèreté qui tranche avec les univers plus tragiques de ses 2 chefs d’oeuvre que sont « Les Diaboliques » et « Le Salaire de la Peur » – Palme d’Or à Cannes en 1953. Sorti en pleine Occupation, ce long-métrage a probablement dû passer miraculeusement entre les griffes de la censure tant il malmène les forces de l’ordre. Cependant, il est à noter que lesdites forces de l’ordre sont des gendarmes français et qu’il n’est nullement fait mention de la présence allemande, la proximité présumée du réalisateur avec le régime nazi pouvant expliquer cet état de fait.  Réunissant une pléiade de vedettes de l’époque, principalement venues du théâtre, « L’assassin habite au 21 » est porté par un duo au jeu remarquablement moderne : Pierre Fresnay, toujours impeccable et la trop méconnue Suzy Delair dont la fantaisie n’est pas sans nous rappeler une certaine Arletty, l’accent gouailleur en moins.

En adaptant un roman belge dont l’action se situe à Londres, écrit par Stanislas-André Steeman, Henri-Georges Clouzot signe ici une première oeuvre prometteuse en mêlant références prestigieuses – Fritz Lang est très clairement évoqué au début du film -, enquête captivante et humour intemporel.

Par Simon Chevalier

Critique : « Last Words » de Jonathan Nossiter

27 octobre 2020

Jonathan Nossiter signe un film abrupt sur la nécessité du cinéma.

2085. L’Humanité n’est presque plus. Seule une poignée de survivants se regroupent à Athènes pour y vivre leurs derniers instants. Parmi eux, un jeune homme prénommé Kal qui va apprendre la force des images animées, autrefois appelées cinéma…

Nombre de films se sont penchés sur l’importance du cinéma mais voici sans doute le plus original. A quoi serviront les millions de longs métrages tournés depuis un siècle quand l’Homme finira sa course ? Et aura-t-il alors encore besoin d’immortaliser ses dernières heures de vie même si plus personne ne pourra regarder ses images ? Voici les questions que se pose le réalisateur américain Jonathan Nossiter dans son septième film, entouré de son actrice fétiche Charlotte Rampling mais également des vétérans Nick Nolte et Stellan Skarsgard. Des acteurs qui n’ont pas hésité devant la radicalité du projet et qui sont plongés dans un décor post-apocalyptique impressionnant.

Drame, thriller, documentaire, comédie : Jonathan Nossiter est un metteur en scène éclectique qui s’attaque aujourd’hui à la science-fiction avec un film qui intrigue, émeut et fait réfléchir, d’autant plus en période de pandémie.

Par Simon Chevalier

Critique : « Relic » de Natalie Erika James

20 octobre 2020

Un film d’horreur certes, mais également une métaphore efficace porteuse d’un message fort sur la famille.

A Creswick, ville australienne proche de Melbourne, plus personne n’a de nouvelles d’Edna, une vieille dame qui vit seule dans une maison isolée. Prévenues, sa fille et sa petite-fille viennent participer aux recherches et s’installent dans la maison de la matriarche. Une maison qui présente d’inquiétantes traces et où règne une ambiance angoissante…

Si le premier film de Natalie Erika James commence comme un film d’épouvante classique – un lieu isolé, une musique omniprésente, des images sombres… -, on comprend petit à petit qu’il sera plus que ça. On s’attache tout d’abord à ces 3 générations de femmes tant elles ressemblent à nombre d’entre nous : des relations mère-fille compliquées mais une grande complicité entre la grand-mère et sa petite-fille, la question de placer une aïeule dans une maison de retraite… -. Les phénomènes inquiétants sont crédibilisés par une éventuelle dégénérescence liée au grand âge du personnage d’Edna. Nous sommes donc dans un film d’horreur « réel » qui culmine dans sa dernière scène. Si elle est difficilement supportable, c’est qu’on peut tous s’y retrouver et paradoxalement, voici une séquence pleine d’amour. Un véritable supplément d’âme qui vient enrichir ce film d’épouvante pas comme les autres.

Natalie Erika James fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes qui apporte un renouveau bienvenu dans le genre si souvent convenu de l’horreur. Faire peur avec des angoisses que nous pouvons tous connaitre dans notre vie de tous les jours plutôt qu’avec des phénomènes surnaturels, voilà où se trouve l’efficacité de l’épouvante cinématographique du XXIème siècle.

Par Simon Chevalier

Critique : « Les Apparences » de Marc Fitoussi

13 octobre 2020

Un film d’une élégance rare.

Expatriés à Vienne, Henri et Eve Monlibert sont des membres phares de la communauté française installée dans la capitale autrichienne. D’autant plus que Monsieur Monlibert, chef d’orchestre de renom, prépare un concert qui s’annonce comme un événement. Mais depuis quelques temps, ce dernier est distant avec son épouse. Que cache-t-il ? Et comment Eve réagirait face à une éventuelle infidélité de son mari ?

Délicieuse plongée dans le monde feutré et bourgeois des « expat », voici un véritable film d’ambiance qui emporte son spectateur au son d’une petite musique implacable signée Bertrand Burgalat. La construction scénaristique est admirable et fait s’imbriquer deux histoires liées mais aux enjeux différents avec, en point d’orgue, la scène du concert. Au milieu, une formidable Karin Viard qui joue toutes les partitions de l’élégance du corps et de la noirceur de l’âme. Sans jamais porter aucun jugement, elle incarne une femme prête à tout pour garder son mari mais surtout le train de vie et la réputation qui vont avec. Entourée de seconds rôles savoureux, elle confirme avec ce 68ème long-métrage, qu’elle est la reine des actrices françaises de sa génération.

Hitchcok mais surtout Chabrol : Marc Fitoussi réussit à s’inspirer de grands maîtres pour signer ce thriller qui vous mènera bien plus loin que ce que vous auriez imaginé.

Par Simon Chevalier

Biographie : Christian Petzold

29 septembre 2020

A 60 ans, le réalisateur allemand signe un 9ème long-métrage et offre à Paula Beer, sa nouvelle muse, un Ours d’Argent au Festival de Berlin.

Le cinéma a toujours compté dans la vie de Christian Petzold. Il a effectué son service civil dans un ciné-club avant de sortir diplômé de l’Académie Allemande du Film et de la Télévision de Berlin. C’est pendant ses études qu’il signe ses premières œuvres, des courts-métrages réalisés entre 1988 et 1994. Le cinéaste sera assistant mise en scène au début de sa carrière.

Son premier long-métrage sort en 2000. « Contrôle d’identité » marque très vite les cinéphiles allemands et fait de son réalisateur – et scénariste – le chef de file de la « Nouvelle Vague » Outre-Rhin. Nouveau film en 2003 : Avec « L’Ombre de l’enfant », il travaille pour la première fois avec son actrice fétiche, Nina Hoss, qu’il a dirigée dans 5 de ses films jusqu’à présent. Christian Petzold est sélectionné pour la Berlinale en 2005 avec « Fantômes » puis en 2007 avec « Yella ». Cette histoire se déroulant en RDA résonne particulièrement dans la carrière de celui dont les parents sont nés dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Pour cette nouvelle collaboration avec son fidèle metteur en scène, Nina Hoss reçoit l’Ours d’Argent de la Meilleure Actrice. L’année suivante, c’est à la Mostra de Venise qu’est présenté « Jerichow ».

12 ans après son premier long-métrage, Christian Petzold franchit un nouveau cap dans sa carrière en étant le Meilleur Réalisateur de la Berlinale avec « Barbara ». De nouveau un prénom féminin, de nouveau Nina Hoss dans le rôle-titre et de nouveau une histoire au temps de la RDA. Suggérant la complexité des mirages de l’Ouest, ce film dresse le magnifique portrait d’une femme déchirée, à l’image de l’Allemagne des années 80. En 2014, le cinéaste puise ses influences dans « Sueurs Froides » d’Alfred Hitchcock et « Les Yeux sans visage » de Georges Franju pour réaliser « Phoenix ». A la clé, un nouveau Prix d’Interprétation pour Nina Hoss, au Festival de Seattle cette fois. 4 ans plus tard, retour à la Berlinale avec « Transit », une adaptation du roman éponyme d’Anna Seghers. Au casting, la jeune Paula Beer qui est également l’héroïne d’ « Ondine », un rôle-titre qui lui a offert l’Ours d’Argent de la Meilleure Actrice à la Berlinale 2020. De là à la considérer comme la nouvelle muse de Christian Petzold, il n’y a qu’un pas.

9 longs-métrages, 3 qui portent un prénom féminin comme titre et 3 Prix d’interprétation en tout pour ses actrices… Christian Petzold est sans doute l’un des meilleurs cinéastes allemands pour créer des personnages féminins qui restent dans les mémoires.

Par Simon Chevalier

Critique : « Énorme » de Sophie Letourneur

22 septembre 2020

Entre absurde et réalisme, Sophie Letourneur nous propose plusieurs films en un.

Pianiste à la renommée mondiale, Claire Girard ne fait rien sans son mari, Frédéric. Se laissant complètement gérer par son compagnon, elle paraît disparaître totalement derrière lui. Jusqu’à ce que Fred prenne la décision de trop : faire un enfant à sa femme sans la prévenir…

Pour son quatrième long-métrage, Sophie Letourneur nous surprend avec un film osé qui ne s’interdit rien sur l’intimité d’un couple mais surtout, elle pousse jusqu’à l’absurde le rapport des parents à la grossesse. Jouant sur l’inversion des rôles avec un papa qui se comporte comme s’il allait accoucher et une maman qui semble spectatrice de ce qui lui arrive, elle crée un décalage avec de vrais professionnels médicaux qui jouent leur propre rôle. Cette vision documentaire l’emporte à la fin du film avec une magnifique et ultra-réaliste scène d’accouchement qui ne laissera personne indifférent. Comment résister à ce spectacle qui nous renvoie tous à notre propre naissance ?

Si Jonathan Cohen porte le film de par l’omniprésence de son personnage, Marina Fois nous éblouit une fois de plus : hilarante quand son personnage apprend sa grossesse ou fume et boit pour se détendre, elle est également intense en future maman qui ne supporte plus sa grossesse. Toute une palette d’actrice impressionnante.

Par Simon Chevalier

Critique : « Effacer l'historique » de Gustave Kervern et Benoît Delépine

15 septembre 2020

Quand le duo de réalisateurs le plus déjanté s’attaque aux nouvelles technologies…

Amis depuis qu’ils sont devenus des « gilets jaunes », Marie, Bertrand et Christine se débattent dans le monde moderne et ce n’est pas Internet qui les y aide. Chantage à la sex-tape, harcèlement et arnaques sont au menu du 21ème siècle de ces précaires. Jusqu’au jour où ils se révoltent…

2 ans après « I feel good » avec Jean Dujardin et Yolande Moreau, Gustave Kervern et Benoît Delépine s’entourent de nouveau d’un casting hilarant avec Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero. On s’amusera également des apparitions de leurs fidèles comme Benoît Poelvoorde ou Michel Houellebecq. Tous donnent naissance à des personnages cabossés par la société actuelle et sa modernité. Poussant les situations jusqu’à l’extrême, le scénario tombe dans l’absurde pour dénoncer « l’uberisation » des êtres, ce monde où tout s’achète, où les escrocs disposent de moyens colossaux pour commettre leurs méfaits et où la solidarité pèse peu face à la loi de la jungle numérique.

Si les fans des cinéastes se délecteront de leur patte inchangée, les autres pourront regretter un manque d’unité dans les différentes histoires. Mais voici un film qui se regarde comme une nécessité pour prendre du recul sur notre propre relation au numérique et qui, pour cela, a reçu un prix spécial à la dernière Berlinale.

Par Simon Chevalier

Critique : « Voir le jour » de Marion Laine

1er septembre 2020

Histoire d’une (re)naissance

Qui est Jeanne ? Auxiliaire dans une maternité, elle est particulièrement à l’écoute des patientes. Maman d’une jeune fille de 18 ans, elle s’apprête à la voir partir du domicile familial. Mais sa vie actuelle bascule quand quelqu’un l’appelle Norma…

Ce troisième long-métrage de Marion Laine alterne douceur et intensité. Riche de très belles scènes – notamment les sous-marines et surtout celle au son des « Moulins de mon cœur » - mais également d’autres plus surréalistes, ce film surprend par son mélange des genres. Brassant un nombre important de thèmes comme le passé de Jeanne, le départ de sa fille, les difficultés du corps hospitalier et la mortalité infantile, il est dommage que cette œuvre pâtisse d’un manque d’unité. Quant à la fin, si elle est pleine d’optimisme, elle frôle le simplisme.

Au cœur d’un casting impeccable, empli d’acteurs – et surtout d’actrices – qui disparaissent parfaitement derrière leur rôle, Sandrine Bonnaire est fidèle à son talent sans fard et brille pour la seconde fois devant la caméra de Marion Laine, 12 ans après « Un cœur Simple », premier film de la cinéaste.

Par Simon Chevalier

Biographie : Michel Piccoli