Le point de vue de l'association

 

BIOGRAPHIE : JACQUES PERRIN

27 juillet 2021

Alors qu’il vient de fêter ses 80 ans et que vous pouvez le retrouver cette semaine dans le mythique “Cinema Paradiso”, retour sur l’éclectique carrière de ce touche-à-tout.

 

Fils d’un technicien de théâtre et d’une comédienne, le petit Jacques Simonet – il prendra ensuite le nom de sa mère - fait ses premiers pas au cinéma à 5 ans aux côtés d’Yves Montand et sous la direction de Marcel Carné. Près de 15 ans plus tard, il obtient un premier rôle dans “La fille à la valise” de Valerio Zurlini avec une autre débutante, Claudia Cardinale. Tout au long de sa carrière d’acteur, il alternera les projets français et italiens.

Il marque les esprits en “jeune premier” dans les comédies musicales de Jacques Demy “Les demoiselles de Rochefort” et “Peau d’âne” et devient l’interprète fétiche du cinéaste Pierre Schoendoerffer. Mais il ne se contente pas de cette carrière et crée sa société de production dès 1968, notamment pour monter “Z” de Costa-Gavras dont le sujet politique avait effrayé nombre de financiers. Il devient alors un producteur-acteur fidèle qui joue dans les films qu’il produit.

Dans les années 90, il s’intéresse au genre documentaire, obtient le César du meilleur producteur en 1997 pour “Microcosmos” et en réalise même sur le thème de la nature principalement.

Il est étonnant de voir que de “Cinéma Paradiso” au “Pacte des Loups” en passant par “Les Choristes”, énorme succès du cinéma français réalisé par son neveu Christophe Barratier, Jacques Perrin est souvent utilisé pour incarner les âges adultes, voire vieux, de personnages qu’on suit plus jeunes incarnés par d’autres acteurs. Comme s’il était la projection idéale de nos rêves d’enfants, sensation renforcée par la dimension écologique des films qu’il réalise et produit ces dernières années.

Simon Chevalier

CRITIQUE : ANNETTE de Leos Carax

20 juillet 2021

Annette, une comédie musicale qui vire à l'opéra tragique...

​Une histoire commence entre deux artistes : Harry, comédien de stand-up, et Ann, chanteuse lyrique. De leur amour naît Annette...

Cette œuvre spéciale, techniquement réussie, ne laisse personne indifférent et vient tout juste de remporter le prix de la meilleure mise en scène au 74ème Festival de Cannes.

La performance d'Adam Driver porte cette histoire sombre et la musique des Sparks colle parfaitement à l'univers du réalisateur, Leos Carax (Les Amants du Pont-Neuf, Holly Motors).

Notons l'originalité du choix dans l'utilisation d'une marionnette pour incarner le personnage d'Annette. Celle-ci a été créée par une équipe de Charleville-Mézières, où se tient tous les deux ans, en septembre, le magnifique Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, que je vous conseille au passage cette année.

Pour lui donner vie, quatre marionnettistes ardennais de la compagnie "La Pendue" ont participé au tournage : cachés dans le décor, vêtus de noir dans l'ombre ou sur fond vert, manipulant Annette suspendue par des fils, ils ont ensuite été effacés par effets spéciaux. Marion Cotillard, Adam Driver et Simon Helberg ont également appris l'art de la manipulation pour les scènes en contact avec la le personnage.

Nous découvrons donc à l'écran, une Annette artisanale et non une image de synthèse, accompagnée d'acteurs talentueux.

C'est un travail technique magnifique, le prix de la mise en scène à Cannes est largement mérité.

À découvrir !

Sandrine Monteiro

CRITIQUE : CRUELLA de Craig Gillespie

13 juillet 2021

Après “Maléfique”, Disney nous raconte la genèse d’une autre méchante mythique avec les 2 plus célèbres Emma de la planète cinéma.

 

Estella est une petite fille rebelle et terriblement créative. Devenue orpheline, elle se retrouve livrée à elle-même et sympathise rapidement avec un duo de jeunes voleurs, Jasper et Horace. Avec eux, elle survit grâce à de petits larcins sans jamais oublier son rêve de toujours : devenir créatrice de mode et, plus précisément, travailler pour le magasin Liberty. A l’image de son idole, la baronne von Hellman...

Le réalisateur australien Craig Gillespie nous entraîne dans un voyage à 100 à l’heure au pays du punk rock, soit le Londres des années 70. Dans une débauche de décors et de costumes plus impressionnants les uns que les autres, on navigue entre jubilation de la méchanceté des héroïnes et indulgence envers ce personnage principal qui a tant de raisons d’être ce qu’elle est. Si le scénario aurait pu être plus consistant, les spectateurs, jeunes et moins jeunes, ressortiront ravis de ce film à grand spectacle, idéal pour les sorties estivales en famille.

Si Emma Thompson a du mal à éviter la comparaison avec Meryl Streep dans “Le Diable s’habille en Prada”, autre “méchante modeuse”, Emma Stone nous éblouit dans ce rôle-titre qu’on espère la voir reprendre dans un éventuel remake des “101 Dalmatiens”.

Simon Chevalier

CRITIQUE : NOMADLAND de Chloé Zhao

29 juin 2021

L’alliance bouleversante de paysages magnifiques et d’une grande précarité

 

Fern n’est pas sans-abri. Cette veuve d’une soixantaine d’années n’a juste plus de maison depuis la fermeture de l’usine de plâtres d’Empire dans le Nevada. Alors, à bord du van qu’elle s’est aménagée, elle sillonne les routes de l’Ouest américain à la recherche de travail...

4 ans après “Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance”, Frances McDormand nous impressionne encore dans ce road-movie fort en émotions. Elle épouse complètement le parcours de cette femme meurtrie mais qui avance, coûte que coûte. Malgré les amitiés qui se créent sur la route, elle finit toujours par rester seule, une solitude superbement mise en musique par Ludovico Einaudi. Pendant de longues minutes, la parole disparaît et il reste des paysages incroyables et le visage si expressif de Frances McDormand pour nous transmettre une douleur latente et surtout une interrogation sur le sens de cette vie.

Lion d’Or à Venise et lauréat de 3 Oscars (Meilleurs film, réalisation et actrice), “Nomadland” confirme le talent de Chloé Zhao pour filmer des décors naturels et des âmes cassées par le destin.

Simon Chevalier

CRITIQUE : MÉDECIN DE NUIT d’Elie Wajeman

22 juin 2021

Un polar impressionnant de maîtrise où brille un Vincent Macaigne plus sombre qu’à l’accoutumée.

 

Cette nuit, tout doit changer pour Mickaël. Il veut mettre un terme à ses dérives, notamment sa participation à un trafic d’ordonnances : en effet, il prescrit du Subutex à tour de bras à la demande de son cousin Dimitri et commence à être dans le collimateur des autorités. Mais ce médecin va vite se rendre compte qu’il est très difficile de sortir d’un tel engrenage...

Préparez-vous à un voyage au bout de la nuit avec un médecin paumé aussi empathique envers ses patients que violent avec ceux qui mettent à mal ses principes. Entraîné dans la délinquance “pour faire plaisir”, il fera tout pour s’en sortir et protéger sa famille des conséquences de ses erreurs. Dans ce rôle-titre, Vincent Macaigne fait preuve d’une densité exceptionnelle. Cet acteur qui a plus l’habitude de nous faire rire nous cloue à notre siège, plongé dans une atmosphère inquiétante, magnifiée par une lumière et une musique parfaites.

Elie Wajeman réussit parfaitement son troisième long-métrage au scénario qui est centré sur une seule nuit, ce qui renforce encore la tension qui ne lâche pas le spectateur jusqu’aux toutes dernières secondes du film.

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : VINCENTE MINNELLI

15 juin 2021

Il y a 35 ans, disparaissait l’un des maîtres de la comédie musicale hollywoodienne. Retour sur la carrière haute en couleur de Vincente Minnelli.

 

Né en 1903, Vincente Minnelli est le fils d’un directeur de théâtre et se retrouve donc très tôt plongé dans le monde du spectacle. Il commence par être dessinateur de costumes et décorateur mais également assistant mise en scène. Il gardera de ces premières expériences une exigence artistique et fera des décors de ses films de véritables œuvres d’art.

 

Après un passage à Broadway où il sera directeur artistique du Radio City Music Hall, il est repéré par Arthur Freed, producteur à la MGM, qui le fait venir à Hollywood au début des années 1940. Il multiplie alors les tournages, réalisant 36 longs-métrages en autant d’années. Spécialisé dans les numéros musicaux dès sa première mise en scène, il signe des comédies musicales cultes comme « Un Américain à Paris » en 1951, « Tous en Scène » en 1953 et atteint la consécration avec « Gigi » en 1958 qui lui vaudra l’Oscar du meilleur réalisateur.

 

En 1945, il épouse Judy Garland qu’il a rencontré sur le tournage du « Chant du Missouri » avec l’aval de la MGM et de leur tout-puissant producteur, Arthur Freed. Parents de la future star Liza Minnelli, ils tourneront 3 autres films ensemble avant leur rupture après 6 ans d’union.

 

Décédé le 25 Juillet 1986, à l’âge de 83 ans, Vincente Minnelli aura marqué de son empreinte l’âge d’or hollywoodien avec ses films joyeux et colorés dans lesquels on se replonge toujours avec plaisir.

Simon Chevalier

CRITIQUE : ADN de Maïwenn

6 juin 2021

Avec cette 5ème réalisation, Maïwenn replonge dans l’univers impitoyable de la famille.

 

Emir est un vrai patriarche. Celui qui réussit encore à rassembler autour de lui tous ses descendants, au-delà des rancœurs et des griefs. Mais quand il s’éteint, il laisse un vide énorme, notamment pour Neige, l’une de ses petites-filles qui se lance alors dans une recherche de son identité.

Les films de Maïwenn ne laissent jamais indifférents. Son cinéma de sensations, de ressenti, d’émotions peut nous bouleverser ou nous agacer. Avec “ADN”, elle nous montre sans fards l’implosion d’une famille qui s’était contenue par respect pour son aïeul. Porté par d’incroyables comédiens qui débordent de naturel, notamment grâce à la grande liberté que leur a laissée la réalisatrice sur le tournage, ce long-métrage parlera à tous ceux qui ont grandi au sein d’une famille dysfonctionnelle. Par-delà les invraisemblances ou autres exagérations, laissez-vous chavirer par ce torrent d’amour et de haine mélangés et vous en ressortirez secoués mais tellement riches de questionnements sur vous-même.

Sorti en salles le 28 Octobre 2020, “ADN” a été frappé de plein fouet par le deuxième confinement qui a entraîné la fermeture des salles de cinéma 3 jours après. Ne manquez pas cette deuxième chance de découvrir une œuvre aussi intense qu’inspirante.

Simon Chevalier

CRITIQUE : L'ÉTREINTE de Ludovic Bergery

1er juin 2021

Pour son premier film, le réalisateur offre un magnifique portrait de femme à Emmanuelle Béart.

 

Veuve depuis peu, Margaux repart de zéro. Elle monte sur Paris pour reprendre ses études et sympathise avec un groupe de jeunes qui l’adopte et l’intègre dans ses sorties. Mais la différence d’âge est bien présente et la quinquagénaire tente de retrouver l’amour par tous les moyens...

 

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu Emmanuelle Béart dans un rôle principal et son retour au premier plan est une réussite. Sans fausse pudeur, elle incarne son personnage avec une touchante sincérité et nous transmet toutes ses émotions. On la suit de bout en bout dans ce parcours (ré)initiatique, partageant ses joies mais surtout son désespoir de femme seule, inadaptée à son époque : comment une femme de plus de 50 ans peut retrouver l’amour entre l’égoïsme des hommes, le poids de l’âge et ces applications de rencontre si glauques ?

 

On reproche souvent au 7ème art de négliger les actrices d’un certain âge pour ne pas dire d’un âge certain : quelle chance donc pour Emmanuelle Béart d’avoir croisé la route de Ludovic Bergery avec pour résultat ce film d’une cruelle réalité, parfois malaisante, mais qui nous ouvre les yeux sur la difficile situation de nombre de femmes dans notre société.

Simon Chevalier

CRITIQUE : AVA

25 mai 2021

Les tribulations et émotions d’une jeune fille lors d’un été meurtrier

 

Ava est une adolescente perturbée. Rejetant sa mère instable et son environnement malsain, elle apprend de surcroît qu’elle perd progressivement la vue. Alors, quand elle s’éprend d’un jeune homme inquiétant, elle risque tout pour vivre cette passion.

Si on devait qualifier ce premier film, nous dirions : audacieux, sans concessions et sans indulgence pour son héroïne montrée sans fards… Noée Abita irradie littéralement dans le rôle-titre et possède la grâce et la rugosité de son aînée dont elle pourrait facilement suivre les traces, Adèle Exarchopoulos. Notons également la performance exceptionnelle de Laure Calamy qui campe une mère dépassée et donne vie à la divagation de l’héroïne dans une scène inoubliable. Enfin, la patte visuelle de l’œuvre est aussi à souligner à l’image de son commencement : un bord de mer baigné de soleil et d’insouciance sur lequel se pose une musique intrigante, prélude à l’apparition d’un grand chien noir, Lupo, Palm Dog à Cannes.

Remportant le prix SACD lors de la Semaine de la Critique cannoise, ce film aura marqué la Croisette en 2017 et permis l’éclosion d’une brochette de talents qui, 4 ans plus tard, ont confirmé cette première impression positive.

Simon Chevalier

CRITIQUE : 9 MOIS FERME

18 mai 2021

Albert DUPONTEL fait mouche une fois de plus avec son style inimitable.

 

Ariane Felder est une juge qui ne vit que pour son métier. Traumatisée par l’absence du père pendant son enfance, elle considère que tous les hommes sont des lâches et les fuit comme la peste. Alors, quand elle apprend qu’elle est enceinte de 6 mois, c’est l’incompréhension la plus totale renforcée par l’identité du géniteur : un criminel globophage (il mange les yeux de ses victimes).

Albert Dupontel est fou, génial mais fou ! Son univers est composé de personnages plus loufoques les uns que les autres mais avec suffisamment d’humanité pour que l’on s’y attache. Avec lui, tout devient possible : une autopsie qui ressemble à une véritable boucherie, un avocat bègue et une personne âgée que l’on mutile dans l’hilarité générale… on se demande vraiment où il va chercher tout ça ! Une chose est sure, il est doué pour nous faire travailler les zygomatiques tout en nous émouvant. Au milieu de cette hystérie, Sandrine Kiberlain fait merveille dans ce rôle de magistrat strict mais qui va se laisser gagner par la folie ambiante. Tout le casting est excellent et on a même droit à de petites apparitions d’un Jean Dujardin en grande forme.

Albert Dupontel confirme ici son statut de réalisateur le plus inventif du cinéma français et s’il fallait le définir en une phrase, on détournerait celle de Michel Audiard : « Les génies, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : BERTRAND TAVERNIER

4 mai 2021

Décédé le 25 Mars dernier, Bertrand Tavernier aura marqué le 7ème art par ses films comme par sa cinéphilie. Voici le riche parcours d’un cinéaste éclectique.

 

Bertrand Tavernier naît en 1941 à Lyon. Son père, René, est un écrivain proche de Louis Aragon qui avait fondé une revue littéraire, “Confluences”. Quand celle-ci devient un échec, en 1950, toute la famille monte à Paris. Trois ans plus tard, le petit Bertrand a 12 ans quand il découvre le cinéma à l’occasion d’un séjour dans un sanatorium pour soigner une tuberculose. Il est particulièrement marqué par “Dernier Atout”, un film de Jacques Becker. Viennent ensuite des études de droit à la Sorbonne et, bon sang ne saurait mentir, il fonde une revue étudiante et cinéphile nommée “L’Etrave” puis un ciné-club en 1961 baptisé “Le Nickel Odéon” et qui programme des films de genre hollywoodien.

Le futur réalisateur commence sa carrière professionnelle par le journalisme. Après quelques piges pour “Télérama”, il devient critique pour des titres comme “Cinéma”, “Les Cahiers du Cinéma” ou encore “Positif”. Il se spécialise dans le 7ème art américain et mêle interviews de grands noms – John Ford, John Huston, Raoul Walsh... - et analyse thématique. Après une expérience en tant qu’assistant sur le tournage de “Léon Morin, prêtre” de Jean-Pierre Melville, il est attaché de presse pour Stanley Kubrick durant une petite dizaine d’années : le temps de travailler sur les cultissimes “2001, l’odyssée de l’espace”, “Orange Mécanique” et “Barry Lindon”. Il mettra un terme à cette collaboration en 1974, écrivant à l’Américain : “En tant que cinéaste, vous êtes un génie mais dans le travail, vous êtes un crétin !”

En 1964, il fait ses débuts de metteur en scène dans deux films à sketchs mais attend cette fameuse année 1974 pour réaliser son premier long-métrage “L’Horloger de Saint-Paul", début d’une longue collaboration avec Philippe Noiret – 8 films en commun – et qui lui vaudra le Grand Prix de la Berlinale. En près de 40 ans, 22 films, 5 Césars, une nomination aux Oscars pour “Coup de torchon” et un Prix de la Mise en Scène à Cannes pour “Un Dimanche à la campagne” composeront sa carrière de réalisateur mais également de producteur et de scénariste.

 

Bertrand Tavernier réservait une place primordiale à la narration – 3 de ses 5 Césars ont récompensé des scénarios ou adaptations – et à l’humanisme, dénonçant à chaque fois des travers de notre société moderne. Si son cinéma était bien ancré dans son époque, il raffolait des “films à costumes”. La démonstration d’un éclectisme qui s’exprimait également par sa défense d’un cinéma français fort associée à une fascination pour le 7ème art américain : il signera 2 ouvrages de référence, “30 ans de cinéma américain” en 1970 et sa réédition en 1991. Autre particularité, la façon dont il pensait la musique afin qu’elle fasse corps avec l’image : le compositeur Herbie Hancock reçut un Oscar pour la Bande Originale d’”Autour de Minuit” en 1987.

Celui qui a souvent traité la figure du père et se montra volontiers nostalgique nous laisse comme héritage un formidable documentaire particulièrement centré sur les œuvres d’avant-guerre : “Voyage à travers le cinéma français” sorti en 2016 et surtout un fils, le cinéaste Nils Tavernier qui, espérons-le, reprendra le flambeau avec talent.

Simon Chevalier

INTERVIEW : Caroline Tronquoy

Directrice

27 avril 2021

Directrice du Cinéma François Truffaut depuis bientôt 2 ans, Caroline Tronquoy gère cette salle forte d’une expérience riche et de nombreux engagements au niveau national. Découvrez le parcours et les projets de celle qui mène toute son équipe vers la réouverture, dernier entretien de cette série qui vous aura permis d’en savoir plus sur les salariés de votre cinéma.

 

Quel a été ton parcours qui t’a amené jusqu’au Cinéma François Truffaut ?

Tout d’abord, mes études ont été placées sous le signe des lettres et du cinéma. J’ai en effet passé un DEA en stylistique donc lettres modernes à la Sorbonne sous la direction de Georges Molinié, qui est devenu président de cette institution ultérieurement. Et mon mémoire de maîtrise portait sur l’adaptation de “La Reine Margot”, l’œuvre d’Alexandre Dumas, par Patrice Chéreau. Toujours dans le cadre de mes études, j’ai également signé un mémo sur le cinéma américain indépendant avant de partir à Poitiers pour faire un DESS de réalisation documentaire suite à une annonce parue dans “Libération”. C’était la création de cette filière et, ce qui était super, c’est que j’ai pu visionner plein de documentaires et passer par tous les postes – prise de son, cadre, montage - pour la réalisation de nos films de fin d’études. Le mien s’appelait “Le désir du regard” et portait sur une amie photographe qui faisait des autoportraits nus éclairés à la bougie. Et cette expérience m’a confirmé que la réalisation n’était pas faite pour moi car ça me stressait trop. Ce qui m’intéressait, c’était le scénario et le montage. Ensuite, retour à Paris et j’ai eu la chance de décrocher un stage au Conseil Général de la Seine-Saint-Denis pour une mission d’études sur la mise en place de “Collège au Cinéma” dans le département. Mise en place que j’ai poursuivie ensuite dans le cadre d’un emploi jeunes à “Cinéma 93” - association qui regroupe les salles du territoire - où j’étais coordinatrice des actions éducatives et dans laquelle je me suis épanouie car c’était au carrefour de mes préoccupations : le cinéma, la transmission, l’éducation même si je ne voulais pas être enseignante.

Combien de temps es-tu restée dans cette structure ?

11 ans. J’étais responsable Jeune Public, en charge de “Collège au Cinéma” toujours, de la programmation du Festival “Les Rencontres Cinématographiques de la Seine-Saint-Denis" et d’un projet innovant sur les projections pour les tout-petits avec le Service Départemental des crèches. Il s’agissait de faire une programmation spécifique et ça a même évolué en ciné-concerto avec la participation de Jacques Cambra, pianiste spécialisé. Tout cela était très passionnant notamment la rédaction des dossiers pédagogiques mais j’étais loin du terrain, dans mon bureau, avec beaucoup de logistique à gérer. J’ai mis du temps à partir car j’étais très attachée aux gens, aux projets et à ce territoire incroyable qu’est la Seine-Saint-Denis mais je voulais me frotter à la salle de cinéma. D’autant plus que j’avais eu une petite expérience en étant caissière à “L’Entrepôt”, qui se situe dans le 14ème arrondissement parisien, pendant mes études. Et la chance de côtoyer son programmateur de l’époque qui était très ouvert et m’a parlé de son métier avec beaucoup d’enthousiasme.

Du coup, dans quelle salle as-tu fait tes armes ?

Au théâtre de Chevilly-Larue qui a une activité cinéma. J’avais postulé une première fois mais c’est Nicolas Chemin – ancien directeur du cinéma François Truffaut – qui m’avait doublé. Quand j’ai appris qu’il partait, j’ai donc retenté ma chance et j’ai été prise. Au début, c’était une structure associative mais le maire a décidé de municipaliser afin de nous protéger. L’établissement est donc devenu un EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial), ce qui nous laissait pas mal de liberté car nous avions un budget autonome.

Tu es donc passé directement d’un bureau à la gestion d’une salle ?

Exactement ! J’ai appris un nouveau métier en 3 jours, le temps de la passation avec Nicolas Chemin qui a été super, très disponible, une aide incommensurable, en fait. Et j’ai pu compter également sur mes copains, directeurs de cinéma dans le 93. Finalement, ce qui a été le plus compliqué, je pense, ça a été de combattre ma timidité naturelle. A la base, j’étais une femme de dossiers et je détestais prendre la parole en public. Mais je me suis rassurée en me disant qu’il fallait essayer, que si je me trompais, ce n’était pas grave, qu’il n’y aurait pas de malveillance. Donc, je me suis lancée et j’ai fait des discours d’ouverture de saison devant 350 personnes.

Et quelle était la particularité de gérer l’activité cinéma d’un théâtre plutôt qu’une salle classique ?

Etant issue d’une famille très investie dans le spectacle vivant, c’était formidable de me retrouver au milieu de ces deux pratiques artistiques même s'il a fallu se battre pour faire exister mon activité, notamment en termes de budget. Si on était 15 à travailler dans le théâtre, j’avais avec moi un projectionniste et un caissier agent d’accueil en sachant qu’on pouvait être également mobilisé pour un spectacle si besoin. Mais j’ai réussi à faire pas mal de choses comme les soirées “We Cannes” au moment du Festival de Cannes avec palmiers, tapis rouge et l’orchestre philarmonique qui jouait des musiques de films. On avait également impliqué la Maison des Arts Plastiques qui concoctait les prix et les commerçants qui offraient des cadeaux. Et cela se terminait sur le dancefloor au sein même du théâtre. Il y avait aussi le Ciné-horreur, le Ciné-player autour du jeu vidéo, le Ciné-musique avec la participation du Conservatoire... Mais je me sentais souvent en porte-à-faux et pas toujours en accord avec les choix de la direction. Heureusement, j’avais une liberté totale de programmation que j’assurais sans intermédiaire. Et une richesse culturelle sur le territoire avec la médiathèque, le Conservatoire, la Maison du Conte, celle des Arts Plastiques.

Dans quelles conditions es-tu partie de Chevilly-Larue pour venir à Chilly-Mazarin ?

J’étais arrivée à saturation et j’avais envie de me frotter à mes propres erreurs et réussites, de prendre des risques. Nicolas Chemin m’avait proposé de lui succéder au moment de son départ en 2018 mais je ne l’avais pas fait pour des raisons personnelles. L’année suivante, quand Marie Baldo est partie, j’étais prête. Et je savais que je marchais sur les traces de quelqu’un avec qui j’avais des affinités en termes de sensibilité artistique. Sans vouloir tout révolutionner, je voulais amener ma patte petit à petit, en douceur. Je suis quelqu’un de lent, pas dans l’exécution mais dans la prise en main, je me laisse le temps pour connaître les lieux, les habitants, l’équipe, les bénévoles, le fonctionnement de la structure... Comme j’étais resté en contact avec Nicolas Chemin après l’avoir remplacé à Chevilly-Larue, j’étais venu assister à plusieurs séances ici et je m’étais toujours senti bien. On sent qu’il y a un amour des spectateurs pour leur salle et ça se traduit notamment par l’implication des bénévoles qui est très attachante. Et c’est à l’image de la ville qui est agréable, pleine de chaleur humaine et de mixité sociale et riche d’un tissu associatif conséquent.

Comment as-tu abordé ton métier de directrice de salle ?

Pour moi, c’est avant tout un état d’esprit ! Il faut avoir les yeux et les oreilles qui traînent. Par exemple, “We Cannes” m’a été inspirée par une initiative de Corentin Bichet, le directeur du cinéma du Blanc-Mesnil à l’époque. Il y a une vraie communauté de directeurs de salles, surtout en Ile-de-France, et on passe notre temps à s’appeler, à s’échanger des idées. C’est à la fois un métier où on est seul, ce qui est important pour bien réfléchir, et où on peut compter sur un réseau très important. Je trouve ça particulièrement précieux, d’autant plus que, personnellement, j’ai débuté dans une association de réseau de salles. Ensuite, je ne vois pas mon poste de façon prétentieuse, j’aime travailler en équipe et surtout valoriser les compétences de chacun car chacun a des atouts et des failles. L’important, c’est la complémentarité. Enfin, je me sens bien en banlieue parce que j’y ai grandi et je trouve que c’est un territoire plus riche, plus complexe. Et j’aime travailler sur une échelle pas trop grande : 20 000 habitants sur Chilly-Mazarin, ça me convient bien.

Tu parlais de l’équipe. Comment travailles-tu avec Julie, Cécile, Christophe et Thierry ?

J’ai une équipe en or quand il s’agit de ne pas se reposer sur ses lauriers, d’innover. Notamment Christophe et Thierry qui sont des projectionnistes top, et ça, c’est rare. Il y a une envie et une créativité qui sont fortes et quand je lance des idées un peu folles, des défis, tout le monde est partant. Et puis, il y a le travail avec l’Association du Cinéma François Truffaut qui apporte une liberté précieuse. Moi qui ai connu différents types de fonctionnement, je me rends compte de cette chance. On évite de la lourdeur et de la lenteur.

Tu es aussi membre du SCARE (Syndicat des Cinémas d’Art, de Répertoire et d’Essai). Que peux-tu nous en dire ?

Je travaillais encore à Chevilly-Larue et je voulais m’investir dans un réseau national et j’avais pensé à l’AFCAE (Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai) mais on me l’a déconseillé car ce n’était pas très ouvert en termes de parité. Au contraire du SCARE qui est innovant sur ces sujets. C’était une autre façon de se former, de discuter, de connaître les différents statuts de salles dans différentes villes. J’ai alors postulé au Conseil d’Administration et j’ai été élue tout de suite, sans doute car venant d’un “théâtre-cinéma” de banlieue et que ça parlait à pas mal d’adhérents. Au début, j’étais un peu larguée car il y a beaucoup de sujets complexes mais j’essayais de m’impliquer à ma mesure. Et maintenant, j’arrive à véritablement trouver ma place sur les dossiers qui m’intéressent comme l’éducation à l’image et évidemment, la situation de pandémie et la façon dont on y fait face. C’est vraiment une bonne école avec beaucoup d’écoute et on peut se faire accompagner quand on ne connaît pas certaines choses. La parole est libre et on sait qu’il n’y aura pas de jugement. Alors qu’il y a de grands noms de l’exploitation dans ce CA donc, c’est un peu impressionnant au début.

Parlons de la future réouverture. Comment l’envisages-tu ?

J’ai un projet qui permettrait de changer le rôle de notre cinéma dans le territoire et de renforcer son identité. On créerait des synergies avec les associations et les structures culturelles sans oublier les projets proposés par la Municipalité. Mon axe, ce serait également de la convergence des arts, que ce soit du dessin, de la musique ou autre, que tout se mélange et se croise joyeusement. Evidemment, tout cela doit être préparé, organisé au mieux car je déteste l’improvisation. En tous cas dans le travail et c’est ce qui me permet de pouvoir aller vers la folie et la passion : plus c’est cadré, plus tu peux te libérer et faire quelque chose d’inventif. Le lien avec les bénévoles est également essentiel ainsi que le fait de pouvoir casser les lignes au sein de l’équipe : mêler la technique aux bureaux, plus impliquer les projectionnistes sur les projets et dans les prises de décision. Car ce sont eux qui sont en contact direct avec les spectateurs, ils ont donc un rôle crucial. De toutes façons, je n’ai jamais considéré qu’il y avait des postes supérieurs à d’autres. J’étais copine avec les femmes de ménage du théâtre de Chevilly-Larue qui sont des personnes extraordinaires et la richesse humaine, c’est mon moteur ! Casser les lignes aussi entre les spectateurs et les salariés car je crois au participatif, au fait de montrer notre travail aux gens en le faisant avec eux, projeter des films mais également en tourner sous une forme ou une autre. Tout ça devrait nous permettre de séduire les jeunes. Il n’y a rien de plus riche que des échanges avec des collégiens ou lycéens sur les films car ils ont une lecture unique. Il suffit de les aiguiller un peu et, tout de suite, ils font les liens : c’est beau, c’est émouvant ! Et je ne parle même pas des petits bouts de chou avec leurs bisous tout mouillés... Tant qu’il y a de la pédagogie, ça fonctionne. Et la pédagogie, ça peut être pour les adultes aussi. On le voit bien quand on fait des animations pour les tout-petits, les parents sont ravis de le faire avec leurs enfants. Enfin, il y a le lien avec les artistes qui me manque car j’en voyais tous les jours à Chevilly-Larue. Je crois beaucoup au partenariat sur le long terme entre les salles et les artistes - réalisateur.trice, acteur.trice, scénariste -. Evidemment, les cinéastes, c’est pas mal car tu peux développer sur beaucoup de plans mais tant qu’il y a de l’échange et la même sensibilité artistique, ça marche bien. Et si ce sont des locaux, c’est encore mieux car tu peux les accompagner et les voir grandir.

 

Pour terminer, quelles sont tes goûts en matière de cinéma ?

Je parlais d’artistes locaux et justement, la montreuilloise Alice Diop me touche beaucoup : j’ai vu son film “Nous” en ouverture du Festival “Cinéma du réel” et ça m’a scotché. D’ailleurs, elle a eu un prix à la Berlinale. Donc, tout de suite, j’ai fait le lien et il faudra qu’elle vienne présenter son film à Chilly-Mazarin, il ne faudra pas s’en priver ! En plus, les films de banlieue qui parlent de ce qu’on ne veut pas voir et/ou pas entendre, comme “La Haine” par exemple, ça me fait vibrer. J’aime les films d’amour aussi, c’est mon côté midinette mais je n’ai pas la larme si facile que ça. “Martin Eden” de Pietro Marcello m’a bouleversé alors que je l’ai vu dans de mauvaises conditions en plus, il est incroyable esthétiquement. Ou “Papicha” de Mounia Meddour qui avait eu deux Césars l’année dernière. Et puis, il y a les maîtres : Kubrick – touche à tout de génie -, Godard, Truffaut... Sans oublier Patrice Chéreau évidemment, qui va dans la chair, dans le vivant, c’est un écorché ! Dominique Cabrera également, réalisatrice et documentariste ou Pascale Ferran avec “Bird People” ou “Lady Chatterley” qui parle beaucoup du féminin, du désir dont on parle rarement au cinéma donc ça me touche. Enfin le cinéma populaire avec les dialogues d’Audiard, Belmondo, Gabin : “La Bête Humaine” de Jean Renoir, c’est un diamant brut ! Et le cinéma américain indépendant avec le Dieu David Lynch, Clint Eastwood... Côté actrices, j’adore Corinne Masiero parce qu’elle est populaire encore une fois, Jeanne Moreau, Audrey Hepburn, Marylin Monroe, Jean Seberg... Tous ces destins de femmes brisés ou qui ont su s’imposer dans un monde où ce n’était pas gagné.

Simon Chevalier

INTERVIEW : Cécile Nhoybouakong

Responsable Jeune Public

20 avril 2021

Le Jeune Public constitue une activité essentielle du Cinéma François Truffaut. De la programmation à l’accueil des écoliers en passant par l’organisation d’événements comme “Mon Premier Ciné”, ce travail conséquent est assuré par l’énergique et sympathique Cécile Nhoybouakong. Découvrez celle qui éduque nos enfants à l’image.

 

Quel a été ton parcours qui t’a amené jusqu’au Cinéma François Truffaut ?

 

Après des études littéraires en province puis de cinéma sur Paris agrémentées de stages, j’ai commencé ma carrière au Festival “Premiers Plans” d’Angers, comme emploi jeune au début et, au final, j’y suis resté 8 ans. J’étais programmatrice au sein d’une petite équipe basée dans la capitale et nous allions dans la cité angevine uniquement pour la durée du Festival en Janvier. Puis également l’été car j’ai participé à la création, en 2005, sous l’égide de Jeanne Moreau, des “Ateliers d’Angers”, un projet de résidence destiné à de jeunes réalisateurs européens qui préparaient leur premier long-métrage. Je retrouvais donc chaque été cette immense actrice. Pour résumer, c’était un chouette boulot très formateur car diversifié entre régie des copies, lecture de scénarios, accueil de réalisateurs. C’était vraiment cool d’avoir autant de responsabilités alors que j’étais toute jeune. Néanmoins, j’avais déjà cette envie d’éducation à l’image et, à part pendant les 10 jours de festival, je me sentais loin du public. J’ai donc commencé à postuler dans des salles de cinéma. Sans succès.

 


Pour quelle raison ?

On me renvoyait toujours à mon statut de “programmatrice de festival” et on me faisait sentir que j’étais trop en dehors du circuit de l’exploitation. Après un passage éclair au Festival Paris Cinéma - disparu aujourd’hui -, on m’a proposé un remplacement à la Direction de l’Action Educative au Forum des Images. C’était l’occasion idéale pour me frotter au Jeune Public et découvrir toutes les actions dans ce domaine. Entretemps, puisqu’on ne me donnait pas les moyens de faire ce que je voulais, j’ai décidé de créer ma propre entreprise avec une ancienne collègue de “Premiers Plans” que les spectateurs chiroquois connaissent bien puisqu’il s’agit de Suzanne de Lacotte qui anime les séances de “L’Oeil dans le rétro” une fois par mois. Ainsi, sont nées “Les Sœurs Lumière” en 2011 avec le but de proposer nos services dans le domaine de l’éducation à l’image. Nous étions prestataires pour des festivals, salles de cinéma, écoles, médiathèques, toute structure qui voulait proposer des ateliers ou des actions de formation.


Et ça a marché ?


Effectivement. Car nous avions un bon réseau toutes les 2 et surtout parce que le système de prestation levait toutes les barrières qui existaient quand on postulait pour un emploi salarié. Parallèlement, j’ai continué à faire de la programmation, notamment pour “Le jour le plus court” - ancêtre de “La fête du court” - avec l’Agence du Court-Métrage. Et je suis retournée au Forum des Images comme prestataire mais quasiment à plein temps car j’y faisais beaucoup de choses comme des animations de séances ou des actions d’éducation à l’image. Je me souviens d’un gros projet pour lequel on accompagnait des lycéens dans la création de ciné-clubs au sein de leurs établissements. J’ai également beaucoup travaillé pour “Cinémas 93” et “Emergence”, une résidence qui accueille des jeunes réalisateurs français à Marcoussis et leur permet de tourner des scènes de leurs projets de longs-métrages. C’est dans ce dernier cadre que j’ai connu le Cinéma François Truffaut autour de rencontres entre les cinéastes d’”Emergence” et des classes de lycéens. Enfin, l’une de mes meilleures expériences fut mon travail avec la Semaine de la Critique cannoise et l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse. L’idée était de réunir des lycéens français et allemands au Festival de Cannes pour qu’ils voient des films et s’initient à l’art de la critique avec des intervenants des deux nationalités et un véritable échange culturel. En tant que germaniste, j’ai adoré ce projet très ambitieux entre paillettes et cinéphilie.

Donc beaucoup de travail durant ces années ?

Ah oui, je n’ai pas compté mes heures parce que j’étais très enthousiaste, j’aimais le fait d’arriver dans un cadre et de partir de contraintes pour développer un projet. Et surtout j’avais besoin de cette liberté d’organiser mon emploi du temps comme je le voulais, notamment par rapport à ma vie de famille. Sauf qu’à un moment donné, j’étais devenu “Maman Ordinateur” et j’ai également souffert de ne pas travailler dans la durée avec toujours la même équipe. Suite à un bilan de compétences en 2018, j’ai donc repostulé dans des salles de cinéma et re-échec, pire que 10 ans auparavant. On ne comprenait pas que je veuille retrouver un emploi salarié alors que j’étais indépendante et on me faisait bien sentir que mon âge posait problème, les postes d’animateurs.trices Jeune Public étant souvent occupés par des personnes plus jeunes.

Et c’est à ce moment-là que tu postules ici ?

Exactement ! Début 2019, j’étais à deux doigts de me lancer dans un CAP Cuisine en candidat libre quand j’ai vu l’annonce et, pour moi, c’était vraiment la candidature de la dernière chance. Et rien ne s’est passé sur le modèle de mes entretiens précédents : j’ai senti une bienveillance et l’envie de me donner les moyens de réussir. Marie Baldo et Caroline Moity – la directrice et la responsable jeune public de l’époque - m’avaient même proposé de les rencontrer au préalable pour répondre à toutes mes questions. Cela m’a énormément motivé et j’ai beaucoup bossé pour préparer mon entretien. En plus, ce jour-là, Truffette est venu se frotter à mes jambes : c’était un signe ! J’ai été reçu par Didier Bernard, Alain Janus et Michel Christolomme et j’ai retrouvé cette bienveillance et cette écoute, si caractéristique de l’Association du Cinéma François Truffaut.

Mais que deviennent les “Soeurs Lumière” depuis ?

Elles existent toujours mais sur des missions ponctuelles. Actuellement, nous rédigeons un parcours destiné aux adolescents pour le Pôle d’éducation à l’image de la Région Centre Val de Loire. Et nous donnons un cours à la fac Paris 3 intitulé “Montage de projets” dans le cadre du Master “Didactique de l’image” où il s’agit moins de parler de ce qu’on a fait mais de comment on l’a fait.

Revenons au Cinéma François Truffaut. Que peux-tu nous dire de ton travail au quotidien ? Et as-tu été surprise par un aspect de ce poste que tu voulais occuper depuis tant de temps ?

C’est vrai qu’il aurait pu y avoir un décalage entre mes attentes et la réalité mais j’ai vite été confortée dans le fait que j’étais au bon poste et surtout dans la bonne salle. Le fait que le cinéma soit associatif m’assure un confort de travail que je n’aurai pas retrouvé ailleurs. Et le lien avec les bénévoles est génial. C’est quelque chose que je n’imaginais pas mais qui est extrêmement positif.

Concrètement, je m’occupe de la programmation pour le Jeune Public dans le cadre scolaire, périscolaire et familial. Le scolaire, c’est de la maternelle au lycée avec l’option cinéma et, ce qui prend le plus de temps, c’est l’accompagnement - présentation des séances, ateliers, projets sur le long terme. En ces temps de crise sanitaire, j’organise cet accompagnement dans les salles de classe. Le périscolaire, c’est le même public mais en accueil de loisir donc hors classe, le mercredi et les vacances. Cela me tient à cœur de considérer que ce n’est pas parce qu'on n’est plus dans le temps scolaire qu’il faut faire les choses au rabais et c’est dans cette optique que j’ai organisé une formation pour les animateurs des accueils de loisirs municipaux à la fin du premier confinement pour qu’ils puissent faire en sorte, avec plein de petites actions, que la sortie au cinéma des enfants ne soit pas noyée au milieu d’autres activités. Et le familial, ce sont tous les événements comme “Mon Premier Ciné”, les ciné-goûters, les stages, les avant-premières...

Tout ce travail demande une bonne connaissance du terrain et je me rends compte que c’est seulement maintenant, au bout de 2 ans, que je commence à vraiment cerner toutes les possibilités de projets. Après, comme nous sommes une petite équipe de salariés, les frontières sont assez poreuses et la polyvalence faisant partie intégrante de nos métiers, je suis aussi amenée à aller au-delà du Jeune Public, sur des “Visions du monde” ou à travailler en lien avec le Comité de Jumelage.

Pour terminer, quel est ton travail pendant la fermeture du cinéma et comment envisages-tu la réouverture ?

L’essentiel de mon travail actuellement réside dans les ateliers que je mène dans les écoles et les collèges depuis fin janvier autour de films que j’espère montrer aux élèves avant la fin de l’année scolaire. Car je tiens à ce que les œuvres soient vues dans la salle de cinéma avec un vrai confort de vision et d’audition. J’ai aussi mené des actions à la Résidence Soleil où j’ai reçu un super accueil. Donc ça m’occupe pas mal ! En temps de vacances, la même chose pour le périscolaire et l’Espace Jeunes. Avec le centre de loisirs “Les Temps Modernes”, on a eu l’idée de faire un atelier de programmation dans la perspective des séances de plein air de cet été : ce sont donc les enfants qui vont choisir le film qui sera projeté fin août. Et on organisera la même chose mais avec des adultes pour le film de juillet.

Et là sont les perspectives de réouverture, dans ces séances en lien avec la Ville qu’on est sûrs de pouvoir assurer. Côté scolaire, j’espère faire une séance par classe avant l’été. Et dans les futurs projets, le ciné-club des jeunes qui aurait dû commencer en janvier et qui s’annonce protéiforme avec de la programmation, des ateliers pratiques, de l’initiation à l’écriture autour des films. De toutes façons, tout dépendra de la date de la réouverture car la dynamique sera différente si c’est en plein été ou à la rentrée.

INTERVIEW : Julie Belot

Responsable Communication et Relations Publiques

6 avril 2021

Que serait le Cinéma François Truffaut sans sa communication ? Programmes, site Internet, réseaux sociaux, newsletter hebdomadaires, relations avec les bénévoles et les partenaires : le travail de Julie Belot est essentiel pour faire connaître l’activité de notre Cinéma et ainsi contribuer à son succès.

 

Quel a été ton parcours qui t’a amené jusqu’au Cinéma François Truffaut ?

J’ai une licence en histoire de l’art qui aurait dû m’amener jusqu’au Master avec des mémoires et pas mal de travail théorique, mais j’avais besoin de concret et une appétence certaine pour le cinéma. Je me suis donc orientée vers un Master professionnel en arts du spectacle (cinéma, théâtre, opéra...) et dans ce cadre, j’ai pu faire des stages notamment à l’ACC (Association des Cinémas du Centre) basée à Tours dans ma région d’origine. Cette structure accompagne les Cinémas sur plein de choses, et l’année de mon stage, elle organisait son premier festival pour exploitants. Leur communication avait besoin d'être développée et ayant des compétences dans ce domaine, je m’en suis chargée et ça a été ma première expérience. Autre stage, pour le festival “Les Rendez-vous de l’histoire” qui se déroule à Blois et qui programme de nombreux films historiques. Par la suite, j’y ai travaillé lors de nombreuses éditions notamment sur la programmation de films et sur l’accompagnement pédagogique des professeurs.
C’est alors que le responsable du volet cinéma de ce festival m’a proposé d’œuvrer au sein de l’association dont il était président, Ciné'fil, et qui programmait des films art et essai dans une salle de Blois “Les Lobis”. J’y ai effectué un remplacement pendant 9 mois et cela a confirmé que j’adorais travailler pour l’exploitation cinématographique et surtout dans le cadre associatif avec des bénévoles et toute la liberté que cela implique sans occulter les contraintes.



Tu as donc fait autre chose que de la communication ?

Oui, j’ai également touché à la programmation et travaillé avec du jeune public (lycéens et collégiens). Mais c’est vrai que tout ça se passait dans les années 2010 et c’est une période où les Cinémas se sont rendus compte de l’importance de la communication avec l’essor des réseaux sociaux notamment.
Par la suite, j’ai suivi mon compagnon en région parisienne et je me suis rendu compte qu’il était difficile de trouver du travail dans un Cinéma sans avoir de réseau sur place. Je me suis donc ouverte et j’ai travaillé 2 ans pour une compagnie d’arts de la rue en Seine-et-Marne qui se nomme KMK. Elle est spécialisée dans les créations vidéo et sonore et ce fut très enrichissant d’être au cœur de la création avec des vidéastes, des danseurs, des acteurs... Je m’occupais toujours de la communication et des relations publiques, donc de mettre en valeur toute cette richesse artistique et j’étais également en lien avec le public par le caractère "ouvert sur la rue" de la compagnie.
Après un retour à Blois pour un nouveau “Rendez-vous de l’histoire”, je suis arrivé au Cinéma François Truffaut et j’en ai été très heureuse, car c’était la première fois que j’étais directement employée dans une salle.


Cela fait 3 ans et demi maintenant. Que pourrais-tu dire de ton travail et des raisons qui font que tu t’y épanouis ?


Mon travail se divise en plusieurs volets dont deux principaux : la communication et les relations publiques. Le premier volet est le plus important. Quand je suis arrivée, j’ai dû reprendre toute la communication car il y a eu de gros changements au niveau du programme et de son mode de diffusion. C'était une situation de crise et j’ai dû maquetter rapidement le nouveau document qui reste le support principal de communication. Je l’ai fait moi-même, car il a été décidé de mettre fin à l’externalisation - auparavant, c’était une graphiste qui s’en chargeait. Je préfère d’ailleurs cette façon de faire, car cela apporte plus de souplesse et c'est un bon moyen de maîtriser le processus de bout en bout.

La newsletter hebdomadaire est également très importante et ce ne fut pas facile de la réaliser au début, car elle est éditorialisée. Il ne s’agit donc pas uniquement de compiler des informations, mais également d’écrire un édito chaque semaine.

Cela fait partie de ce que j’ai découvert quand je suis arrivé ici : la récurrence du travail, car la programmation change tous les 7 jours. Il y a donc un rythme à prendre, il faut être réactif et organisé, car il y a une cadence à suivre. Par exemple, les débuts de semaine sont particulièrement chargés avant la deadline du mercredi et l’arrivée des nouveaux films. Sans oublier le site Internet à mettre à jour et que j’ai refondu au fil du temps, ainsi que les réseaux partenaires que sont la Ville, qui relaie nos actions, et les associations que nous invitons régulièrement à participer à divers événements.
 

Là, on est aussi dans les relations publiques ?

Complètement. De toutes façons, tout est lié dans ce Cinéma, car je fais aussi de la programmation sur les documentaires et les films de patrimoine avec les cycles “Visions du monde” et “L’œil dans le rétro” que Nicolas Chemin, l’ancien directeur, m’avait confiés. À son époque, ils étaient particulièrement cadencés avec un documentaire et surtout un intervenant par semaine, “Visions du monde” ayant été créé dans le but d’intégrer les associations locales dans l’activité du Cinéma. Depuis le rythme a changé, nous avons une nouvelle directrice, Caroline Tronquoy, qui est très inclusive dans sa façon de travailler et qui tient à ce que l'équipe participe à l'ensemble de la programmation. Et puis, d’autres missions m’ont été confiées comme les relations avec les bénévoles.

Le bénévolat que tu as mis en place, car il n’y en avait pas quand tu es arrivée ?

Effectivement, à l’époque, il se limitait aux membres de l’association du Cinéma François Truffaut qui étaient élus au Bureau et au Conseil d’Administration. Mais il s’agissait de prises de décisions et pas d’actions au quotidien. C’est à l’époque du départ de Nicolas Chemin que nous avons lancé, avec l’équipe en place, un appel à bénévolat afin d’apporter plus de sens et de poids à l’association. Et, comme le montre mon parcours, j’ai toujours aimé cet enrichissement apporté par des personnes de tous horizons qui donnent de leur temps pour, en l’occurrence, apporter une réelle identité à ce Cinéma et un regard neuf sur ce que l’on fait. Pour terminer, je dirais qu’ici, on a le champ libre pour s’orienter vers ce qu’on aime et développer de nouvelles choses dans une vraie synergie d’équipe.

Parlons de la future réouverture : comment l’envisages-tu ?

Je pense que ça va être la fête, que les spectateurs seront contents de revenir, mais que cette période de crise a changé énormément de choses et qu’on ne peut pas tout reprendre comme avant. Il va falloir repenser notre activité et c’est l’objet des réflexions de toute l’équipe actuellement. Étant donné que nous avons tous pris de nouvelles habitudes avec cette obligation de rester chez nous, le Cinéma va devoir s’adapter et se réinventer pour redonner envie. Je ne parle pas des habitués qui devraient revenir tous seuls, mais des spectateurs occasionnels qu’il faudra reconquérir, peut-être en proposant plus d’événementiels. Ce qui mettra encore plus la communication en première ligne, car, désormais, les gens ne vont plus chercher l’info, il faut qu’ils la reçoivent directement. Nous ne devrons donc pas rater le moment fort de la réouverture et surtout bien en informer tous les Chiroquois.

D’autant plus qu’il y en a encore qui ignorent l’existence du cinéma ?

C’est vrai qu’au début, c’est un peu culpabilisant de se dire que, malgré notre travail, il y a toujours des gens qui n’ont pas l’info, mais je pense que ce sera toujours le cas surtout en banlieue parisienne où le turn-over est important : les gens emménagent, restent seulement un an puis repartent. Donc, il y a toujours de nouveaux habitants qui arrivent avec leurs habitudes de multiplexes et qui ne savent donc pas qu’il y a un cinéma dans leur ville qui a l’avantage d’être moins cher et surtout de proposer des activités qu’ils ne trouveront pas ailleurs. Voici donc encore un travail récurrent.

Je te parle de réouverture, mais c’est oublier un peu vite que tu n’as jamais arrêté ton activité durant les confinements, surtout grâce à la newsletter.

Il y a eu une vraie frustration à devoir rester à la maison, mais on s’est dit dès le début qu’il ne fallait surtout pas perdre le lien avec les spectateurs alors on n’a jamais arrêté la newsletter. Le tout était de trouver sur quoi on allait communiquer. On n’a pas voulu faire comme tant de salles qui se sont abonnées à des plateformes permettant ainsi à leurs spectateurs de voir des films en ligne, on a préféré mettre en lumière des œuvres qui passaient à la télé et qui, bien évidemment, étaient dans notre ligne de programmation ainsi que les initiatives des cinémathèques et autres grands instituts. Le travail autour du jeune public est également beaucoup mis en avant, car il ne s’est jamais vraiment arrêté non plus.

Le plus important pour nous étant que tout ça reste facilement accessible et totalement gratuit. On interagit également avec ceux qui nous suivent, notamment sur les réseaux sociaux. C’est à cette occasion qu’on a d’ailleurs véritablement inauguré notre compte Instagram et on observe un nombre croissant d’abonnés depuis un an.

On reçoit tout le temps des messages de personnes qui sont très heureuses de continuer à nous lire et pour qui la newsletter est devenue un rendez-vous agréable dans les périodes difficiles que nous traversons. Ce qui est très valorisant, bien sûr, comme si le fait de nous avoir confinés, de nous avoir coupés physiquement les uns des autres, avait créé une envie de dialogue qui est plus présente qu’auparavant. Pour résumer, confinement ou pas, la communication est toujours en première ligne, c’est la base pour rester en contact avec nos spectateurs, mais également pour nous valoriser auprès des institutions qui nous subventionnent.

C’est à la fois angoissant, car tout le monde a accès à ce travail et aux éventuelles erreurs, on ne peut pas se cacher. Mais c’est également très valorisant lorsque le public se rend compte de la somme de travail que ça représente, ce qui n’est pas toujours le cas. Généralement, on pense que tout coule de source et qu’il n’y a rien de compliqué à communiquer une information ou à répondre aux sollicitations. Mais on n’a pas toujours le temps de tout faire ou de déployer de grandes stratégies, encore moins, parfois, de se rendre disponible sur des tâches simples. Par exemple, quand on tarde à répondre à une question sur Facebook, on a des gens qui s’énervent parce qu’ils s’attendent à une réponse immédiate, alors que derrière, il y a une personne qui a beaucoup de travail, pas une machine. Mais, on essaie d’être le plus réactif possible.

Enfin, aurais-tu un souvenir à nous faire partager parmi tout ce que tu as pu faire depuis que tu travailles au Cinéma François Truffaut ?

J’avais organisé une projection en collaboration avec le groupe “Cancer, VIVRE avec toi, VIVRE après toi” qui fait partie de l’association “KiFéKoi”. Ils étaient venus me voir avec l’idée d’un événement autour de cette thématique pour une projection-débat. C’était un challenge au vu du sujet, mais on a accepté, car on est là aussi pour ça. On a choisi la fiction “L’Autre continent” de Romain Cogitore. L’association fut évidemment mobilisée et j’ai fait la communication avec des flyers, des affiches. On était une vingtaine de spectateurs ce soir-là, ce qui est bien pour ce type d’événements très spécifiques.

Après le film, le débat fut animé par les membres du groupe KiFéKoi et moi-même et je me suis rendue compte progressivement que toutes les personnes présentes avaient été malades ou faisait parties de l’entourage d’un malade. La parole était libre d’autant plus que le film était de bonne qualité et montrait non seulement la maladie, mais aussi l’impact sur les proches. À la fin de la soirée, je me suis dit que cette dernière avait été vraiment nécessaire pour ces personnes : généralement, on travaille sur des sujets qui nous intéressent, qui nous enrichissent intellectuellement, mais cette fois-là, il y avait un impact psychologique, à l’image d’un groupe de parole. Cela m’a beaucoup touché, car j’ai vu du sens dans mon travail.

Je me souviens également du “Visions du monde” autour de Thomas Pesquet qui a été un vrai succès de fréquentation. C’était très intéressant, car on se documentait et on apportait quelque chose aux passionnés. Mais la séance autour du cancer faisait vraiment du bien et était plus profonde que l’envie ou la soif de connaissances.

C’est cette dimension humaine de mon travail, en plus du côté « artistique » avec la valorisation des films et la fabrication/création de la communication, que j’adore et qui me motive chaque jour !

INTERVIEW : Thierry Dourdoigne et Christophe Samson

Projectionnistes au Cinéma François Truffaut

30 mars 2021

Ils sont ceux que le public connaît le mieux. Thierry et Christophe, les 2 projectionnistes du Cinéma François Truffaut assurent l’accueil chaque jour de l’année. Quelques semaines avant le départ en retraite de Thierry et en attendant la réouverture de nos salles, voici l’interview croisée de ceux qui sont présents depuis plus de 20 ans au service des cinéphiles chiroquois, premier entretien d’une série qui vous permettra d’en savoir plus sur les salariés de notre cinéma.

Quel a été le parcours qui vous a amené jusqu’au Cinéma François Truffaut ?

Christophe : Je suis arrivé en 1987 dans le cadre d’un TUC (Travail d’Utilité Collective), les Emplois Jeunes de l’époque. Je venais de passer 3 mois aux services techniques municipaux et ça ne m’avait pas enchanté. J’ai donc commencé au cinéma en tant qu’ouvreur avec un peu de formation à la projection. L’année suivante, le cinéma m’a payé le CAP Projectionniste. J’étais en alternance : 1 semaine à l’école et 1 semaine en entreprise. Ensuite, je suis parti à l’armée et je suis vraiment revenu en tant que salarié en 1992.

Thierry : Moi, je vais me limiter au cinéma parce que mon CV, c’est un Bottin ! J’ai commencé par faire des remplacements en 1991-1992 en plus de mon emploi au collège de Morangis. Suite à une annonce parue dans “Le Film Français”, j’ai passé également mon CAP Projectionniste, diplôme que je me suis mis sous le coude. Je suis ensuite parti dans le Sud et quand je suis revenu en 1998, Jean-Pierre Cruse, alors Président de l’Association du Cinéma François Truffaut, m’a proposé un poste à mi-temps. Je suis passé à 35 heures début 1999. Depuis, j’ai passé plusieurs formations dont celle de “directeur technique du spectacle vivant” mais je suis toujours resté en poste au cinéma.

Votre métier a connu un sacré bouleversement avec le passage au numérique. Comment cela s’est-il passé ?

Christophe : C’est simple, on n’a pas eu de vraie formation. Cela est arrivé du jour au lendemain. Alors on s’est retrouvé à faire un tout autre métier.

Thierry : On a eu de la chance de travailler pour une association qui privilégie les compétences car je me souviens qu’UGC a licencié 90 projectionnistes, préférant garder les caissiers qui leur revenaient moins cher. En effet, tout est devenu informatisé et il n’y a plus besoin d’avoir un vécu de projectionniste pour lancer un film. C’est dommageable car le métier se perd.

Christophe : Dans les multiplexes, ils lancent la projection avant d’aller vendre du popcorn ! Donc on a vraiment eu de la chance d’être ici. Maintenant, on fait plus d’accueil alors qu’on passait notre temps en cabine avant. L’avantage, c’est qu’on voyait plus de films...

Thierry : 120 à 150 films par an pour ma part ! Maintenant, c’est 1 par mois... Et puis, le numérique, c’est trop flashy, trop lisse. On a perdu le grain du 35 mm, la magie de ces chefs opérateurs qui donnaient vie à l’image. Maintenant, on a l’impression de se retrouver face à un jeu vidéo, tout est pré-formaté, retravaillé... Bref, je ne suis pas fan ! Après, l’avantage, c’est qu’on n’a plus à trimballer les cartons de bobines de 25 Kg.

Christophe : On a perdu aussi tout le côté mécanique du métier, les vidanges des projecteurs, le fait de pouvoir bidouiller dès qu’il y avait un problème. Maintenant, on change les lampes et c’est tout.

 

Quels souvenirs de cinéma pouvez-vous nous faire partager ?

Christophe : Ma découverte de la V.O. ! Quand j’ai commencé à travailler à 17,18 ans, ce n’était pas mon truc. C’est “Bagdad Café” qui m’a fait changer d’avis : je l’avais adoré en V.O. et quand on l’a repassé 1 mois après, car il avait beaucoup de succès, on n’a pu avoir qu’une copie en V.F. (il n’existait que 150 copies pour l’Ile-de-France). J’ai trouvé ça plat et très mauvais. Depuis, j’apprécie vraiment les Versions Originales.

Thierry : Mon amour du cinoche est né quand j’étais gamin : j’habitais Longjumeau à 20 ou 30 mètres d’un cinéma. À l’époque, il n’y avait pas école le jeudi et une de mes voisines, Madame Circus, m’emmenait découvrir chaque semaine des films en noir et blanc, des dessins animés. Vers 12-13 ans, je regardais le Cinéma de Minuit à la télé tous les Vendredi soirs, dans le dos de mes parents. Je me souviens aussi du début des années 70 quand le cinéma de Chilly-Mazarin s’appelait “Le Grimaldi”. Ce n’était pas un cinéma de recherche et je venais voir les films de Bruce Lee avec les copains...

Christophe : Moi, j’y ai vu “Star Wars” et “La Coccinelle à Monte-Carlo" ! Mais j’ai raté “Grease” car ma mère avait peur de tous les blousons noirs présents...

Thierry : J’allais aussi voir des films à la salle des fêtes de Morangis qui avait une activité cinématographique. Par exemple “2001, l’odyssée de l’espace” ou “Apocalypse Now”...

Christophe : Je les ai vu à la MJC, ceux-là !

Thierry : C’était à l’époque où je faisais des remplacements ici mais ça s’est arrêté du jour au lendemain. Ce qui est dommage, c’est qu’ils ont mis les projecteurs dans le hall et repeints en rouge pompier !

 

J’imagine que votre métier consiste également à conseiller les spectateurs ?

Christophe : C’est sûr que, quand un film nous plaît, on a envie de le partager. C’est ce qui m’est arrivé dernièrement avec “Effacer l’historique” : je l’ai conseillé à tout le monde. Du coup, ma fille a été le voir, elle n’a pas aimé du tout !

Thierry : Comme tu dis, on n’a pas forcément les mêmes goûts, c’est aléatoire. Et puis, comme on l’a dit, on voit moins de films maintenant et pas forcément en amont. Mais on garde une oreille attentive parce que l’accueil est plus mis en avant dans notre profession. On est là pour écouter les gens et faire en sorte que leur séance se passe le mieux possible.

 

Et quels sont vos goûts en matière de cinéma, justement ?

Thierry : Ce n’est plus Bruce Lee en tous cas ! Je citerais “Down by Law” et “Stranger than paradise” de Jim Jarmusch, “Dikkenek” d’Olivier van Hoofstadt pour la déconnade, “C’est quoi la vie ?” de François Dupeyron aussi et, en tant que fan de jazz, “Bird” de Clint Eastwood, “Ray” de Taylor Hackford et “Autour de minuit” du regretté Bertrand Tavernier, dont j’ai une affiche collector, sans oublier les Woody Allen.

Christophe : Mes réalisateurs fétiches sont Clint Eastwood et Pedro Almodovar mais je rejoins Thierry sur “Dikkenek” : il faut absolument voir ce film ! Et j’ai un super souvenir d’avoir projeté “C’est arrivé près de chez vous” co-réalisé notamment par Benoît Poelvoorde, c’était de la folie !

 

Enfin, parlons de la future réouverture : comment l’envisagez-vous ?

Thierry : Moi, je verrai ça de loin !

Christophe : J’espère surtout que le public va revenir. Vu que nous avons beaucoup d’habitués, ça devrait être le cas. Et beaucoup de chiroquois que l’on croise nous demandent si on a des informations sur la reprise.

Thierry : Ce qui est bien avec Christophe, c’est qu’il y a plein de choses qui nous séparent : il habite le haut de Chilly et moi le bas, donc on peut renseigner des gens différents ; je suis myope, il est presbyte ! Donc, c’est rigolo ! Personnellement, je reviendrai en tant que spectateur et/ou bénévole si je suis encore dans le coin.

Christophe : Disons qu’on fait tout pour que ça ouvre dans de bonnes conditions.

Thierry : On ne reste pas dans un endroit aussi longtemps quand ça se passe mal...

Christophe : Il y a eu quand même des périodes difficiles suivant les différentes directions.

Thierry : Mais c’est ce qui fait notre résilience. De pouvoir également assumer les mécontentements en caisse...

Christophe : C’est vrai qu’on est les premiers à se faire engueuler !

Thierry : Mais on a un vrai attachement à la structure, à l’associatif. On a surmonté les difficultés car on est polyvalents, à l’écoute sans pour autant se laisser marcher sur les pieds !

Christophe : C’est déjà arrivé qu’un directeur me prévienne à 18h30 qu’il y avait une séance le lendemain à 8h30. Mais ça ne me dérange pas, j’habite à côté, c’est pratique.

Thierry : Avec Christophe, on s’est toujours arrangés...

Christophe : C’est normal : quand tu te sens bien, t’as envie d’aider les collègues.

 

Un grand merci à Thierry et Christophe pour la richesse de cet échange !

Par Simon Chevalier

CRITIQUE : “Divines” de Houda Benyamina

2 mars 2021

Une œuvre brute d’où émerge la grâce… celle d’un amour mais aussi celle d’une grande amitié.

 

Dounia est une boule d’énergie. Face aux conditions de vie qui sont les siennes, cette adolescente a la rage de s’en sortir et ne rêve que de « Money ». Accompagnée de sa meilleure amie Maimouna, elle va se rapprocher de la dealeuse de son quartier. Un geste dont elle ne mesure pas les conséquences…

Là où Céline Sciamma dans “Bande de Filles” explorait la place des femmes dans les cités, Houda BENYAMINA se penche sur la définition de la réussite dans les quartiers difficiles. Son héroïne rejette le système scolaire qui ne promet qu’une vie de labeur pour un salaire de misère et préfère l’argent facile obtenu illégalement, allant jusqu’à jouer de son physique avantageux avec tous les risques que cela comporte. Porté par l’extraordinaire Oulaya Amamra et la formidable Déborah Lukumuena – qui ont remporté respectivement les Césars du Meilleur Espoir et du Meilleur Second Rôle -, ce film nous entraîne vers des montagnes d’émotion avec un final inoubliable. La présence de la danse contemporaine, au travers de Kevin Mischel qui fait fondre le personnage de Dounia, apporte une grâce, mélange de douceur et de force, comme une allégorie de la vie de ces jeunes filles. La scène du supermarché restera comme un summum de sensualité avant que tout s’effondre.

Concentré d’énergie, offrant une part de rêve sans occulter les problèmes concrets que vit la jeunesse des quartiers, “Divines” n’a volé ni sa Caméra d’Or obtenue au 69ème Festival de Cannes ni ses 3 Césars ; cette œuvre contient toutes les qualités d’un premier film : le talent, la sensibilité, la liberté, la fougue…

(photo : Deborah Lukumuena au Cinéma Truffaut, octobre 2016)

 

Par Simon Chevalier

CRITIQUE : "Les Apaches" de Thierry de Peretti

2 mars 2021

Un petit film qui séduit par sa force narrative et la fraîcheur de ses acteurs.

 

Aziz est un jeune corse d’origine marocaine qui aide ses parents dans leur travail : entretenir des résidences secondaires en l’absence de leurs propriétaires. Un soir, il fait la connaissance d’un groupe de jeunes de son âge et les emmène dans une de ces villas. Le temps d’une nuit, ils vont squatter cette demeure sans se douter des conséquences tragiques qui s’ensuivront.

 

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du 66ème Festival de Cannes, “Les Apaches” est un film générationnel qui nous dépeint très bien la situation de la jeunesse corse dans toute sa diversité: racisme envers la communauté marocaine, comportements mafieux et cette frustration née du sentiment d’invasion des « Gaulois » comme ils les appellent.

 

Le casting, composé principalement de non-professionnels, apporte une fraîcheur et un naturel qui compensent les quelques fausses notes de l’interprétation. Plus l’intrigue avance, plus les personnages gagnent en profondeur et en complexité jusqu’à aboutir à une fin d’une simplicité bouleversante qui ne nous laisse qu’une interrogation en tête : pourquoi ?

 

Par Simon Chevalier

ARTICLE : L'association du Cinéma François Truffaut

19 février 2021

Savez-vous que votre Cinéma est une structure associative ? Créée en octobre 1986, cette association a pour but de promouvoir le cinéma et de gérer l’équipement, dans le cadre d’une convention avec la commune, propriétaire des locaux. Focus sur le fonctionnement interne de l’association.

 

L’association François Truffaut est composée de tous les spectateurs qui adhérent au cinéma et versent annuellement une cotisation.

Elle est dirigée par un Conseil d’Administration de 18 membres : 12 élus pour 3 ans et 5 membres de droit désignés par le conseil municipal de Chilly-Mazarin. Ce conseil se réunit tous les trimestres pour débattre des décisions importantes sur le fonctionnement du Cinéma.

Les élus du Conseil d’Administration sont désignés par l’ensemble des adhérents réunis en Assemblée Générale une fois par an. Cette assemblée définit les grandes orientations et approuve le budget ainsi que le rapport d’activités.

La gestion courante de l’Association est assurée par le Bureau : 6 membres du Conseil désignés par leurs pairs qui se réunissent régulièrement pour suivre l’activité du Cinéma.

Suite à la dernière Assemblée qui a eut lieu en octobre, le Bureau a été renouvelé et compte aujourd’hui :

 

  • Didier BERNARD, président. Ce membre historique du Conseil présidence depuis 2008 et, à ce titre, assure la responsabilité globale de l’Association.

  • Simon CHEVALIER, vice-président. Elu depuis 2016, il est également bénévole et gère Le Dernier Echo, la gazette du cinéma publiée chaque semaine.

  • Jacques Simon, secrétaire. Ancien professeur ayant animé un ciné-club il y a quelques années, il est chargé des convocations et rédige les comptes rendus des réunions.

  • Michel CHRISTOLOMME, secrétaire adjoint. Présent au Conseil depuis 10 ans, il a assuré le poste de secrétaire pendant 3 ans avant d’en devenir l’adjoint.

  • Yoann GOUJON, trésorier. Ce comédien et metteur en scène contrôle la gestion de l’Association.

  • Michèle KERBOURC’H, trésorière adjointe. Photographe de profession, elle est très impliquée dans le bénévolat et bien connue des participants “Mon Premier Ciné”.

Quelques mois avant son 35ème anniversaire, l’Association et l’ensemble de ses responsables travaillent en étroite collaboration avec les salariés du Cinéma pour préparer sa réouverture dans les meilleures conditions.

 

Par Simon Chevalier

Critique : “Jeune et jolie” de François Ozon

16 février 2021

Isabelle vient d’avoir 17 ans. Élevée par sa mère et son beau-père et ayant son petit frère pour confident, elle semble heureuse dans cette famille paisible. Après avoir perdu sa virginité sur une plage avec un Allemand qui ne lui a donné aucun plaisir, elle s’inscrit sur un site spécialisé et enchaîne les relations tarifées.

 

Quelle intensité dans le cinéma de François Ozon ! Peu importe le genre qu’il aborde, son univers riche porté par une réalisation fluide vous transporte et ne vous lâche plus à tel point que vous en sortez comme sonné. Chaque plan est précis et aucun personnage, aucun détail n’est insignifiant : c’est ciselé comme du Balzac !

On retrouve ici tous les thèmes chers au cinéaste :

-La famille parfaite qui vole en éclats comme dans “8 Femmes” ou “Potiche” ;

-Son amour des actrices : il ne se contente pas de mettre en scène Marine Vacth, il la « met en grâce » ;

-L’œil observateur : ce jeune personnage, à la fois secondaire et au cœur de l’histoire (il est ici interprété par Fantin Ravat dont on apprécie la fraîcheur et la complicité avec sa grande sœur de cinéma) ;

-La musique vintage : ici, Françoise Hardy qui apporte une grande douceur et des mots très justes sur l’adolescence.

 

Les scènes osées ne sont jamais vulgaires et si aucune hypothèse n’est formulée pour expliquer le comportement de la jeune fille, cela permet à chacun de se faire sa propre idée : a-t-elle besoin de tester son pouvoir de séduction ou de vivre des sensations fortes ? Est-ce l’absence de son père qui la pousse dans les bras d’hommes plus âgés ?

 

Quoi qu’il en soit, aucun jugement n’est porté sur cette héroïne, nouvelle étoile dans la prestigieuse galaxie des personnages féminins magnifiés par un réalisateur qui poursuit son chemin unique et tellement indispensable au cinéma français.

Par Simon Chevalier

Critique : “Joséphine” d'Agnès Obadia

2 février 2021

Une comédie estivale efficace au casting épatant !

 

Joséphine a 30 ans et 2 particularités : elle est la maîtresse de Brad Pitt (son chat) et possède un arrière-train très développé. Pour le reste, c’est l’archétype de la trentenaire parisienne : accro au shopping, dilettante au boulot et à la recherche de l’homme idéal. Une recherche qui s’intensifie quand sa petite sœur lui grille la politesse en annonçant son mariage. Pour ne pas perdre la face, Joséphine s’enferme dans un mensonge qui, à défaut de l’emmener au bout du monde, va lui faire ouvrir les yeux sur son « chez soi ».

 

La comédie « de filles » est devenue un genre à part entière avec des films comme “Sex and the City” ou “Bridget Jones” : tendances mais pas toujours drôles. A croire que la France s’en sort mieux (COCORICO) car après “Tout ce qui brille”, voici une nouvelle réussite. Une réalisation inventive, un rythme trépidant et surtout un casting 4 étoiles : Marilou Berry fait exploser son talent comique, en digne fille de sa mère, avec ce personnage qui lui colle à la peau. Elle est entourée d’une galerie de personnages tous très justes (avec une mention spéciale pour l’hilarante Bérengère Krief) et ne sombrant pas dans la caricature : le sempiternel copain homo est particulièrement sobre ! On peut rire de différentes façons au cinéma : il y a les rires forcés ou outrés mais, avec ce film, on rit vraiment de bon cœur !

 

Marilou Berry a démontré son attachement à “Joséphine” en faisant de la suite de ce film de 2013 sa première réalisation. “Joséphine s’arrondit”, sorti en 2016, sera un long-métrage tout aussi sympathique.

Par Simon Chevalier

Critique : “Tout est faux” de Jean-Marie Villeneuve

22 décembre 2020

L’errance d’un homme sur fond d’élection présidentielle

 

Paris, Printemps 2012. Alors que l’agitation médiatico-électorale secoue la France, un homme mène une vie effacée. Celle-ci est rythmée par un boulot des plus inutiles et les rendez-vous avec une amie, véritable moulin à paroles qui ne le laisse pas exister. Chaque jour, il passe devant un homme qui hurle sur un pont sa détestation du système. Heureusement, il a une échappatoire à tout ce vacarme, une forêt dans laquelle il trouve un peu de quiétude.

 

Voici un film qui peut faire peur à son commencement. Le personnage principal, taciturne et quasi-muet, a du mal à nous toucher. Autour de lui, une galerie de personnages secondaires tous différents et très bien interprétés – mention spéciale à Marie Demasi au jeu jubilatoire -. Il faudra une rencontre inattendue pour voir le héros s’ouvrir et s’illuminer petit à petit. A ce moment-là, on prend conscience de l’attachement, délicieux piège dont nous sommes les heureuses victimes, et nous n’avons plus envie de quitter cet anti-héros. Réflexion sur notre passivité de citoyens, noyés sous les images de la « médiacratie », ce film de Jean-Marie Villeneuve nous touche par sa sincérité, d’autant plus prégnante qu’elle n’est polluée par aucun moyen superflu.

 

Parfait exemple de « cinéma guérilla », ces films montés sans argent et tournés sans autorisation, Tout est faux dégage une précieuse fraîcheur au niveau de ses intentions et on en ressort avec l’envie de suivre son réalisateur sur de nouveaux projets… Et pourquoi pas un « Tout est vrai » ?

 

Par Simon Chevalier

Critique : “Le Mari de la Coiffeuse” de Patrice Leconte

15 décembre 2020

Une œuvre follement sensuelle dans laquelle Jean Rochefort laisse libre cours à sa folie.

 

Antoine aime les femmes… et, plus précisément, les coiffeuses. Tombé sous le charme de l’une d’elles alors qu’il n’était qu’un enfant, il s’est juré que sa future épouse exercerait cette profession. Un jour, il rencontre Mathilde…

 

La première chose que l’on se dit après avoir passé 1H20 avec “Le Mari de la Coiffeuse”, c’est qu’un tel film ne pourrait pas voir le jour à notre époque. Échappant pourtant à toute vulgarité, il y a fort à parier qu’il tomberait sous le coup de l’auto-censure tant il déborde de sensualité. Au-delà des coiffeuses, Patrice Leconte livre une ode à toutes les femmes, à leurs corps, leurs parfums, leurs gestes. En double fantasmé du réalisateur, Jean Rochefort s’en donne à cœur joie dans des scènes de danse endiablées tandis que la superbe Anna Galiena fait assaut de tous ses charmes. Ces deux-là ont trouvé la recette du bonheur : vivre d’amour et de shampoings.

 

Après avoir débuté sa carrière par la comédie – “Les Bronzés” – avant de basculer dans le drame – “Monsieur Hire” -, Patrice Leconte signe là un film inclassable d’un romantisme échevelé. Néanmoins, il reste son film le plus personnel, celui qui nous laisse apercevoir l’homme derrière le cinéaste.

 

Par Simon Chevalier

 
 
 
 
 
 

Critique : « Pépé Le Moko » de Julien Duvivier

1er décembre 2020

Une visite de la Casbah d’Alger de 1937 avec pour guide un certain Jean Gabin.

 

Cambrioleur retranché dans la Casbah d’Alger et qui risquerait sa peau s’il sortait de ce dédale de rues et de traverses, Pépé est traqué par l’inspecteur Slimane. En couple avec Inès, son charme fait cependant des ravages auprès des femmes mais c’est sa rencontre avec la belle Gaby, de passage à Alger, qui va changer son destin.

 

La force du polar oriental de Julien Duvivier, sorti le 28 Janvier 1937, tient dans sa diversité. Tout d’abord, c’est une romance improbable et impossible entre la raffinée Gaby et le truand Pépé. Ensuite, ce long-métrage n’est pas dénué d’humour, notamment dans les rapports entre le gangster et l’inspecteur qui s’apparentent à des joutes verbales toutes en finesse. Le réalisateur manie aussi l’angoisse lors d’une scène d’assassinat qui vous prend aux tripes. Enfin, la nostalgie est également présente quand Jean Gabin interprète une chanson de ses débuts dans le music-hall et surtout grâce à la présence au générique de Fréhel, grande chanteuse du début du siècle. La scène où, face à une photo de sa jeunesse, elle chante « Où est-il donc » transmet une forte et sincère émotion. Pour terminer, sachez que Pépé le Moko a inspiré le film culte hollywoodien « Casablanca » de Michael Curtiz. En effet, outre les ressemblances scénaristiques – l’orientalisme, la nostalgie de Paris, le triangle amoureux… -, le titre a été choisi pour sa sonorité proche de Casbah, le remake américain des aventures de l’anti-héros qui avait eu un immense succès en 1938.

 

Sorti la même année que « La Grande Illusion » de Jean Renoir et 1 an avant « Quai des Brumes » de Marcel Carné, « Pépé le Moko » constitue probablement le film le plus méconnu de cette « trilogie » de Jean Gabin, à voir et à revoir.

Par Simon Chevalier

Critique : « Naissance des Pieuvres » de Céline Sciamma

24 novembre 2020

Pour son premier film, Céline Sciamma nous plonge déjà dans le grand bain de l’adolescence, devenu depuis son thème de prédilection.

A la piscine de Cergy-Pontoise, trois jeunes filles vivent les affres de l’adolescence. Marie, le garçon manqué et Anne, la boulotte complexée sont inséparables. Floriane, la capitaine de l’équipe de natation synchronisée traîne une réputation de fille facile et fascine Marie qui va tenter de percer les secrets d’une beauté si mystérieuse.

Réinterpréter les archétypes de l’adolescence, voici le tour de force réussi par le premier scénario de Céline Sciamma, écrit dans le cadre de ses études à la Femis : malgré leurs physiques différents, les filles partagent une même inquiétude, un même désir d’être aimées. Quant à l’unique représentant de la gent masculine, il est complètement sous l’influence de ses hormones, le pauvre. Placer l’action dans une piscine permet d’échapper au sempiternel lycée et d’aiguiser le rapport au corps, si capital à cet âge. Autre bonne idée, le parti pris de l’immersion : la réalisatrice place sa caméra au niveau des jeunes protagonistes, allant jusqu’à faire disparaître tout ce qui n’a pas d’importance à leurs yeux (les parents, les voitures… ), transformant Cergy-Pontoise en ville rêvée, un terrain de jeu où la liberté est totale. Une vision allégorique particulièrement efficace pour replonger le spectateur dans sa propre jeunesse.

Fin 2014, nous avions été secoués par « Bande de Filles », un « boulet de canon » qui nous avait distribué quelques uppercuts. Il est intéressant de voir que 7 ans plus tôt, Céline Sciamma charmait avec la lascivité de sa « Naissance des pieuvres ». Un changement de rythme qui signe la maturité de la réalisatrice.

Par Simon Chevalier

Critique : « Mustang » de Deniz Gamze Erguven

17 novembre 2020

Deniz Gamze Erguven aborde avec pertinence la diversité de la condition féminine en Turquie.

Sonay, Ece, Selma, Nur, Lale. 5 sœurs toutes plus belles les unes que les autres. Trop belles. Pour avoir innocemment joué avec des garçons, les voici progressivement cloîtrées par leur famille en attendant qu’on les marie. Lale, la petite dernière de la fratrie, la plus rebelle, voit donc ses sœurs partir inexorablement les unes après les autres.

La force d’un film politique tient souvent dans sa subtilité. En cela, « Mustang » est un grand film politique. Si la réalisatrice nous montre ce qui peut arriver de pire quand on est une femme en Turquie, elle n’en fait pas une généralité, ce qui crée d’ailleurs un cruel sentiment d’injustice. Même au sein de la fratrie, certaines s’en sortent mieux que d’autres. Ce refus du manichéisme ne rend que plus réelle la tragédie de ces jeunes filles. L’autre piège évité par la cinéaste est la tentation du mode de vie occidental. Jamais ce dernier n’est évoqué – les héroïnes n’ont même pas de téléphone portable et n’en rêvent pas : si Lale et ses sœurs se battent, c’est pour leur simple liberté, la liberté universelle de choisir sa vie.

Coproduction franco-turque, « Mustang » est un film dont on peut être fier. C’est pourquoi il représente la France dans la course aux Oscars 2016, depuis que la Turquie a porté son choix sur une autre œuvre. Nous souhaitons donc bonne chance à ces magnifiques « chevaux sauvages » qui porteront haut nos couleurs à Hollywood : Liberté, Égalité, Fraternité.

Par Simon Chevalier

Critique : « Le Cochon de Gaza » de Sylvain Estibal

10 novembre 2020

Quand un réalisateur uruguayen signe un film franco-germano-belge sur un cochon vietnamien débarqué à Gaza, c’est un bijou d’humanité qui nous est offert.

Comme tous les Gazaouis, Jafaar subit tant bien que mal le conflit israélo-palestinien. Loin d’être un combattant, il survit grâce à l’olivier de sa femme et à son bateau de pêche. C’est ainsi qu’un jour, il remonte dans ses filets un porc vivant tombé d’un cargo. Il va alors tout faire pour s’en débarrasser le plus discrètement possible avant de comprendre qu’il peut en tirer des bénéfices financiers mais à ses risques et périls. Car posséder un animal impur sur la terre sacrée de Palestine pourrait lui valoir de gros ennuis.

Quelle bonne idée de scénario que celle de Sylvain Estibal ! Parler du Proche-Orient par l’intermédiaire de l’humour et du burlesque redonne à ce conflit un aspect humain que l’on ne retrouve pas dans les journaux télévisés. Le choix du cochon, presque vu comme un lion par les personnages, est à la fois drôle et riche en symboles : en effet, sa réputation d’impureté est partagée aussi bien par les Musulmans que par les Juifs. Ce qui amène à une deuxième partie du long-métrage plus consensuelle sur le « Vivre Ensemble » et à une fin tellement « bateau » qu’elle en est décevante au regard de ce que laissait espérer le début du film. Mais ce petit bémol ne gâche pas l’impression générale laissée par cette œuvre qui allie l’utile – un regard neuf sur un conflit vieux d’un demi-siècle – à la drôlerie.

Récompensé du César du Meilleur Premier Film en 2012, « Le Cochon de Gaza » reste comme un exemple de ce que le Cinéma Français peut faire de mieux en terme de défense des valeurs hexagonales à travers le monde : la fraternité mêlée d’un brin d’impertinence.

Par Simon Chevalier

Critique : « L’assassin habite au 21 » de Henri-Georges Clouzot

3 novembre 2020

Une comédie policière de 1942 étonnamment moderne dans ses dialogues et anarchiste dans son propos.

Un tueur en série rôde dans Paris. N’hésitant pas à signer ses crimes, ce « M. Durand » agace au plus haut point les autorités qui chargent le commissaire Wenceslas Vorobeitchik, appelé par tous Wens, de l’arrêter sous 48h. Flanqué de sa délirante épouse, une chanteuse en mal de notoriété, celui-ci se fait passer pour un ecclésiastique afin d’enquêter dans une pension de famille où des indices ont été découverts et qui se situe 21, avenue Junot à Montmartre.

Pour son premier film, Henri-Georges Clouzot fait preuve d’une légèreté qui tranche avec les univers plus tragiques de ses 2 chefs d’oeuvre que sont « Les Diaboliques » et « Le Salaire de la Peur » – Palme d’Or à Cannes en 1953. Sorti en pleine Occupation, ce long-métrage a probablement dû passer miraculeusement entre les griffes de la censure tant il malmène les forces de l’ordre. Cependant, il est à noter que lesdites forces de l’ordre sont des gendarmes français et qu’il n’est nullement fait mention de la présence allemande, la proximité présumée du réalisateur avec le régime nazi pouvant expliquer cet état de fait.  Réunissant une pléiade de vedettes de l’époque, principalement venues du théâtre, « L’assassin habite au 21 » est porté par un duo au jeu remarquablement moderne : Pierre Fresnay, toujours impeccable et la trop méconnue Suzy Delair dont la fantaisie n’est pas sans nous rappeler une certaine Arletty, l’accent gouailleur en moins.

En adaptant un roman belge dont l’action se situe à Londres, écrit par Stanislas-André Steeman, Henri-Georges Clouzot signe ici une première oeuvre prometteuse en mêlant références prestigieuses – Fritz Lang est très clairement évoqué au début du film -, enquête captivante et humour intemporel.

Par Simon Chevalier

Critique : « Last Words » de Jonathan Nossiter

27 octobre 2020

Jonathan Nossiter signe un film abrupt sur la nécessité du cinéma.

2085. L’Humanité n’est presque plus. Seule une poignée de survivants se regroupent à Athènes pour y vivre leurs derniers instants. Parmi eux, un jeune homme prénommé Kal qui va apprendre la force des images animées, autrefois appelées cinéma…

Nombre de films se sont penchés sur l’importance du cinéma mais voici sans doute le plus original. A quoi serviront les millions de longs métrages tournés depuis un siècle quand l’Homme finira sa course ? Et aura-t-il alors encore besoin d’immortaliser ses dernières heures de vie même si plus personne ne pourra regarder ses images ? Voici les questions que se pose le réalisateur américain Jonathan Nossiter dans son septième film, entouré de son actrice fétiche Charlotte Rampling mais également des vétérans Nick Nolte et Stellan Skarsgard. Des acteurs qui n’ont pas hésité devant la radicalité du projet et qui sont plongés dans un décor post-apocalyptique impressionnant.

Drame, thriller, documentaire, comédie : Jonathan Nossiter est un metteur en scène éclectique qui s’attaque aujourd’hui à la science-fiction avec un film qui intrigue, émeut et fait réfléchir, d’autant plus en période de pandémie.

Par Simon Chevalier

Critique : « Relic » de Natalie Erika James

20 octobre 2020

Un film d’horreur certes, mais également une métaphore efficace porteuse d’un message fort sur la famille.

A Creswick, ville australienne proche de Melbourne, plus personne n’a de nouvelles d’Edna, une vieille dame qui vit seule dans une maison isolée. Prévenues, sa fille et sa petite-fille viennent participer aux recherches et s’installent dans la maison de la matriarche. Une maison qui présente d’inquiétantes traces et où règne une ambiance angoissante…

Si le premier film de Natalie Erika James commence comme un film d’épouvante classique – un lieu isolé, une musique omniprésente, des images sombres… -, on comprend petit à petit qu’il sera plus que ça. On s’attache tout d’abord à ces 3 générations de femmes tant elles ressemblent à nombre d’entre nous : des relations mère-fille compliquées mais une grande complicité entre la grand-mère et sa petite-fille, la question de placer une aïeule dans une maison de retraite… -. Les phénomènes inquiétants sont crédibilisés par une éventuelle dégénérescence liée au grand âge du personnage d’Edna. Nous sommes donc dans un film d’horreur « réel » qui culmine dans sa dernière scène. Si elle est difficilement supportable, c’est qu’on peut tous s’y retrouver et paradoxalement, voici une séquence pleine d’amour. Un véritable supplément d’âme qui vient enrichir ce film d’épouvante pas comme les autres.

Natalie Erika James fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes qui apporte un renouveau bienvenu dans le genre si souvent convenu de l’horreur. Faire peur avec des angoisses que nous pouvons tous connaitre dans notre vie de tous les jours plutôt qu’avec des phénomènes surnaturels, voilà où se trouve l’efficacité de l’épouvante cinématographique du XXIème siècle.

Par Simon Chevalier

Critique : « Les Apparences » de Marc Fitoussi

13 octobre 2020

Un film d’une élégance rare.

Expatriés à Vienne, Henri et Eve Monlibert sont des membres phares de la communauté française installée dans la capitale autrichienne. D’autant plus que Monsieur Monlibert, chef d’orchestre de renom, prépare un concert qui s’annonce comme un événement. Mais depuis quelques temps, ce dernier est distant avec son épouse. Que cache-t-il ? Et comment Eve réagirait face à une éventuelle infidélité de son mari ?

Délicieuse plongée dans le monde feutré et bourgeois des « expat », voici un véritable film d’ambiance qui emporte son spectateur au son d’une petite musique implacable signée Bertrand Burgalat. La construction scénaristique est admirable et fait s’imbriquer deux histoires liées mais aux enjeux différents avec, en point d’orgue, la scène du concert. Au milieu, une formidable Karin Viard qui joue toutes les partitions de l’élégance du corps et de la noirceur de l’âme. Sans jamais porter aucun jugement, elle incarne une femme prête à tout pour garder son mari mais surtout le train de vie et la réputation qui vont avec. Entourée de seconds rôles savoureux, elle confirme avec ce 68ème long-métrage, qu’elle est la reine des actrices françaises de sa génération.

Hitchcok mais surtout Chabrol : Marc Fitoussi réussit à s’inspirer de grands maîtres pour signer ce thriller qui vous mènera bien plus loin que ce que vous auriez imaginé.

Par Simon Chevalier

Biographie : Christian Petzold

29 septembre 2020

A 60 ans, le réalisateur allemand signe un 9ème long-métrage et offre à Paula Beer, sa nouvelle muse, un Ours d’Argent au Festival de Berlin.

Le cinéma a toujours compté dans la vie de Christian Petzold. Il a effectué son service civil dans un ciné-club avant de sortir diplômé de l’Académie Allemande du Film et de la Télévision de Berlin. C’est pendant ses études qu’il signe ses premières œuvres, des courts-métrages réalisés entre 1988 et 1994. Le cinéaste sera assistant mise en scène au début de sa carrière.

Son premier long-métrage sort en 2000. « Contrôle d’identité » marque très vite les cinéphiles allemands et fait de son réalisateur – et scénariste – le chef de file de la « Nouvelle Vague » Outre-Rhin. Nouveau film en 2003 : Avec « L’Ombre de l’enfant », il travaille pour la première fois avec son actrice fétiche, Nina Hoss, qu’il a dirigée dans 5 de ses films jusqu’à présent. Christian Petzold est sélectionné pour la Berlinale en 2005 avec « Fantômes » puis en 2007 avec « Yella ». Cette histoire se déroulant en RDA résonne particulièrement dans la carrière de celui dont les parents sont nés dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Pour cette nouvelle collaboration avec son fidèle metteur en scène, Nina Hoss reçoit l’Ours d’Argent de la Meilleure Actrice. L’année suivante, c’est à la Mostra de Venise qu’est présenté « Jerichow ».

12 ans après son premier long-métrage, Christian Petzold franchit un nouveau cap dans sa carrière en étant le Meilleur Réalisateur de la Berlinale avec « Barbara ». De nouveau un prénom féminin, de nouveau Nina Hoss dans le rôle-titre et de nouveau une histoire au temps de la RDA. Suggérant la complexité des mirages de l’Ouest, ce film dresse le magnifique portrait d’une femme déchirée, à l’image de l’Allemagne des années 80. En 2014, le cinéaste puise ses influences dans « Sueurs Froides » d’Alfred Hitchcock et « Les Yeux sans visage » de Georges Franju pour réaliser « Phoenix ». A la clé, un nouveau Prix d’Interprétation pour Nina Hoss, au Festival de Seattle cette fois. 4 ans plus tard, retour à la Berlinale avec « Transit », une adaptation du roman éponyme d’Anna Seghers. Au casting, la jeune Paula Beer qui est également l’héroïne d’ « Ondine », un rôle-titre qui lui a offert l’Ours d’Argent de la Meilleure Actrice à la Berlinale 2020. De là à la considérer comme la nouvelle muse de Christian Petzold, il n’y a qu’un pas.

9 longs-métrages, 3 qui portent un prénom féminin comme titre et 3 Prix d’interprétation en tout pour ses actrices… Christian Petzold est sans doute l’un des meilleurs cinéastes allemands pour créer des personnages féminins qui restent dans les mémoires.

Par Simon Chevalier

Critique : « Énorme » de Sophie Letourneur

22 septembre 2020

Entre absurde et réalisme, Sophie Letourneur nous propose plusieurs films en un.

Pianiste à la renommée mondiale, Claire Girard ne fait rien sans son mari, Frédéric. Se laissant complètement gérer par son compagnon, elle paraît disparaître totalement derrière lui. Jusqu’à ce que Fred prenne la décision de trop : faire un enfant à sa femme sans la prévenir…

Pour son quatrième long-métrage, Sophie Letourneur nous surprend avec un film osé qui ne s’interdit rien sur l’intimité d’un couple mais surtout, elle pousse jusqu’à l’absurde le rapport des parents à la grossesse. Jouant sur l’inversion des rôles avec un papa qui se comporte comme s’il allait accoucher et une maman qui semble spectatrice de ce qui lui arrive, elle crée un décalage avec de vrais professionnels médicaux qui jouent leur propre rôle. Cette vision documentaire l’emporte à la fin du film avec une magnifique et ultra-réaliste scène d’accouchement qui ne laissera personne indifférent. Comment résister à ce spectacle qui nous renvoie tous à notre propre naissance ?

Si Jonathan Cohen porte le film de par l’omniprésence de son personnage, Marina Fois nous éblouit une fois de plus : hilarante quand son personnage apprend sa grossesse ou fume et boit pour se détendre, elle est également intense en future maman qui ne supporte plus sa grossesse. Toute une palette d’actrice impressionnante.

Par Simon Chevalier

Critique : « Effacer l'historique » de Gustave Kervern et Benoît Delépine

15 septembre 2020

Quand le duo de réalisateurs le plus déjanté s’attaque aux nouvelles technologies…

Amis depuis qu’ils sont devenus des « gilets jaunes », Marie, Bertrand et Christine se débattent dans le monde moderne et ce n’est pas Internet qui les y aide. Chantage à la sex-tape, harcèlement et arnaques sont au menu du 21ème siècle de ces précaires. Jusqu’au jour où ils se révoltent…

2 ans après « I feel good » avec Jean Dujardin et Yolande Moreau, Gustave Kervern et Benoît Delépine s’entourent de nouveau d’un casting hilarant avec Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero. On s’amusera également des apparitions de leurs fidèles comme Benoît Poelvoorde ou Michel Houellebecq. Tous donnent naissance à des personnages cabossés par la société actuelle et sa modernité. Poussant les situations jusqu’à l’extrême, le scénario tombe dans l’absurde pour dénoncer « l’uberisation » des êtres, ce monde où tout s’achète, où les escrocs disposent de moyens colossaux pour commettre leurs méfaits et où la solidarité pèse peu face à la loi de la jungle numérique.

Si les fans des cinéastes se délecteront de leur patte inchangée, les autres pourront regretter un manque d’unité dans les différentes histoires. Mais voici un film qui se regarde comme une nécessité pour prendre du recul sur notre propre relation au numérique et qui, pour cela, a reçu un prix spécial à la dernière Berlinale.

Par Simon Chevalier

Critique : « Voir le jour » de Marion Laine

1er septembre 2020

Histoire d’une (re)naissance

Qui est Jeanne ? Auxiliaire dans une maternité, elle est particulièrement à l’écoute des patientes. Maman d’une jeune fille de 18 ans, elle s’apprête à la voir partir du domicile familial. Mais sa vie actuelle bascule quand quelqu’un l’appelle Norma…

Ce troisième long-métrage de Marion Laine alterne douceur et intensité. Riche de très belles scènes – notamment les sous-marines et surtout celle au son des « Moulins de mon cœur » - mais également d’autres plus surréalistes, ce film surprend par son mélange des genres. Brassant un nombre important de thèmes comme le passé de Jeanne, le départ de sa fille, les difficultés du corps hospitalier et la mortalité infantile, il est dommage que cette œuvre pâtisse d’un manque d’unité. Quant à la fin, si elle est pleine d’optimisme, elle frôle le simplisme.

Au cœur d’un casting impeccable, empli d’acteurs – et surtout d’actrices – qui disparaissent parfaitement derrière leur rôle, Sandrine Bonnaire est fidèle à son talent sans fard et brille pour la seconde fois devant la caméra de Marion Laine, 12 ans après « Un cœur Simple », premier film de la cinéaste.

Par Simon Chevalier

Biographie : Michel Piccoli

25 août 2020

À l'occasion d'une rétrospective sur Michel Piccoli dans le cadre de notre Cycle Patrimoine "L'Œil Dans le Rétro", nous vous proposons une biographie succincte de cet acteur qui nous a quitté il y a peu...

Jacques Daniel Michel Piccoli, fils d’un violoniste et d’une pianiste, né le 27 décembre 1925 à Paris. Après une enfance difficile, il décide de devenir comédien et entame une formation, d’abord chez Andrée Bauer-Thérond puis au cours Simon.

 

Il se consacre d’abord à la scène, au sein des compagnies Renaud-Barrault et Grenier-Hussenot ou encore au Théâtre de Babylone, bien que sa première apparition – en tant que figurant – à l’écran date de 1945, dans Sortilèges de Christian-Jacque, puis en 1948, dans Le Point du Jour de Louis Daquin.

 

Durant les années 50, il obtient de nombreux seconds rôles et joue notamment pour Jean Renoir, Pierre Chenal, Jean Delannoy ou encore Luis Buñuel. Mais c’est en 1963 qu’il accède au succès en jouant le rôle du mari éconduit pour Jean-Luc Godard dans Le Mépris, donnant la réplique à Brigitte Bardot.

 

À partir de cette date, les grands noms du cinéma se disputent Michel Piccoli : Jacques Demy dans Les Demoiselles de Rochefort (1966) ou Une Chambre en Ville (1982) ; Agnès Varda dans Salut les Cubains (1963) ou Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma (1995) ; à nouveau Luis Buñuel dans, entre autre, Belle de Jour (1966) ; Alain Resnais dans La Guerre est finie (1965) et Vous n’avez encore rien vu (2012) ; Nanni Moretti avec Habemus Papam (2011) ; ou encore Alfred Hitchcock dans l’Etau (1969). Il devient l’acteur fétiche du réalisateur Claude Sautet, avec qui il tourne cinq films, ainsi que celui de Marco Ferreri, pour lequel il joue à huit reprises. En outre, il ne quittera jamais vraiment les planches puisqu’on le voyait encore, en 2006-2007, jouer Le Roi Lear mise en scène par André Engel ou encore, en 2014-2015, dans Gainsbourg poète majeur de Philippe Lerichomme aux côtés de Jane Birkin et Hervé Pierre.

 

Il passe également à plusieurs reprises derrière la caméra : en 1997 avec Alors voilà, en 2001 avec La Plage Noire, et en 2005 avec C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé.

 

Au cours de sa carrière, Michel Piccoli remportera également de nombreux prix, dont le prix d’interprétation masculine pour Thermoc de Claude Faraldo au festival international du film fantastique d’Avoriaz, en 1973 ; le prix d’interprétation masculine du festival de Cannes 1980 pour Le Saut dans le Vide de Marco Bellocchio et l’Ours d’argent du meilleur acteur en 1982 pour Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre.

 

Michel Piccoli nous quitte le 12 mai 2020 à l’âge de 94 ans, mais laisse derrière lui une carrière bien remplie et de nombreux chefs-d’œuvre que l’on n’oubliera pas de sitôt !

Biographie : Haifaa Al-Mansour

25 août 2020

Alors que sort « The Perfect Candidate », focus sur la carrière de la première réalisatrice d’Arabie Saoudite.

Née dans une famille libérale, fille d’un poète, Haifaa Al-Mansour a la chance de pouvoir étudier la littérature à l’Université Américaine du Caire. De retour dans son pays en 2000, elle devient, à l’âge de 26 ans, professeur d’arabe et d’anglais au sein d’une compagnie pétrolière. C’est au service communication de cette entreprise que la jeune femme découvre la production audiovisuelle et réalise 3 courts-métrages.

En 2005, elle tourne un documentaire clandestinement avec l’aide de sa sœur. « Women without shadows » (Femmes sans ombre) sera sélectionné au Festival d’Abou Dabi, créera la polémique et fera le tour du monde. Lors d’une projection de son film, la cinéaste rencontre son mari, diplomate américain et le suit à Sydney. En Australie, elle fait une pause dans sa carrière, le temps d’obtenir un Master en direction cinématographique. Forte de ce diplôme, Haifaa Al-Mansour retourne dans ce pays pour y réaliser « Wadjda ». Obligée de se cacher dans un van et de diriger son équipe à distance, elle rentre dans l’histoire de l’Arabie Saoudite car c’est le premier film entièrement tourné dans le royaume. Sorti en 2013, ce premier long-métrage de fiction lui offre une visibilité internationale et elle participe, dans les années suivantes, aux jurys des Festivals de Venise et de Cannes.

Haifaa Al-Mansour est choisi en 2017 pour réaliser un biopic sur Mary Shelley, la célèbre romancière britannique, avec Elle Fanning. L’occasion d’un nouveau portrait de femme et le signe d’une vraie reconnaissance.

Aujourd’hui, la cinéaste saoudienne continue l’exploration de son pays et donne une visibilité nécessaire à ces femmes qui se battent pour obtenir des droits civiques. « The Perfect Candidate » est, en cela, un film à voir pour des raisons cinéphiles tout autant que militantes.

Par Simon Chevalier

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