Avant-première FLA

16/12/2014

Samedi 13 décembre, Djinn et Salomé nous ont fait l’honneur de venir nous mont(r)er FLA en avant-première. Le film, qui a fait l’ouverture de la semaine de la critique à Cannes, a en effet été complètement remanié. Et le sera sûrement d’ici sa sortie en salles : ce processus de transformation est inhérent à la vision du cinéma des réalisateurs.

 

 

 

Spectateur 

La fin est assez énigmatique. Est-ce qu’il y a une autre fin ?

 

Djinn 

Je crois qu’il y a deux écoles dans le cinéma en ce qui concerne la fin des films. Il y a d’un côté les cinéastes qui terminent le film, qui ont une idée précise, et de l’autre ceux qui comme moi pensent que ce n’est jamais naturel de terminer une histoire. Avant notre mort, notre histoire à chacun n’est jamais terminée. C’est comme ça que j’écris, j’essaie de trouver une façon de ne pas terminer le film, pour que l’histoire continue, qu’on se demande ce qui va arriver. C’est comme si une fois le film terminé, je le poussais et qu’il continuait à rouler tout seul.

 

Salomé 

C’est aussi une façon de faire marcher ton imagination. Il y a les films qui te disent quoi penser, et les films où tu dois imaginer toi-même ce qui s’est passé. On te donne quelques clés, et puis après c’est à toi d’imaginer ce qui arrive aux personnages. C’est une façon de te montrer que dans un film, comme dans un livre, ou une chanson, il y a une partie construite, dite, par l’auteur, et une partie que tu imagines en tant que spectateur.

 

Spectateur 

D’abord je tenais à vous féliciter. Le premier mot qui me vient vis-à-vis du film est : poignant. Vous nous avez dit qu'il n'était pas terminé, mais pour moi il est parfait tel quel. A votre avis est-il possible de laisser le film en l'état, comme on l’a vu, vrai, et sans générique, ni avant après ?

 

 

Djinn

Hormis les problèmes légaux, il faut savoir que derrière toute image que tu produis, il y a tellement de gens qui t’aident... En cela, le générique est nécessaire, évident. Et puis, quand on bosse dans le cinéma, le générique, c’est un véritable film dans le film.

 

Mais c'est vrai qu'il s’est passé quelque chose de très mystique dans cette projection, qui me rappelle un peu l’époque où je projetais Donoma : il y avait souvent des projections comme ça, où techniquement ça ne se passait pas exactement comme j’en avais envie, et très souvent ça me guidait par rapport à des modifications de montage. Et là, par exemple, à certains moments le son ne fonctionnait pas,  et je me disais « c’est parfait, ici il faut enlever le son, cette partie, il faut la supprimer ». Tout ça pour dire qu’il y a vraiment quelque chose qui est en processus, et même aux hasards d’une projection comme celle-ci, on est hyper attentif à ces espèces de messages que le film essaie de nous faire passer.

 

En fait, on est en constant processus de création du film, il est déjà très différent de ce qu’on a montré à Cannes; c’était tout ce mélange, mais dans l’ordre.

Dans la version d’avant, tout était très chronologique et là je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose de plus intéressant à montrer en arrivant tout de suite au beau milieu de ce qui est en train de se passer et de se poser les questions : qui sont-ils, quel sont leurs rapports ? et de faire le choix de rentrer dedans ou pas. C’est ce qui donne le coté complètement différent de la première version.

 

Atisso 

C’est vrai qu’il y a certains récits qui ont une structure classique, chronologique, un peu binaire. Il y a des réalisateurs qui aiment beaucoup travailler sur le temps. C’est une obsession pour nous le temps, parfois on veut vous faire partager plusieurs vies, plusieurs années, en un film, en quelques heures. Et ce qui est important aussi c’est de faire travailler le spectateur : à quel moment vous vous situez dans l’histoire, qu’est-ce que vous comprenez d’une situation et qu’est-ce que le réalisateur veut vous faire passer comme émotion. Le cinéma, c’est comme ça qu’on le vit, avec ces préoccupations.

 

Spectateur

Pourquoi rendre sourd un mec qui travaille dans la musique ?

 

Djinn

En fait tout a commencé en regardant une émission qui passait sur France 5. C’était un reportage sur un mec qui avait à peu près mon âge, qui était monteur et en train de devenir sourd. En 10 minutes de reportage on voyait la dégradation que ça amenait dans sa vie professionnelle autant que dans sa vie amoureuse. Et ça m’a tellement frappé, cette histoire où tout-à-coup on perd le sens qui nous permet de faire notre art, que j’ai commencé tout de suite à écrire. Et j’ai coutume de dire aussi que c’est parce que je n’ai pas forcément le cran d’écrire quelque chose sur un réalisate